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GÉNÉRALITÉS

La prononciation française se distingue de la plupart des autres par sa netteté : les voyelles sont toutes bien timbrées, même en syllabe inaccentuée, et il n'y a pas de voyelles moyennes ou indécisés; la différence entre les consonnes sourdes'.

et les consonnes sonores est très accusée; enfin la majorité des phonèmes sont articulés dans la partie antérieure de la bouche, ce qui les fait mieux porter.

Certains étrangers, particulièrement des Allemands, ont un jeu des lèvres et des joues extraordinaire, comme s'ils måchaient quelque chose avec effort; il semble qu'ils font un travail énorme pour articuler les sons. Mais tout cela est purement extérieur, leurs muscles ne sont pas tendus, et le travail intérieur est très faible. En français le travail s'accomplit presque entièrement à l'intérieur, et il y est intense, les muscles étant lendus à outrance; mais presque rien n'en apparaît au dehors, les joues sont presque immobiles, les lèvres ne font que s'entr'ouvrir, le visage reste calme, et tout cela contribue à la suprême élégance de la diction française.

Les défauts de prononciation des provinciaux consistent essentiellement en ce qu'ils donnent à certaines voyelles d'autres timbres, et à la phrase d'autres intonations (ils la chantent autrement). Ils prononcent ou ne prononcent pas les e dits muets suivant d'autres règles (Ouest et Nord-Ouest), ou bien ils les prononcent tous et en ajoutent même là où le francien n'en a jamais eu (Midi). Ils font entendre des consonnes intérieures et surtout finales que le francien a laissé tomber; ils en suppriment qu'il a maintenues ou rétablies. Ils déplacent l'accent d'intensité (Est); ils font des liaisons d'un groupe rythmique au suivant, ce que le francien n'admet plus.

Les étrangers ont tous le défaut de chanter faux, c'est-à-dire de donner au français les intonations de leur langue maternelle.

Ceux qui sont d'origine germanique ont les sourdes suivies d'un souffle, et leurs sonores n'ont pas de sonorité avant l'explosion.

Les Allemands et les Suédois ont une tendance à développer un accent secondaire, généralement de deux en deux syllabes (accentuation binaire), ou, ce qui revient souvent au même, à donner un accent à tous les mots, sauf les mots accessoires monosyllabiques. Ils assourdissent les sonores finales. Leurs sifflantes et chuintantes sont trop longues et pas assez violentes.

Les Anglais n'ont pas les muscles tendus, d'où l'indécision de leurs voyelles atones. Pour la même raison leurs voyelles accentuées ne sont pas tenues; pour peu qu'elles soient longues, les organes se déplacent au cours de leur émission, ce qui les transforme en diphtongues ou en triphiongues. Leurs consonnes finales ne sont qu'implosives et par suite ne sont pas entendues par des oreilles françaises. Leur lèvre supérieure reste d'ordinaire appliquée contre les dents, d'où la défectuosité de leurs chuintantes. Leur langue est d'une manière générale trop retirée en arrière (ils ont souvent le palais très creux, presque ogival), d'où le son particulier de leurs dentales, qui sont des cacuminales.

Les Slaves yodisent (ou mouillent) toutes les consonnes devant i et ü. Ils prononcent brève et sèche la voyelle accentuée qui précède un r final, tandis qu'en français elle est toujours longue; ils disent :

voiture, lürd, venir, il pårt.

PRONONCIATIONS ÉTRANGÈRES

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Les Polonais, les Serbes, laissent trop tomber la voix à la fin des phrases ; les dernières syllabes ne sont plus qu'une sorte de råclement des cordes vocales relåchées.

Les Russes donnent un timbre indécis aux voyelles inaccentuées ou les suppriment tout à fait. Beaucoup, surtout ceux de l'Est, diphtonguent les o en wo et les ó en ou. Quand une voyelle orale est suivie d'une nasale finale, ils ont coutume de nasaliser la voyelle et de ne pas la faire suivre d'une consonne nasale : homme devient õ, bonne devient bõ. Ils ont une grande difficulté à prononcer les é fermés, et font entendre d'ordinaire à la place des è ouverts.

Les Egyptiens ne peuvent pas prononcer les ü et les ü; ils les remplacent par un u (ou).

Les Géorgiens dissocient les deux éléments essentiels qui constituent l'ü et font entendre iu à la place. Ce défaut est fréquent aussi chez les Anglais.

Les Annamites n'arrivent que difficilement à prononcer un r acceptable en français; ils le remplacent d'ordinaire

par

leur r chuintant. Leurs consonnes finales ne sont qu'implosives. Ils réussissent mal à prononcer les P, qui font défaut à leur langue.

Les étrangers de langue slave ou germanique font des ü et des i généralement peu distincts l'un de l'autre, parce qu'ils ne projettent pas assez les lèvres en avant pour les ü et ne retirent pas assez les lèvres pour les i.

Les Anglais prononcent les o ouverts trop ouverts, comme une sorte d'a.

Dans les phrases interrogatives et exclamatives, les Slaves donnent l'intonation spéciale sur le premier mot, tandis que nous la donnons d'ordinaire à une autre place.

Pour tous les étrangers la prononciation de l'e caduc est une des plus grosses difficultés. Ils commencent d'habitude

par

les prononcer tous. Puis, quand ils ont remarqué que les Français en suppriment un certain

nombre, ils se mettent aussi à en supprimer, mais leur choix est rarement heureux. Or il est moins choquant d'en prononcer un que l'on laisse tomber d'ordinaire dans la conversation, que d'en supprimer un que les Français ne suppriment jamais; il l'est peut-être davantage encore, et ce défaut se remarque surtout chez les Allemands, de prononcer lentement les formes raccourcies du parler rapide.

PREMIÈRE PARTIE

LES PHONÈMES ISOLÉS

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