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LYCASTE ET MÉNANDRE.
Ah ! Tircis !

TIRCIS.
Ah ! bergers !
LYCASTE ET MÉNANDRE.

Prends sur toi plus d'empire.

TIRCIS.
Rien ne me peut secourir.

LYCASTE ET MÉNANDRE.
C'est trop, c'est trop céder.

TIRCIS.

C'est trop, c'est trop souffrir.
LYCASTE ET MÉNANDRE.
Quelle faiblesse !

TIRCIS.

Quel martyre !

LYCASTE ET MÉNANDRE. Il faut prendre courage.

TIRCIS.

Il faut plutôt mourir.

LYCASTE.
Il n'est point de bergère
Si froide et si sévère
Dont la pressante ardeur
D'un cour qui persévère
Ne vainque la froideur.

MÉNANDRE.
Il est, dans les affaires
Des amoureux mystères,
Certains petits moments
Qui changent les plus fières
Et font d'heureux amants.

TIRCIS.
Je la vois, la cruelle,
Qui porte ici ses pas ;
Gardons d'être vu d'elle,

L'ingrate, hélas !
N'y viendrait pas.

SCÈNE III : CALISTE.

CALISTE.
Ah ! que sur notre cæur
La sévère loi de l'honneur

Prend un cruel empire !
Je ne fais voir que rigueur pour Tircis,
Et cependant, sensible à ses cuisants soucis,

De sa langueur en secret je soupire,
Et voudrais bien soulager son martyre.
. C'est à vous seuls que je le dis,

Arbres, n'allez pas le redire.
Puisque le ciel a voulu nous former
Avec un cour qu'amour peut enflammer,

Quelle rigueur impitoyable
Contre des traits si doux nous force à nous armer ?

Et pourquoi, sans être blâmable,

Ne peut-on pas aimer

Ce que l'on trouve aimable ?

Hélas ! que vous êtes heureux, Innocents animaux, de vivre sans contrainte

Et de pouvoir suivre sans crainte Les doux emportements de vos cours amoureux ! Hélas ! petits oiseaux, que vous êtes heureux

De ne sentir nulle contrainte,

Et de pouvoir suivre sans crainte
Les doux emportements de vos ceurs amoureux

Mais le sommeil sur ma paupière
Verse de ses pavots l'agréable fraîcheur ;

Donnons-nous à lui toute entière :

Nous n'avons point de loi sévère
Qui défende à nos sens d'en goûter la douceur.

SCÈNE IV : CALISTE, endormie, TIRCIS,

LYCASTE, MÉNANDRE.

TIRCIS,
Vers ma belle ennemie
Portons sans bruit nos pas,
Et ne réveillons pas
Sa rigueur endormie.

TOUS TROIS.
Dormez, dormez, beaux yeux, adorables vainqueurs,
Et goûtez le repos que vous Ôtez aux cours.

Dormez, dormez, beaux yeux.

TIRCIS.
Silence, petits oiseaux ;
Vents, n'agitez nulle chose ;
Coulez doucement, ruisseaux :
C'est Caliste qui repose.

TOUS TROIS.
Dormez, dormez, beaux yeux, adorables vainqueurs,
Et goûtez le repos que vous êtez aux cours.

Dormez, dormez, beaux yeux.

CALISTE, se réveillant.
Ah ! quelle peine extrême !
Suivre partout mes pas !

TIRCIS.
Que voulez-vous qu'on suive, hélas !

Que ce qu'on aime ?

CALISTE.
Berger, que voulez-vous ?

TIRCIS.
Mourir, belle bergère,
Mourir à vos genoux,

Et finir ma misère.
Puisque en vain à vos pieds on me voit soupirer,

Il y faut expirer.

CALISTE.
Ah ! Tircis, ôtez-vous, j'ai peur que dans ce jour
La pitié dans mon cœur n'introduise l'amour.
LYCASTE ET MÉNANDRE, l'un après l'autre.

Soit amour, soit pitié,
Il sied bien d'être tendre ;
C'est par trop vous défendre,
Bergère, il faut se rendre
A sa longue amitié.
Soit amour, soit pitié,
Il sied bien d'être tendre.

CALISTE.
C'est trop, c'est trop de rigueur.
T'ai maltraité votre ardeur,
Chérissant votre personne ;

Vengez-vous de mon cæur,
Tircis, je vous le donne.

TIRCIS.
() ciel ! bergers ! Caliste ! Ah ! je suis hors de moi !
Si l'on meurt de plaisir, je dois perdre la vie.

LYCASTE.
Digne prix de ta foi !

MÉNANDRE.
O sort digne d'envie !

SCÈNE V : DEUX SATYRES, TIRCIS, LYCASTE,

CALISTE.

PREMIER SATYRE.
Quoi ! tu me fuis, ingrate, et je te vois ici
De ce berger à moi faire une préférence ?

DEUXIÈME SATYRE.
Quoi ! mes soins n'ont rien pu sur ton indifférence,
Et pour ce langoureux ton cœur s'est adouci ?

CALISTE.
Le destin le veut ainsi,
Prenez tous deux patience.

PREMIER SATYRE.
Aux amants qu'on pousse à bout
L'amour fait verser des larmes,
Mais ce n'est pas notre goût,
Et la bouteille a des charmes
Qui nous consolent de tout.

DEUXIÈME SATYRE.
Notre amour n'a pas toujours
Tout le bonheur qu'il désire ;
Mais nous avons un secours,
Et le bon vin nous fait rire
Quand on rit de nos amours.

TOUS.
Champêtres divinités,
Faunes, dryades, sortez
De vos paisibles retraites ;
Mêlez vos pas à nos sons,
Et tracez sur les herbettes
L'image de nos chansons.

PREMIÈRE ENTRE DE BALLET.

En même temps six dryades et six faunes sortent de leurs demeures et font ensemble une danse agréable, qui, s'ouvrant tout d'un coup, laisse voir un berger et une bergère qui font en musique une petite scène d'un dépit amoureux,

DÉPIT AMOUREUX ?

CLIMÈNE, PHILINTE.

PHILINTE.
Quand je plaisais à tes yeux,
J'étais content de ma vie,
Et ne voyais roi ni dieux
Dont le sort me fît envie.

1. Dryades : nymphes des bois. — 2. Ce morceau est une traduction libre d'une ode fameuse d'Horace,

CLIMÈNE.
Lorsqu'à toute autre personne
Me préférait ton ardeur,
J'aurais quitté la couronne
Pour régner dessus ton cour.

PHILINTE.
Une autre a guéri mon âme
Des feux que j'avais pour toi.

CLIMÈNE.
Un autre a vengé ma flamme
Des faiblesses de ta foi.

PHILINTE.
Chloris, qu'on vante si fort,
M'aime d'une ardeur fidèle ;
Si ses yeux voulaient ma mort,
Je mourrais content pour elle.

CLIMÈNE.
Myrtil, si digne d'envie,
Me chérit plus que le jour ;
Et moi, je perdrais la vie
Pour lui montrer mon amour.

PHILINTE.
Mais si d'une douce ardeur
Quelque renaissante trace
Chassait Chloris de mon cœur
Pour te remettre en sa place ?

CLIMÈNE.
Bien qu'avec pleine tendresse
Myrtil me puisse chérir,
Avec toi, je le confesse,
Je voudrais vivre et mourir.
· TOUS DEUX ensemble.

Ah ! plus que jamais aimons-nous,
Et vivons et mourons en des liens si doux.

Tous les acteurs de la comédie chantent.

Amants, que vos querelles
Sont aimables et belles !
Qu'on y voit succéder
De plaisir, de tendresse !
Querellez-vous sans cesse
Pour vous raccommoder !

Amants que vos querelles
Sont aimables et belles ! etc.

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