Page images
PDF
EPUB

BIOGRAPHIE DE Henri PESTALOZZI, par l'auteur des biographies

d'Albert de Haller et de J.-G. Lavater. Lausanne, chez G. Bri. del et chez Delafontaine et Cie, 1853, 1 vol. in-8° : 4 fr.

Le nom de Pestalozzi figure au premier rang parmi ceux des hommes qui ont consacré leurs efforts à l'éducation de l'enfance et à l'amélioration du peuple. Cependant, on ne peut parcourir l'histoire de sa vie sans éprouver un sentiment de profonde tristesse. Chez cette noble nature si bien douée à tant d'égards, l'équilibre manquait, l'imagination dominait sans cesse, jusque dans les choses où le raisonnement et l'expérience pouvent seuls servir de guides. Une idée généreuse et féconde s'était emparée de lui dès sa jeunesse, et il se regardait comme ayant reçu la mission spéciale d'élever et d'instruire les enfants pauvres. Mais complétement étranger à l'esprit d'ordre et de calcul nécessaire pour le succès d'une pareille entreprise, il échoua dans toutes ses tentatives, y perdit son patrimoine et le bien de sa femme, lassa la constance de ses plus fidèles amis, et ne sut jamais mettre à profit les bienveillantes sympathies qu'éveillait son enthousiasme si vrai, si naïf et si pur. Non-seulement il ne put parvenir à fonder un établissement durable, mais encore il se laissa duper, exploiter de la manière la plus indigne par ses propres disciples, dans le choix desquels il ne montra ni prudence, ni discernement.

C'est que n'écoutant que son coeur, qui était essentiellement bon, il refusa toujours de voir le mal chez les autres, ou du moins, il crut trop facilement à la possibilité d'en déraciner jusqu'au moindre germe. Ses illusions à cet égard ne se dissipèrent point, malgré les nombreuses expériences qui auraient dû lui ouvrir les yeux. Absorbé dans la contemplation d'un idéal qu'il poursuivait en vain, il perdit complétement de vue la réalité, la pratique fut l'écueil contre lequel il échoua durant toute sa vie. L'ardente charité qui l'animait ne lui permettait pas d'apporter à son @uvre la réflexion et le jugement nécessaires. Il a donné sans doute une puissante impulsion, un élan admirable aux efforts dirigés vers le développement

moral et intellectuel des classes pauvres. Mais chez lui, la pédagogie semblait plutôt un instinct qu'une science positive, et le malheur de sa méthode fut d'être trop souvent interprêtée par des disciples qui n'étaient point à la hauteur de ses vues et de son désintéressement. Le meilleur exposé qui en ait été fait est celui publié par M. Chavannes, qui put apprécier, en observateur impartial, ce qu'elle renfermait de bon et de vraiment applicable. Quant aux disciples de Pestalozzi, les uns n'ont su que refléter les inspirations un peu vagues du maître, et les autres ont tout simplement exploité l'intérêt qui s'attachait à son nom.

L'auteur de sa biographie nous paraît avoir fait avec beaucoup de justice et de sagacité la part de la critique ainsi que celle de l'éloge. Tout en éprouvant une profonde sympathie pour cette âme si belle, si naïve, si naturellement chrétienne, il ne se laisse pas aveugler par l'enthousiasme, il signale aussi les faiblesses auxquelles doivent être attribués tant de déceptions et de revers cruels. Pestalozzi se sacrifia comme un martyr pour l'avancement de la cause qu'il avait embrassée ; mais il fut lui-même le principal obstacle à la réussite de tous ses plans.

APPENDICE A L'OUVRAGE INTITULÉ : HISTOIRE DE LA VIE ET DES

OUVRAGES DE RAPHAEL, par M. Quatremère de Quincy, accompagné de renseignements sur divers artistes, par le baron Boucher-Desnoyers, membre de l'Institut, officier de la Légion d'honneur, etc. 1852, in-4°, 53 pages.

Ce volume, d'une exécution typographique fort élégante, n'est point destiné au commerce; l'auteur n'en a fait tirer qu'un petit nombre d'exemplaires qu'il a distribués en présents. Adorateur passionné du plus grand de tous les peintres, M. Boucher-Desnoyers a consacré de longues années à reproduire, avec son burin, les chefs-d'æuvres de Raphaël, et la gravure s'est montrée, en cette circonstance, digne du tableau qu'elle copiait. Pendant des voyages multipliés à travers l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, l'au

teur de l'écrit que nous signalons s'est attaché à découvrir, à examiner tous les tableaux de Raphaël; il donne des détails sur ce qu'il a trouvé en diverses villes d'Italie (Pérouse, Naples, Venise, Florence, etc.', ainsi qu'à Berlin, à Vienne et autres lieux. Ses investigations n'ont pas toujours été couronnées de succès ; il a vainement cherché à Munich le portrait de Bindo Aloviti, dont Vasari fait l'éloge et que, d'après M. Quatremère, le roi de Bavière acheta en 1809 au prix de 160,000 francs. On ignore ce qu'est devenu le beau tableau de la Vierge du Mont-Cassin ; en revanche on a retrouvé dans la galerie de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, le petit tableau de Saint Georges, que le duc d'Urbin envoya à Henri VIII et qu'on croyait perdu; l'impératrice Catherine en fit faire l'acquisition en Angleterre. Un fait peu connu, c'est que le musée de Montpellier possède de Raphaël un tableau parfaiteinent conservé et d'une riche valeur, c'est le portrait d'un neveu de Léon X, beau jeune homme à la barbe naissante. En examinant les tableaux qui sont au Louvre, M. Boucher-Desnoyers conteste l'authenticité du portrait de Jeanne d'Aragon, vice-reine de Naples, portrait que l'habile conservateur du musée de Berlin, M. Wangen, regarde également comme trop sec, trop dur dans les couleurs, trop peu vivant pour pouvoir être mis sur le compte de l'immortel artiste auquel on l'a attribué. Raphaël n'est pas, d'ailleurs, le seul peintre doit il soit question dans cet Appendice ; des ouvrages d'Albert Durer y sont signalés comme restant encore manuscrits à Dresde; une liste est dressée des tableaux de Léonard de Vinci, au nombre de vingt-deux : huit sont au Louvre; mais nous remarquerons encore, que M. Wangen conteste l'authenticité de trois d'entre eux, qu'il attribue à Perin del Vaga, à Uggione et à Beltraffio. (Voir l'ouvrage intitulé : Kunstwerke und Künstler in Paris, 1839, p. 427.) M. Boucher-Desnoyers dit aussi quelque chose de divers peintres anglais ; deux erreurs d'impression se sont glissées dans une ligne, où il avance que mylord God (il n'y a point de lord de ce nom) avait avancé à sir Thomas Lawrence 500 livres sterling, 125,000 francs. Lisez 5000 livres. N'oublions pas d'ajouter que deux gravures fort remarquables sont jointes au beau

volume dont nous parlons; l'une n'est qu'une esquisse de la Cène de Léonard de Vinci; l'autre est une reproduction très-soignée de l'image du Sauveur dans la Transfiguralion.

VOYAGE AUX VILLES MAUDITES : Sodome. — Gomorrhe. -- Seboïm.

- Adama. — Zoar; par Ed. Delessert, suivi de notes scientifiques et d'une carte, par M. F. de Saulcy. Paris, 1853, 1 v. in-12 : 3 fr. 50 c.

Ce volume ne renferme que l'esquisse rapide et légère du voyage dont M. de Saulcy prépare la relation scientifique. On y trouve cependant un aperçu très-satisfaisant des résultats de cette expédition, qui avait pour but d'explorer les bords de la Mer Morte. M. Delessert expose avec intelligence et clarté les intéressantes découvertes auxquelles il a pris part avec son savant ami. Son récit est agréable, riche en incidents variés, plein de détails curieux et de descriptions bien faites. C'est un observateur positif, qui donne peu d'essor à son imagination, qui voit les choses sous leur aspect réel et ne cherche pas à les embellir par le prestige d'une poésie fictive. Mais il règne dans ce livre un ton simple et vrai qui inspire la confiance. Les périls de la route, quoique nombreux et trèsréels ne sont point exagérés, comme c'est trop souvent le défaut des voyageurs. M. Delessert raconte avec gaîté les ennuis, les fatigues et même les privations et les souffrances d'une pareille excursion dans des contrées arides, stériles, presque désertes ou habitées par quelques tribus barbares, qui ont l'habitude de piller ou de rançonner les caravanes. S'il y a des passages difficiles à traverser, de mauvaises rencontres qui exigent du courage, c'est à ses coinpagnons qu'il en accorde tout l'honneur, il vante l'admirable sangfroid de M. de Saulcy, la bravoure des guides arabes, et s'efface modestement. Les peines de la route semblent d'ailleurs oubliées, dès que se présentent des ruines à étudier ou des objets d'histoire naturelle à recueillir. Ces deux buts préoccupent sans cesse nos voyageurs, qui ne se laissent pas aisément décourager. Aussi leurs efforts paraissent-ils avoir obtenu des résultats d'une importance assez grande. Ils ont retrouvé l'emplacement des villes de Sodome et de Gomorrhe, de Séboim, de Zoar et d'Adama. Leurs conjectures à cet égard s'appuient à la fois sur les traditions locales, et sur des ressemblances de noms et des vestiges de ruines antiques qui avaient échappé à la plupart des explorateurs venus avant eux. D'ailleurs la nature volcanique du sol, et de nombreux cratères éteints, indiquent assez quelle fut la nature de la catastrophe que la Bible mentionne comme ayant détruit les villes maudites. M. Delessert rend hommage à l'exactitude du récit biblique, on regrettera seulement qu'il s'abstienne de le citer et n'entre pas dans des explications plus complètes à ce sujet. Peut-être a-t-il voulu laisser ce soin à M. de Saulcy dont l'ouvrage ne tardera sans doute pas à paraître. Quoi qu'il en soit, le volume de M. Delessert fera vivement désirer cette publication, qui semble devoir jeter une lumière nouvelle sur des questions du plus haut intérêt.

« PreviousContinue »