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DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET.

Les faunes et les dryades recommencent leur danse, que les bergères et bergers musiciens entremêlent de leurs chansons, tandis que trois petites dryades et trois petits faunes font paraître dans l'enfoncement du théâtre tout ce qui se passe sur le devant.

LES BERGERS ET BERGÈRES.
Jouissons, jouissons des plaisirs innocents
Dont les feux de l'amour savent charmer nos sens,

Des grandeurs qui voudra se soucie ;
Tous ces honneurs dont on a tant d'envie

Ont des chagrins qui sont vieillissants.
Jouissons, jouissons des plaisirs innocents
Dont les feux de l'amour savent charmer nos sens.

En aimant, tout nous plaît dans la vie :
Deux cours unis de leur sort sont contents ;

Cette ardeur, de plaisirs suivie,
De tous nos jours fait d'éternels printemps.
Jouissons, jouissons des plaisirs innocents
Dont les feux de l'amour savent charmer nos sens.

ACTE TROISIÈME

SCÈNE PREMIÈRE : ARISTIONE, IPHICRATE, TIMOCLÈS, ANAXARQUE, CLITIDAS, ÉRIPHILE,

SOSTRATE, SUITE.

ARISTIONE.

Les mêmes paroles toujours se présentent à dire ; il faut toujours s'écrier : «Voilà qui est admirable ! il ne se peut rien de plus beau ! cela passe tout ce qu'on a jamais vu ! »

TIMOCLÈS. C'est donner de trop grandes paroles, madame, à de petites bagatelles.

ARISTIONE. Des bagatelles comme celles-là peuvent occuper agréablement les plus sérieuses personnes. En vérité, ma fille, vous êtes bien obligée à ces princes, et vous ne sauriez assez reconnaître tous les soins qu'ils prennent pour vous.

ÉRIPHILE. J'en ai, madame, tout le ressentiment 1 qu'il est possible.

ARISTIONE. Cependant vous les faites longtemps languir sur ce qu'ils attendent de vous. J'ai promis de ne vous point contraindre ; mais leur amour vous presse de vous déclarer et de ne plus trainer en longueur la récompense de leurs services.

1. Ressentiment : reconnaissance.

6

J'ai chargé Sostrate d'apprendre doucement de vous les sentiments de votre cœur, et je ne sais pas s'il a commencé à s'acquitter de cette commission.

ÉRIPHILE. Oui, madame ; mais il me semble que je ne puis assez reculer ce choix dont on me presse, et que je ne saurais le faire sans mériter quelque blâme. Je me sens également obligée à l'amour, aux empressements, aux services de ces deux princes, et je trouve une espèce d'injustice bien grande à me montrer ingrate ou vers l'un ou vers l'autre, par le refus qu'il m'en faudra faire dans la préférence de son rival.

IPHICRATE. Cela s'appelle, madame, un fort honnête compliment pour nous refuser tous deux.

ARISTIONE. Ce scrupule, ma fille, ne doit point vous inquiéter, et ces princes tous deux se sont soumis, il y a longtemps, à la préférence que pourra faire votre inclination.

ÉRIPHILE. L'inclination, madame, est fort sujette à se tromper, et des yeux désintéressés sont beaucoup plus capables de faire un juste choix.

ARISTIONE. Vous savez que je suis engagée de parole à ne rien prononcer là-dessus, et parmi ces deux princes votre inclination ne peut point se tromper et faire un choix qui soit mauvais.

ÉRIPHILE. Pour ne point violenter votre parole ni mon scrupule, agréez, madame, un moyen que j'ose proposer.

ARISTIONE. Quoi, ma fille ?

ÉRIPHILE. Que Sostrate décide de cette préférence. Vous l'avez pris pour découvrir le secret de mon cæur, souffrez que je le prenne pour me tirer de l'embarras où je me trouve.

J'estime tant Sostrate que, soit que vous vouliez vous servir de lui pour expliquer vos sentiments, ou soit que vous vous en remettiez absolument à sa conduite 1, je fais, dis-je, tant d'estime de sa vertu et de son jugement que je consens de tout mon cœur à la proposition que vous me faites.

IPHICRATE. C'est-à-dire, madame, qu'il nous faut faire notre cour à Sostrate ?

Non, seigneur, vous n'aurez point de cour à me faire, et, avec tout le respect que je dois aux princesses, je renonce à la gloire où elles veulent m'élever. ARISTIONE. D'où vient cela, Sostrate ?

J'ai des raisons, madame, qui ne permettent pas que je reçoive l'honneur que vous me présentez.

Craignez-vous, Sostrate, de vous faire un ennemi ?

Je craindrais peu, seigneur, les ennemis que je pourrais me faire en obéissant à mes souveraines.

ARISTIONE.

SOSTRATE.

SOSTRATE.

IPHICRATE.

SOSTRATE.

1. A sa comuite : à sa prudence pour décider de l'affaire.

SOSTRATE.

SOSTRATE.

SOSTRATE.

TIMOCLÈS. Par quelle raison donc refusez-vous d'accepter le pouvoir qu'on vous donne et de vous acquérir l'amitié d'un prince qui vous devrait tout son bonheur ?

Par la raison que je ne suis pas en état d'accorder à ce prince ce qu'il souhaiterait de moi. IPHICRATE. Quelle pourrait être cette raison ?

- Pourquoi me tant presser là-dessus ? Peut-être ai-je, seigneur, quelque intérêt secret qui s'oppose aux prétentions de votre amour. Peut-être ai-je un ami qui brûle sans oser le dire d'une flamme respectueuse pour les charmes divins dont vous êtes épris. Peut-être cet ami me fait-il tous les jours confidence de son martyre, qu'il se plaint à moi tous les jours des rigueurs de sa destinée et regarde l'hymen de la princesse ainsi que l'arrêt redoutable qui le doit pousser au tombeau ; et, si cela était, seigneur, serait-il raisonnable que ce fût de ma main qu'il reçût le coup de sa mort ?

IPHICRATE. Vous auriez bien la mine, Sostrate, d'être vous-même cet ami dont vous prenez les intérêts.

Ne cherchez point, de grâce, à me rendre odieux aux personnes qui vous écoutent. Je sais me connaître, seigneur, et les malheureux comme moi n'ignorent pas jusques où leur fortune leur permet d'aspirer.

ARISTIONE. Laissons cela, nous trouverons moyen de terminer l'irrésolution de ma fille.

ANAXARQUE. En est-il un meilleur, madame, pour terminer les choses au contentement de tout le monde, que les lumières que le ciel peut donner sur ce mariage ? J'ai commencé, comme je vous ai dit, à jeter pour cela les figures mystérieuses que notre art nous enseigne, et j'espère vous faire voit tantôt ce que l'avenir garde à cette union souhaitée. Après cela, pourrat-on balancer encore ? La gloire et les prospérités que le ciel promettra ou à l'un ou à l'autre choix ne seront-elles pas suffisantes pour le déterminer, et celui qui sera exclus pourra-t-il s'offenser, quand ce sera le ciel qui décidera cette préférence ?

IPHICRATE. Pour moi, je m'y soumets entièrement, et je déclare que cette voie me semble la plus raisonnable.

TIMOCLès. Je suis de même avis, et le ciel ne saurait rien faire où je ne souscrive sans répugnance.

ÉRIPHILE. Mais, seigneur Anaxarque, voyez-vous si clair dans les destinées que vous ne vous trompiez jamais ? et ces prospérités et cette gloire que vous dites que le ciel nous promet, qui en sera caution ?, je vous prie ?

Ma fille, vous avez une petite incrédulité qui ne vous quitte point.

ANAXARQUE. Les épreuves, madame, que tout le monde

1

ARISTIONE.

1. Les figures mystérieuses : allusion aux pratiques en usage chez les astrologues. - 2. Qui en sera caution : qui nous garantira que ces prospérités et cette gloire seront réelles ?

CLITIDAS.

a vues de l'infaillibilité de mes prédictions sont les cautions suffisantes des promesses que je puis faire. Mais enfin, quand je vous aurai fait voir ce que le ciel vous marque, vous vous réglerez là-dessus à votre fantaisie, et ce sera à vous à prendre la fortune de l'un ou de l'autre choix. ÉRIPHILE.

Le ciel, Anaxarque, me marquera les deux fortunes qui m'attendent ?

ANAXARQUE. Oui, madame, les félicités qui vous suivront si vous épousez l'un, et les disgrâces qui vous accompagneront si vous épousez l'autre.

ÉRIPHILE. Mais, comme il est impossible que je les épouse tous deux, il faut donc qu'on trouve écrit dans le ciel non seulement ce qui doit arriver, mais aussi ce qui ne doit pas arriver.

Voilà mon astrologue embarrassé. ANAXARQUE.

Il faudrait vous faire, madame, une longue discussion des principes de l'astrologie pour vous faire comprendre cela.

CLITIDAS. Bien répondu. Madame, je ne dis point de mal de l'astrologie : l'astrologie est une belle chose, et le seigneur Anaxarque est un grand homme.

IPHICRATE. La vérité de l'astrologie est une chose incontestable, et il n'y a personne qui puisse disputer contre la certitude de ses prédictions.

Assurément. TIMOCLÈS. Je suis assez incrédule pour quantité de choses ; mais, pour ce qui est de l'astrologie, il n'y a rien de plus sûr et de plus constant que le succès des horoscopes qu'elle tire.

Ce sont des choses les plus claires du monde.

Cent aventures prédites arrivent tous les jours qui convainquent les plus opiniâtres.

CLITIDAS. Il est vrai.

TIMOCLÈS. Peut-on contester, sur cette matière, les inci. dents célèbres dont les histoires nous font foi ?

CLITIDAS. Il faut n'avoir pas le sens commun. Le moyen de contester ce qui est moulé 1 ?

Sostrate n'en dit mot. Quel est son sentiment là-dessus ?

Madame, tous les esprits ne sont pas nés avec les qualités qu'il faut pour la délicatesse de ces belles sciences qu'on nomme curieuses, et il y en a de si matériels qu'ils ne peuvent aucunement comprendre ce que d'autres conçoivent le plus facilement du monde. Il n'est rien de plus agréable, madame, que toutes les grandes promesses de ces connaissances sublimes. Transformer tout en or, faire vivre éternellement,

CLITIDAS

CLITIDAS.

IPHICRATE.

ARISTIONE.

SOSTRATE.

1. Ce qui est moulé : ce qui est dans les livres, ce qui est imprimé.

SOSTRATE.

CLITIDAS

guérir par des paroles, se faire aimer de qui l'on veut, savoir tous les secrets de l'avenir, faire descendre comme on veut du ciel sur des métaux des impressions de bonheur, commander aux démons, se faire des armées invincibles et des soldats invulnérables : tout cela est charmant, sans doute, et il y a des gens qui n'ont aucune peine à en comprendre la possibilité, cela leur est le plus aisé du monde à concevoir ; mais, pour moi, je vous avoue que mon esprit grossier a quelque peine à le comprendre et à le croire, et j'ai toujours trouvé cela trop beau pour être véritable. Toutes ces belles raisons de sympathie, de force magnétique et de vertu occulte, sont si subtiles et délicates qu'elles échappent à mon sens matériel ; et, sans parler du reste, jamais il n'a été en ma puissance de concevoir comme on trouve écrit dans le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre homme. Quel rapport, quel commerce, quelle correspondance, peut-il y avoir entre nous et des globes éloignés de notre terre d'une distance si effroyable, et d'où cette belle science enfin peut-elle être venue aux hommes ? Quel dieu l'a révélée, ou quelle expérience l'a pu former de l'observation de ce grand nombre d'astres qu'on n'a pu encore voir deux fois dans la même disposition ? ANAXARQUE.-- Il ne sera pas difficile de vous le faire concevoir.

Vous serez plus habile que tous les autres.

Il vous fera une discussion de tout cela quand vous voudrez.

Si vous ne comprenez pas les choses, au moins les pouvez-vous croire sur ce que l'on voit tous les jours.

Comme mon sens est si grossier qu'il n'a pu rien comprendre, mes yeux aussi sont si malheureux qu'ils n'ont jamais rien vu.

Pour moi, j'ai vu, et des choses tout à fait convaincantes. TIMOCLÈS. Et moi aussi.

Comme vous avez vu, vous faites bien de croire, et il faut que vos yeux soient faits autrement que les miens.

Mais enfin la princesse croit à l'astrologie, et il me semble qu'on y peut bien croire après elle. Est-ce que madame, Sostrate, n'a pas de l'esprit et du sens ?

Seigneur, la question est un peu violente. L'esprit de la princesse n'est pas une règle pour le mien, et son intelligence peut l'élever à des lumières où mon sens ne peut pas atteindre.

ARISTIONE. Non, Sostrate, je ne vous dirai rien sur quantité de choses auxquelles je ne donne guère plus de créance que vous ; mais, pour l'astrologie, on m'a dit et fait voir des choses si positives que je ne la puis mettre en doute.

Madame, je n'ai rien à répondre à cela.

IPHICRATE.

SOSTRATE.

IPHICRATE.

SOSTRATE.

IPHICRATE.

SOSTRATE.

SOSTRATE.

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