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fre, luy fait trouver cent moyens ridicules pour ravoir son fils, Ah, ah, ah. Il veut envoyer la Justice en mer aprés la galere du Turc, ah, ah. "Il sollicice lon valet de s’aller offrir à tenir la place de son fils, jusqu'à ce qu'il ait amaflé l'argent qu'il n'a pas envie de donner, Ah, ah, ah. Jlabandonne, pour faire les cinq cens écus, quatre ou cinq vieux habits, qui n'en valent pas trente, Ah, ah, ah. Le valet lui fait comprendre à tous coups l'impertinence de les propofitions , & chaque reflexion est douloureuse. ment accompagnée d'un, Mais que diable alloit-il faire à cette galere ? Ah maudite galere! Traître de Turc! Enfin aprés plusieurs détours, aprés avoir long-temps gemi & soûpiré.... Mais il me semble que vous ne riez point de mon conte. Qu'en dites-vous ?

GERON TE.
Je dis que le jeune homme est un pendard, un
infolent, qui sera puni par son pere, du tour qu'il
lui a fait. Quel’Egyptienne est une mal-avisée,une
impertinente, de dire des injures à un homme
d'honneur qui sçaura luy apprendre à venir ici de
baucher les enfans de famille; Etquc le valet cft un
fcelerat, qui sera par Geronte envoyé au gibet ang
vant qu'il soit demain.

S CEN E IV.
SILVESTRE, ZERBINETTE.

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SILVESTRE. U est-ce donc que vous vous échappez? Sçapere de vôtre amant?

ZERBINETTE.
Je viens de m'en douter, & je me suis adressée
à lui-même sans y penser , pour luy conter son hi-
ftoire.

SI L V E STRE.
Comment, son histoire ?

ZERBINETTE.
Oui, j'écois toute remplie du conte,& je brûlois
de le redire. Mais qu'importe ? tant-pis pour lui.

Je

Je ne vois pas que les choses pour nous en puiflens ĉire ni pis, ni mieux.

SILVESTRE. Vous aviez grande envie de babiller ; & c'est a. voir bien de la langue , que de ne pouvoir se taire de ses propres affaires.

ZERBINETTE.
N'auroit-il pas appris cela de quelqu'autre?

SCENE V.
ARGANTE, SILVESTRE.

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Ola,

AR GANT E.
Silvestre.

SILVESTRE. Rentrez dans la maison. Voila mon Maître qui m'appelle.

AR GANT E. Vous vous étes donc accordez, Coquin; Vous Vous étes accordez, Scapin, vous, & mon fils, pour me fourber , & vous croyez que je l'endure.

SILVESTRE. Ma foi, Monsieur, G Scapin vous fourbe, je m'en lave les mains , & vous affûre que je n'y trempe en aucune façon.

ARG AN T E. Nous verrons cette affairc, Pendard, nous verrons cette affairc, & je ne prétens pas qu'on me fasse pafler la pluie par le bec.

SCENE VI.
GERONTE, ARGANTE,

SILVESTRE.

AH

GER O N T E. H, Seigneur Argante, vous me voyez acca blé de disgrace.

ARGAN T E. Vous me voyez aule dans un accablement hor.

riblc.

GE.

GERON T E. Le pendard de Scapin, par une fourberie, m'a attrapé cinq cens écus.

ARG AN T E. Le même pendard de Scapin, par une fourberie aufli , m'a attrappé deux cens piltoles.

G ER ON T E. Il ne s'est pas contenté de m'attraper cinq cens écus, il m'a traitté d'une maniere que j'ay honcc de dire. Mais il me la payera.

ARG A N T E. Je veux qu'il me fafle raison de la piece qu'il m'a jouée.

GERONT E. Et je prérens faire de luy une vangeance exemplaire.

SILVESTRE. Plaise au Ciel, que dans tout cecy je n'aye point ma part !

GERO N T E. Mais ce n'est pas encor tout , Seigneur Argante, & un malheur nous est toûjours Pavant-coureur d'un autre. Je me réjouiflois aujourd'huy de l'efperance d'avoir ma fille , dont je faisois toute ma consolation ; &c je viens d'apprendre de mon homme qu'elle est partie il y a long-temps de Tarente , & qu'on y croit qu'elle a peri dans le vaifleau où clle s'embarqua.

AR GANT E. Mais pourquoi , s'il vous plaît, la tenir à Tasente, & ne vous être pas donné la joye de l'avoir avec vous ?

GERONT E. J'ay eu mes raisons pour cela , & des interêts de famille m'ont obligé jusques icy à tenir fort secres se second mariage. Mais que vois-je ?

SCE

A

SCENE VII. NERINE, ARGANTE, GERONTE,

SILVESTRE.

GĘ RON TE.
H te voilà , Nourrice.

NERIN E se jettant à ses genoax.
Ah , Seigneur Pandolphe, que...

GERONT E. Appelle-moi Geronte, & ne te fers plus de ce nom. Les raisons ont cessé, qui m'avoient obligé à le prendre parmy vous à Tarente.

N ERIN E. Las! que ce changement de nom nous a causé de troubles & d'inquietudes dans les soins que nous avons pris de vous venir chercher ici?

GERO N T E.
Où est ma fille, & fa mere?

NERI N E. Votre fille, Monsieur, n'est pas loin d'ici. Mais avant que de vous la faire voir, il faut que je vous demande pardon de l'avoir mariée, dans l'abandonnement, où faute de vous rencontrer, je me suis trouvée avec elle.

GERONT E.
Ma fille mariée !

NERIN E.
Duï, Monsieur.

GERONT E.
Et avec qui ?

NERIN E. Avec un jeune homme nommé O&tave , fils d'un certain Seigneur Argante.

GERONT E. O Ciel!

ARG A N T E. Quelle rencontre !

GERONT E.
Méne-nous,méne-nous promptement où elle orto

N ER I NE.
Vous n'avez qu'à entrer dans ce logis.

GE

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H

gneur Geronte.

GERO N T E. Passe devant. Suivez-moi, suivez-moi, Seigneur Argante.

SI L V E S T R E. Voila une avanture qui est tout-à-fait surprenante!

SCENE VIII.
SCAPIN, SILVESTRE.

SCAPIN.
E' bien, Silvestre, que font nos gens?

SILVESTRE. J'ay deux avis à te donner. L'un, que l'affaire d'Octave est accommodée. Notre Hiacinte s'est trouvée la fille du Seigneur Geronte; & le hazard a fait, ce que la prudence des peres avoit déliberé. L'autre avis, c'est que les deux vieillards font contre toi des menaces épouvantables, & sur tout le Sei

SCAPIN. Cela n'est rien. Les menaces ne m'ont jamais fait mal; & ce sont des nuées qui paflent bien loin sur nos têtes.

SILVESTRE, Pren garde à coi , les fils se pourroient bien raccommoder avec les peres, & toi demeurer dans la nasle,

SCAPIN. Laisse-moi faire , je trouverai moyen d'appaiser leur courroux, &...

SI L V EST R E.
Retire-coi, les voilà qui sortent.

11 SCENE IX. GERONTE,ARGANTE,SILVESTRE,

NERINE, HIACINTE.

GERO N T E. Llons, ma fille, venez chez moi. Ma joie auroit lété parfaite , fi j'y avois pû voir vörre mere

A

avec vous

AR

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