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AP

리 452

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LE CHERCHEUR

REVUE É CLECTIQUE

Paraissant le 1er et le 15 de chaque mois.

LITTERATURE, SCIENCES, BEAUX-ARTS

ET

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE.

VOLUME II.

MARS-DECEMBRE 1889.

QUÉBEC

IMPRIMERIE DE JOS. DUSSAULT

No. 1, rue Port Dauphin

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Leçon d'ouverture du Cours de M. Ch. Charaux, à la Faculté des lettres

de Grenoble, 1887. MESSIEURS, Permettez-moi, en ouvrant le Cours de cette année, d'appeler un instant votre attention sur un aspect du Beau qu'on envisage assez rarement. Jusqu'à présent c'est dans les arts proprement dits et dans leurs chefs-d'œuvre que nous avons cherché à découvrir les éléments du Beau, ses secrets et ses caractères : aujourd'hui c'est l'histoire que je voudrais interroger avec vous. En avons-nous le droit ? N'est-ce pas là une nouveauté bien étrange ? Comment peut-on dire de l'histoire, ce théâtre de toutes les luttes, de tous les déchirements, de tous les désordres, souvent même de tous les crimes, qu'elle manifeste le Beau et qu'elle nous aide à le connaître ? Où donc se trouve la beauté de cette confusion des faits, dans ce spectacle des misères humaines, une beauté que nous puissions comparer à ces beautés d'ordre supérieur que les arts de la Grèce proposaient il y a quelques mois, à notre admiration ? Ne nous hâtons pas toutefois de prononcer et de proscrire ; rappelons plutôt la conclusion de notre dernière leçon : elle nous a été dictée par l'examen attentif d'un chef-d'oeuvre de l'art antique. On peut l'annoncer ainsi :“ La pensée et la vraie beauté sont inséparables ; plus une cuvre d'art est parfaite, plus elle a de rapports avec la pensée." Essayons donc si, en cherchant à découvrir ia pensée dans l'histoire, nous n'y découvrirons pas par surcroît la beauté. Entre elles deux les points de contact semblent se multiplier à mesure que nous avançons dans nos recherches

i il suffit le plus souvent que l'une d'elles apparaisse pour que l'autre la suive aussitôt.

Qu'est-ce que l'histoire ? A quelle date, de quelle manière commence-t-elle ? Ces questions, toutes celles qu'on peut se poser relativement à la nature et aux origines de l'histoire nous établissent en plein domaine de la pensée. Qu'il s'agisse des faits qui en sont la matière ou des écrivains qui nous en transmettent le souvenir, c'est toujours la pensée qui paraît en premier lieu : sans elle, à vrai dire, il n'y a pas d'histoire. Laissons ceux que ces questions intéressent s'occuper d'un certain état de nature qui aurait précédé la naissance des sociétés, comme si la société n'était point l'état naturel de l'homme. Pour nous, l'homme vraiment homme, celui qui a des droits à l'histoire, c'est celui qui s'est associé à d'autres hommes pour former avec eux une société, une tribu, un peuple. Mais s'unir pour se défendre, veiller à des intérêts communs, délibérer, organiser, prévoir, qu'est-ce que tout cela,sinon

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