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Le Singe et le Chat.

Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
D'animaux malfaisants c'était un très-bon plat:
Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage
Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté,
Etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.

Les escroquer était une très-bonne affaire :
Nos galands y voyaient double profit à faire:
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui (1).
Bertrand dit à Raton: Frère (2), il faut aujourd'hui

(1)« Ce vers résume toute la morale des méchants; aussi est-il devenu proverbe. » (Gérusez.)

(2) Il l'appelle frère parce qu'il a besoin de lui; c'est de l'artifice oratoire.

Que tu fasses un coup de maître;

Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit: Raton, avec sa patte,
D'une manière délicate,

Écarte un peu la cendre, et retire les doigts :
Puis les reporte à plusieurs fois;

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque;
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient: adieu mes gens. Raton
N'était pas content, ce dit-on.

Ainsi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d'un pareil emploi,
Vont s'échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi (1).

XVI

Le Milan et le Rossignol.

Après que le milan, manifeste voleur,
Eut répandu l'alarme en tout le voisinage,
Et fait crier sur lui les enfants du village,
Un rossignol tomba dans ses mains (2) par malheur.
Le héros du printemps lui demande la vie.

Aussi bien, que manger en qui n'a que le son (3)? Ecoutez plutôt ma chanson:

Je vous raconterai Térée et son envie.

Qui Térée? est-ce un mets propre pour les milans? Non pas; c'était un roi dont les feux violents

(1) Fable charmante d'un bout à l'autre.

(2) C'est-à-dire en son pouvoir.

(3) Dans un fabliau du moyen âge intitulé Le Lai de l'oiselet, l'oiseau tient le même langage au vilain qui l'a pris.

Me firent ressentir leur ardeur criminelle.
Je m'en vais vous en dire une chanson si belle,
Qu'elle vous ravira. Mon chant plaît à chacun.
Le milan alors lui réplique:

Vraiment, nous voici bien! lorsque je suis à jeun,
Tu me viens parler de musique!
J'en parle bien aux rois. Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles:
Pour un milan, il s'en rira.

Ventre affamé n'a point d'oreilles (1).

XVII

Le Berger et son Troupeau.

Quoi! toujours il me manquera
Quelqu'un de ce peuple imbécile (2)!
Toujours le loup m'en gobera!

J'aurai beau les compter! Ils étaient plus de mille,
Et m'ont laissé ravir notre pauvre Robin!

Robin mouton, qui par la ville
Me suivait pour un peu de pain,

Et qui m'aurait suivi jusques au bout du monde !
Hélas! de ma musette il entendait le son;
Il me sentait venir de cent pas à la rondé.
Ah! le pauvre Robin mouton!

Quand Guillot eut fini cette oraison funèbre,
Et rendu de Robin la mémoire célèbre,

Il harangua tout le troupeau,

(1) Vers devenu proverbe.

(2) Dans le sens latin, faible.

Les chefs, la multitude, et jusqu'au moindre agneau,
Les conjurant de tenir ferme;
Cela seul suffirait pour écarter les loups.

Foi de peuple d'honneur, ils lui promirent tous
De ne bouger non plus qu'un terme.

Nous voulons, dirent-ils, étouffer le glouton
Qui nous a pris Robin mouton.
Chacun en répond sur sa tète.
Guillot les crût, et leur fit fète.
Cependant, devant qu'il fût (1) nuit,
Il arriva nouvel encombre:

Un loup parut: tout le troupeau s'enfuit. Ce n'était pas un loup, ce n'en était que l'ombre (2).

Haranguez de méchants soldats,
Ils promettront de faire rage:

Mais au moindre danger, adieu tout leur courage,
Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.

(1) Devant que pour avant que.

(2) Voyez quel effet de surprise produit ce dernier vers, et avec quelle force, quelle vivacité ce tour peint la fuite et la timidité des moutons. » (Chamfort.)

FIN DU LIVRE NEUVIÈME

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LIVRE DIXIÈME

107

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Wa Fontaine's fables. A sillicions

Les deux Rats, le Renard et l'Euf.

Zds.

DISCOURS A MADAME DE LA SABLIÈRE (1)

Iris (2), je vous louerais; il n'est que trop aisé :
Mais vous avez cent fois notre encens refusé;
En cela peu semblable au reste des mortelles,
Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.
Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur.
Je ne les blâme point; je souffre cette humeur :
Elle est commune aux dieux, aux monarques, aux
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,

[belles.

(1) Femme d'un secrétaire du roi, et amie de la Fontaine, qu'elle logea chez elle pendant près de vingt ans.

(2) Nom fictif que le poëte donne à sa bienfaitrice.

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