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MONSIEUR
DE POURCEAUGNAC

Comédie - 1669

NOTICE HISTORIQUE ET ANALYTIQUE.

Cette comédie-ballet fut représentée devant le roi, au château de Chambord, en octobre 1669, et le mois suirant à Paris sur le théâtre du Palais-Royal. Lulli en avait composé la musique. Le gazetier Robinet laisse entendre que Molière aurait tiré l'idée de sa pièce d'une querelle survenue à son théâtre entre les comédiens de sa troupe et un gentilhomme limousin. Suivant d'autres, le poète aurait voulu se venger de l'accueil qu'il avait reçu autrefois comme acteur à Limoges. La pièce est restée au répertoire et les scènes ou Molière raille les média cins et les astrologues sont justement célèbres.

Acte ler. Julie, fille d'Oronte, amante d'Éraste, veut se soustraire au mariage que son père a décidé pour elle avec M. de Pourceaugnac, gentilhomme limousin, et charge deux adroits coquins, Sbrigani et Nérine, d'imaginer les moyens de lui venir en aide. Sbrigani recerra M. de Pourceaugnac à l'arrivée du coche et Éraste offrira l'hospitalité au provincial.

Acte II. – Pourceaugnac, que Sbrigani a forcé à recevoir la consultation de médecins ridicules, est encore joué par le même Sbrigani, qui, déguisé en marchand flamand, fait croire à Oronte que le gentilhomme limousin est couvert de dettes : d'brouille entre Oronte et son futur gendre. Lucette, feinte Gasconne, à l'instigation de Sbrigani, poursuit Pourceaugnac en prétendant qu'elle est sa femme et qu'il l'a abandonnée ; plusieurs petits enfants l'appellent papa, et

le malheureux confie naïvement à Sbrigani les mėsaventures dont il est victime.

ACTE III. – Sbrigani a persuadé à Pourceaugnac de se déguiser en femme pour échapper à la justice qui le recherche ; un exempt veut l'arrêter, il s'en débarrasse avec de l'argent et remercie Sbrigani, qu'il considère comme son sauveur. Entre temps Éraste a enlevé Julie, mais il la ramène à son père; et Oronte, pour récompenser le jeune homme de sa loyauté, lui accorde la main de sa fille. Julie feint de ne céder qu'à l'autorité d'un père, et ce dernier augmente la dot, dont Eraste profilera.

PHRASE DE MONSIEUR DE POURCEAUGNAC FRÉQUEMMENT CITÉE

La polygamie est un cas pendable.

(II, XII.)

L'ouverture se fait par Eraste, qui conduit un grand concert de voix et d'instruments pour une sérénade dont les paroles, chantées par trois voix en manière de dialogue, sont faites sur le sujet de la comédie et expriment les sentiments des deux amants, qui, étant bien ensemble, sont traversés par le caprice des parents.

PREMIÈRE Voix.

Répands, charmante nuit, répands sur tous les yeux

De tes pavots la douce violence,
Et ne laisse veiller en ces aimables lieux
Que les cours que l'amour soumet à sa puissance.

Tes ombres et ton silence,

Plus beaux que le plus beau jour,
Offrent de doux moments à soupirer d’amour.

DEUXIÈME VOIX.

Que soupirer d'amour

Est une douce chose,

Quand rien à nos væux ne s'oppose !
A d'aimables penchants notre cœur nous dispose,
Mais on a des tyrans à qui l'on doit le jour.

Que soupirer d'amour

Est une douce chose,
Quand rien à nos vœux ne s'oppose !

TROISIÈME voix.

Tout ce qu'à nos vœux on oppose
Contre un parfait amour ne gagne jamais rien,

Et, pour vaincre toute chose,
Il ne faut que s'aimer bien.

LES TROIS VOIX ENSEMBLE.

Aimons-nous donc d'une ardeur éternelle :
Les rigueurs des parents, la contrainte cruelle,

L'absence, les travaux, la fortune rebelle,
Ne font que redoubler une amitié fidèle.
Aimons-nous donc d'une ardeur éternelle.

Quand deux cæurs s'aiment bien,
Tout le reste n'est rien.

La sérénade est suivie d'une danse de deux pages, pendant laquelle quatre curieux de spectacles, ayant pris querelle ensemble, mettent l'épée à la main. Après un assez agréable combat, ils sont séparés par deux Suisses, qui, les ayant mis d'accord, dansent avec eux au son de tous les instruments.

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Dessin de F. Boucher.

Gravé par Laur. Cars. MONSIEUR DE POURCEAUGNAC L'APOTHICAIRE. — Monsieur, voici un petit remède, un petit remède, qu'il vous faut prendre, s'il vous plait, s'il vous plaît.

(Acte I, sc. xi.)

MOLIÈRE – V.

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