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MACUN, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS.

SOCIÉTÉ DES TEXTES FRANÇAIS MODERNES

FONTENELLE

HISTOIRE DES ORACLES

ÉDITION CRITIQUE

PUBLIÉE PAR

LOUIS MAIGRON

PARIS
PUBLICATIONS DE LA STE NELLE DE LIBRAIRIE ET D'ÉDITION

(Anc rue Cujas)
ÉDOUARD CORNÉLY ET C'B, ÉDITEURS

101, RUE DE VAUGIRARD, Ior

1908

En 1683, un médecin hollandais, Van Dale, avait publié, sur les oracles, deux longues dissertations latines: dont les Nouvelles de la République des Lettres avaient rendu compte ·. Fontenelle lut le volume - qu'il n'est pas téméraire de supposer que le journal de Bayle lui avait révélé et la pensée lui vint aussitôt de faire profiter Français et Françaises d'une lecture « si agréable et si utile ». Mais, pour en retirer sûrement de l'utilité, il fallait d'abord que le public y rencontråt de l'agrément ; et c'était bien la chose du monde dont s'était le moins soucié Van Dale. Rien de prolixe et de confus comme les deux compactes dissertations. C'est plein d'érudition et de science, et c'est parfaitement rebutant, rudis indigestaque moles 3. Résolument, Fontenelle supprima, abrégea, arrangea, relevant le tout de réflexions piquantes et de fine ironie 4. D'ennuyeuse et d’illisible qu'elle était, l'ouvre devint intéressante s. Mais aussi et du même

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1. « Antonii Van Dale M. D. | de Oraculis | Ethnicorum | dissertationes duae : 1 quarum prior de ipsorum duratione ac | defectu, posterior de eorundem | Auctoribus. [ Accedit et | Schediasma | de i Consecrationibus | Ethnicis. 1 – Amstelaedami, i apud Henricum et Viduam Theodori | Boom. Anno MDCLXXXIII. '»

2. Mars 1684. - L'article de Bayle est intéressant, et l'ouvre de Van Dale y est résumée avec autant d'exactitude que de clarté. Il est même curieux de remarquer que c'est par ce compte rendu que s'ouvre le premier fascicule du journal.

3. C'est au point que le P. Baltus lui-même se plaint de « cette confusion extrême qui y regne partout, et qui desespère le Lecteur le plus ardent et le plus attentif, qui se perd à tout moment dans un labyrinthe de digressions, de parentheses et de citations inutiles, entassées les unes sur les autres ». Réponse, 2.

4. Cf. la Préface de l'Histoire des Oracles.
5. Cf. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Oracles; Bayle, Nou-

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coup elle devenait dangereuse, et il fut visible qu'il faudrait un jour songer à en prévenir les pernicieux effets.

« L'entreprise » de Fontenelle, en effet, « étoit assurément des plus hardies ». Il attaquait « presque seul et tout à la fois, non seulement les anciens Payens, qui attribuoient les Oracles à leurs faux Dieux, mais aussi les Chrétiens de tous les siècles, qui les ont attribuez aux Démons » ; il attaquait encore, et surtout, « un parti solltenu du préjugé favorable de la longue possession, et d'un autre préjugé encore bien plus à craindre, sçavoir que l'opinion commune touchant les Oracles fortifie les preuves du Christianisme »'; d'un mot, au nom de la raison humaine, il faisait quvre de polémique religieuse : imprudence grave, même à l'aurore du siècle de la philosophie et malgré les précautions minutieuses dont s'était entouré l'auteur qui n'avait certainement pas encore oublié tout à fait les suites qu'avait failli avoir sa fameuse Relation de l'Isle de Borneo imprudence grave ?, et on le lui fit bien voir.

Quelque vingt ans après, quand le parti des dévots se fut fortifié à la cour, et que Louis XIV fut complètement tombé sous les influences que l'on sait, on se rappela que l'Histoire des Oracles n'était peut-être pas fort orthodoxe, et le P. Baltus se chargea d'en faire la démonstration 3.

velles de la République des Lettres, fév. 1687; Baltus, Réponse, p. 18, et Journal de Trévoux, août 1707, p. 1386.

1. Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. Nous avons essayé d'indiquer ailleurs (Fontenelle. L'homme, l'æuvre, l'influence. Paris, Plon-Nourrit, 1906) la nature de l'Histoire des Oracles, sa véritable portée, et quelle place doit lui revenir dans l'histoire des idées.

2. Le compte rendu du De Oraculis, par Bayle, se terminait par cet avertissement : « Le lecteur sçaura, s'il lui plaît, qu'en rapportant, ou les raisons, ou les sentimens de M. Van Dale, je n'ay pas prétendu déclarer que j'en étois persuadé. J'agis en Historien et non pas en homme qui adopte les sentimens des Auteurs dont il parle. On me fera grand plaisir de se souvenir de cette déclaration dans la suite .» Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. - Et Van Dale constate simplement : « C'est peut-être un malheur pour la cause qu'il [Fontenelle) soûtient avec moi, qu'il ne soit pas dans un païs de liberté : car je ne peux imputer å autre chose le silence qu'il a gardé, ou les dégui. semens qui semblent l'avoir commandé dans des faits de consequence. » Lettre de Monsieur Van Dale à un de ses amis au sujet du livre des Oracles des Payens, composé par l'Auteur du Dialogue des Morts (Nouvelles de la République des Lettres, mai 1687).

3. « Réponse 1 à | l'Histoire des í Oracles de Mr. de Fontenelle,

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