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Nous avons donné sur les chansons a xquelles se rattachent quelques détails historiques, des notices succinctes qui en expliquent l'origine et le but. Nous avons aussi donné la biographie sommaire des principaux auteurs de romances, de chansons et de vaudevilles.

Arrivés à l'époque contemporaine, notre choix n'a pas été facile. L'élément d'un bon choix fait presque comp'étement défaut. Le chansonnier aujourd'hui tourne au parasite, et la chanson n'existe plus.

Il ne s'agit donc pour la plus grande partie de ce volume que des chansons acceptées par le public, et en réalité populaires.

Les chansons regardées sous un certain rapport sont des bagatelles. Mais ces bag telles ont des points de contact avec la littérature, avec les maurs, avec I histoire. Plus que la comédie, les chansons sont l'express'on de l'esprit du jour et le tableau des ridicules, des caprices, des fantaisies, des modes fugitives de la société. L'historien peint å grand traits, le moraliste trace des pages sévères, le philosophe, le po itique vivent dans des abstractions. Les détails que renferment la chanson leur échappent, et cependant ils sont lous précieux à l'observateur. Tel'e chanson lui apprend ce qu'il chercherait en vain dans de gros livre, et tel vaudeville conserve la seule trace exigiante d'un événement, d'une découverte, de la pensée du peuple sur les actes du pouvoir, de son opinion sur de grands personnages. Beaumarchais l'a deviné, cu

qui ne vaut pas la peine d'être dit, ce que l'on n'oserait pas dire, on le chante.

Aujourd'hui le vaudeviile et la chanson semblent avoir abdiqué leur sceptre. On n'entend plus sur nos théâtres de ces couplets dont la malignité faisait sourire ceux même qu'elle attaquait, ou excitait leur cclère quand les traits étai nt trop blessants. Les refrain; piquants des muses populaires ont abdiqué. Les chansonnettes ont remplacé le vaudeville et la chanson. Le bavardage et la trivialité ont pris la lace de l'esprit et de la verve. On ne so donne plus la peine de rimer l'épigramme, on la met en feuilletons et en caricature. Un grand nombre de sociét's chantantes existe encore. Mais elles ne produisent plus de chanson ayant quelque valeur. La chanson s'est div sée. La part musicale s'est toute transformée en musique réelle, vraie, sérieuse. Les orphéons se sont approprié celte musique où la chan-on n'a qu: faire et l caquetage des journaux s'est emparé de tout l'esprit qui s'évaporait dans la chanson.

Mais je veux rendre justice à la musique des chansons populaires. Petite musique, disent avec raison les pédanis chansonniers sans verve, sans dignité et sans goût de notre époque. Eh! vui, certainement petite nusique, mais aussi convenez-en, musique spirituelle, heureuse et agréable. Musique disant quelque chose et toujours d'accord avec des paroles petillantes d'idée et d'esprit, musique chantante que l'on retenait à l'inslant même et que l'on répétait partout. Tous nos jeune lauréats ès-chansons ont une facture beaucoup plus large, bear coup mieux travaillée que ces musicien de jadis. Ce qui leur manque, c'est l'originalité, c'est l'expression, c'est l'idée, c'est le souffle, la verve, bref la chan on. Ils chantent fort bien, ils riment fort bien, ils accouplent fort bien le vers avec le vers, et le tout réuni vous assomme et vous attriste. La chanson est morte. Aujourd'hui la musique va d'un côté, la poésie va de l'autre. Nous allons le

prouver. La chanson s'est épurée, elle a subi une transformation que Béranger avait pressentie et prédite dans l'admirable chanson dont il a fait hommage á Wilhein, et que nous allons citer ici :

Mon vieil ami, ta gloire est grande!
Grâce à les merveilleux efforts,
Des travailleurs la voix s'amene
Et se phe aux savants accords. .
D'une fée as-tu la baguette,
Pour rendre ainsi l'art familier ?
Il purifiera la guinguette :
Il sanctifiera l'atelier.

Wilhem, toi de qui la jeunesse
Reva Grétry, Gluck et Mozart,
Courage! à la foule en détresse
Ouvre tous les trésors de l'art.
Communiquer à des sens vides
Les plus nobles émotions,
C'est faire, en des grabats humides,
Du soleil entrer les

rayons.

La musique, source féconde,
Epandant ses flots jusqu'en bas,
Nous verrons ivres de son onde
Artisans, laboureurs, soldats.
Ce concert, pui ses-tu l'étendre
A tout un nonde divisé !
Les cours sont bien près de s'entendre
Quand les voix ont fraternisé.

Xotre littérature est folle :
Fais-la rougir par les travaux.
De meurtres elle tient école
Et pousse à des Werther nouveaux.
On l'entend, d'excès assouvie,
En vers, en prose s'essouffler
A décourager de la ve
Ceux qu'elle en devrait consoler.

Des classes qu'à peine on éclaire
Relevant le maurs et les goûts,
Par toi devenu populaire
L'art va leur faire un ciel plus doux.
Des notes, sylphides puissantes,
Rendront moins lourd soc et marteau,
Et feront, des mains menaçantes,
Tomber l'homicide couteau.

Quand tu pouvais, sur notre scène,
Tenter un plus brillant laurier,
Tu choisis d'alléger la chaine
Du pauvre enfant de l'ouvrier.
A tes leçons, large semence,
La foule accourt, et tu les vois,
Captivant jusqu'à la démence,
Vers le ciel diriger sa voix.

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D'une cuvre et si longue et si rude
Auras-tu le prix mérité?
Va, ne crains pas l'ingratitude
Et ris-toi de la pruvreté.
Sur ta tombe, tu peux m'en croire,
Ceux dont tu charmes les douleurs
Ofiriront un jour a la gloire
Des chants, des larmes et des fleurs.

La poésie populaire a également gagné à sa désister des flonflons bachiques, triviales composit.ons désormais abandonnées. L'inspiration intime entraine souvent l'auteur à se résumer dan des compos.lions versiliées; mais ces œuvres éphémères ne sortent pas du cercle de l'amitié ou de la famille. Elles n'en sont que plus sincères et mieux composées. La vanité n'y a plus de part, et l'imitation des lors en est Lannie. Dans celle vo e, il n'y aura qu'à gagner, et les vrais poëtes sortiront seuls de l'obscurité pour parler à l'âm: le noble langage des beaux vers et des grandioses inspirations.

Le rôle de la chanson est donc à peu près terminé. Il faut applaudir à sa transformation. La chanson lelle que Dupont, madame Amélie Perronnet et Nadaud l'ont renouvelée, vaut certainement mieux que ce qu'er avaient fait les braillards bachiques d'autrefois. On verra que pour transformer ainsi le chant populaire, il leur a suffi de s'inspirer de; modèles que nous i la'ssés l'antique chanson.

Madame Amélie Perronnet notamment n'a eu quả

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