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AVANT-PROPOS.

En voulant écrire l'histoire de la Rose, j'entreprends sans doute un ouvrage audessus de mes forces; je sens trop que, pour parler dignement de cette belle fleur, il faudrait un style aussi brillant qu'elle a d'éclat; j'aurais besoin d'employer un langage en quelque sorte poétique, mais malheureusement la langue des poètes ne fut jamais la mienne. Comment pourrai - je donc trouver des expressions pour peindre les tendres et vives couleurs qui la font

distinguer entre toutes les autres fleurs; comment dire son délicieux parfum, à nul autre pareil; comment exprimer tous les sentiments agréables et passionnés qu'elle inspire, toutes les idées riantes et voluptueuses qu'elle fait naître, tous les doux souvenirs que sa vue rappelle dans les cœurs sensibles? Nommer la Rose, n'est-ce pas nommer le type de la beauté, le modèle de toutes les perfections, l'une des plus belles productions de la nature, en un mot le chef-d'œuvre du règne végétal!

Plusieurs auteurs se sont déjà essayés avant moi sur ce sujet, mais leurs ouvrages, quel qu'en soit le mérite, ont plus ou moins vieilli, et ne sont pas aujourd'hui à la hauteur de nos connaissances. L'histoire proprement dite de la Rose n'a pu prendre, il est vrai, de grands accroissements, mais j'ai tellement multiplié mes recherches que j'ai pu doubler tous les faits et toutes les anec

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dotes qui s'y rapportent, qu'on ne trouve qu'épars dans beaucoup d'ouvrages rares et qu'on ne se procure qu'avec bien de la peine. Il ne m'a donc pas été difficile de compléter, autant que possible par ce moyen, la partie historique. J'ai surtout disposé avec plus d'ordre tout ce qui, jusqu'alors, n'avait été que confusément rassemblé, et, par ce moyen seul, je crois que tous les faits se trouveront présentés sous un point de vue beaucoup plus intéressant.

Mais, c'est principalement dans la culture de la Rose que j'ai trouvé des motifs pour entreprendre un nouvel ouvrage; car ce dont on doit s'étonner, c'est que la plus belle des fleurs ait été, pour ainsi dire, la dernière dont les horticulteurs se soient occupés. Il y a déjà long-temps que les auricules, les anémones, les jacinthes, les œillets, les renoncules, les tulipes avaient trouvé des amateurs épris des charmes de

ces plantes, qui leur consacraient les soins les plus minutieux, et cependant la Rose avait à peine attiré leur attention; ils négligeaient celle qui est incontestablement la plus belle, celle que les peuples de l'antiquité, il y a déjà près de trois mille ans, avaient nommée la reine des fleurs. Comment se fait-il donc qu'une fleur qui, dès les temps les plus reculés, avait attiré tous les hommages, que celle que les poètes de tous les pays avaient célébrée, ait été pendant si long-temps abandonnée à ses beautés naturelles?

Pourquoi ne s'est-on occupé que si tard d'améliorer la culture de la Rose, si universellement répandue, d'ailleurs, depuis une époque immémoriale chez toutes les nations civilisées? Serait-ce que cette fleur s'est montrée tout de suite d'une beauté si parfaite aux premiers hommes qui l'ont transplantée dans leurs jardins, qu'ils ont déses

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