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DE
LA FONTAINE,

Avec les Notes de CHAMFORT.

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DE LA FONTAINE, AVEC QUELQUES OBSERVATIONS

SUR SES FABLES.

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JEAN DE LA FONTAINE naquit à Châteaua: Thierry le 8 juillet 1621 (1). Les premières années de sa vie n'eurent rien de remarquable, rien qui parût annoncer ce qu'il devaiî être un jour. Elevé par des maîtres qui n'avaient pas, comme Socrate , l'art de faire enfanter les esprits , et d’en deviner , par une finesse de tact et d'instinct très-difficile à acquérir, le caractère propre et particulier, il resta vingt-deux ans dans une espèce d'inertie qui, s'il eût été moins heureusement né, aurait éteint le feu de son imagination, et peut-être entièrement brisé les ressorts les plus utiles, les plus actifs et les plus

(1) Son père, qui s'appelait aussi Jean de La Fontaine, était un ancien bourgeois de Château-Thierry, où il avait été maître des eaux et forêts ; et sa mère : (Françoise Pidoux) était fille du bailli de Coulommiers. Voy. l'hist. de l'académie française,

VII

puissans de l'ame, l'intérêt et les passions (1). Mais il est des hommes privilégiés que les préjugés, le pédantisme ( 2 ) et les vues étroites de ceux auxquels on confie ordinairement l'institution de la jeunesse, ne peuvent point abrutir : la société offre quelques exemples de ce fait, et La Fontaine en est un.

Montaigne dit que « nos âmes sont dénouées .....,» à vingt ans ce qu'elles doivent être, et qu'elles

2,50. promettent tout ce qu'elles pourront». Il ajoute :: quie a jamais âme qui n'ait donné en cet âge-là

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Ontaine était tellement convaincu de cette vérité.; que c'est même la morale qu'il tire d'une de ses Fables, où il introduit un philosophie scythe qui coupe et taille à toute heure les arbres de son verger,

Sans observer temps ni saison,

Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt. Ce Scythe exprime bien

Un indiscret Stoïcien :

Celui-ci retranche de l'ame
Desirs et passions, le bon et le mauvais,

Jusqu'aux plus innocens souhaits.
Contre de telles gens, quant à moi , je réclame :
Ils Otent à nos cours le principal ressort;
Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.

Liv. XII, fab. 20.

(2) Le mépris de La Fontaine pour les pédans perce dans plusieurs endroits de ses fables. Il leur fait même un reproche très-grave, et malheureusement très-fordé:

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