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SCAPIN. Hé bien, vous voyez combien de personnes tuées pour deux cens pistoles. Ob sus, je vous souhaite une bonne fortune.

ARGAN TE, tout tremblant. Scapin.

SCAT IN.
Plaît-il ?

ARGAN TE.
Je me résous à donner les deux cens pistoles,

SCAPIN.
J'en suis ravi, pour l'amour de vous.

AR GA N T E.
Allons le trouver , je les ai sur moi,

SCAPIN, Vous n'avez qu'à me les donner. Il ne faut pas pour votre honneur, que vous paroissiez-là, aprés avoir passé ici pour autre que ce que vous étes ; & de plus, je craindrois qu'en vous faisant connoître, il n'allat's'aviser de vous demander davantage.

A:R GAN T E. Oüi; mais j'aurois été bien-aise de voir comme je donne mon argent.

SC A PIN.
Eft-ce que vous vous défiez de moi?

ARGAN T E.
Non pas, mais....

SCA P I N. Parblcu, Monsieur, je suis un fourbe, ou je suis honnête hommc; c'est l'un des deux. Eft-ce que je voudrois vous tromper, & que dans tout ceci j'ai d'autre interêt que le vôtre , & celuy de mon Maître, à qui vous voulez vous allier ? Si je vous suis suspect, je ne me mêle plus de rien, & vous n'avez qu'à chercher des cette heure qui accommodera vos affaires.

ARGAN-T E,
Tien donc.

SCAPIN. Non, Monsieur , ne me confiez point vôtre argent. Je serai bien-aise que vous vous serviez de quelqu'aucrc.

AR

AR GAN TE. Mon Dieu, tien.

SCA P.IN. Non, vous dis-je, ne vous fiez point à moi. Quc sçait-on, li je ne veux point vous attraper vôtre argent?

AR GANTE. Tien, te dis-je, ne me fais point contester davantage. Mais songe à bien prendre les sûretez avec lui.

SCAPIN.
Laisscz-moi faire, il n'a pas à faircà un sot.

ARG AN T E.
Je vais t’atcendre chez moi.

SCAPIN. Je ne manquerai pas d'y aller. Et vn. Je n'ai qu’à chercher l'autre. Ah, ma foi , le voici. Il semble que le Cicl, l'un aprés l'autre,les amene dans mes filcts.

O

SCENE VII.
GERONTE, SCAPIN.
SC A PIN, faisant semblant de ne pas

voir Geronte.
Ciel! ô disgrace imprévuë! ô miserablc pe-

GERON TE.
Que dit-il là de moi , avec ce visage affligé!

SCAPIN.
N'ya-t-il personne qui puisse me dire où est le
Seigneur Geronte ?

GERONT E. Qu'y a-t-il, Scapin?

SCAPIN. Où pourrai-je le rencontrer, pour lui dire cette infortune ?

GERONTE: Qu'est-ce que c'est donc?

SCA P.IN. En vain je cours de tous côtez pour le pouvoir

Couver.

contrer.

1

GERON T E. Me voici.

SCAPIN.
Il faut qu'il soit caché en quelque endroit qu'ma
ne puisse point deviner.

GERON TE.
Hola, es-tu aveugle, que tu ne me vois pas ?

SCAPI N.
Ah, Monsieur, il n'y a pas moyen de vous rex-

GERO N T E.
Il y a une heure que je suis devant toi. Qu'est-ce
que c'est donc qu'il y a ?

SCA P I N. Monsieur....

GERONT E. Quoi ?

SCAPIN: Monsieur, vôtre fils....

GERONT E. Hé bien, mon fils....

SCAPIN. Eft tombé dans une disgrace la plus étrange du monde.

GERON T E. Et quelle ?

SCAPIN. Je l'ay trouvé cantôt, tout triste, de je ne sçai quoi que vous lui avez dit, où vous m'avez mêlé afiez mal à propos ; & cherchant à divertir cette tristesse, nous nous sommes allez promener sur le port. Là, entr’autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galete Turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine , nous a invitez d'y entrer, & nous a presenté la main. Nous y avons passé, il nous a fait millc civilitez, nous a donné la collation, où nous avons mangé des fruits les plus excellens qui se puissent voir , & beu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.

GERONT E. Qu'y a-t-il de fi alfigeant à cout cela ? Tom. III.

Tot

SCA.

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SCAPIN. Attendez, Monsieur , nous y voici. Pendant que nous mangions, il a fait mettre la galere en mer, & Se voyant eloigné du porc,il m'a fait mettre dans un esquit, & m'envoye vous dire que si vous ne lui envoyez par moi tout-à-l'heure cinq cens écus, il va vous emmener votre fils en Alger.

GER O N T E.
Comment, diantre, cinq cens écus ?

SCA P I N. Oüi , Monsieur;& de plus, il ne m'a donné pour cela que deux heures.

GERONT E. Ah le pendard de Turc, m'aflatliner de la façon!

SCAPIN. C'est à vous, Monsieur, d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.

GERONT E,
Que diable alloit-il faire dans cette galere?

S CAP IN.
Il ne songeoit pas à ce qui est arrivé.

G ER O N T E. Va-t-en, Scapin, va-c-en vite dire à ce Turc, que je vais envoyer la Justice aprés lui.

SCAPI N.
La Justice en pleine mer ! Vous moquez-vous des

GERONT E.
Quc diable alloit-il faire dans cette galere?

SCA P I N. Une méchante destinée conduit quelquefois les personnes.

GERONT E. Il faut, Scapin, il faut que tu fasses icy l'action d'un serviteur fidelle,

SG A PIN. i. Quoi, Monsieur ?

GERON TE. Que tu ailles dire à ce Turc, qu'il me renvoye mon fils, & que tu te mets à sa place, jusqu'à ce que j'aye amafre la somme qu'ildemande.

SCA

ens?

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SCAPIN.
Eh, Monsieur , songez-vous à ce que vous dites ?
& vous figurez-vous que ce Turcait si peu de sens,
que d'aller recevoir un miserable comme moi , à la
place de vôtre fils ?

GERONT E.
Que diable alloit-il faire dans cette galere?

SCAPIN.
Il ne devinoit pas ce malheur. Songez, Monsieur,
qu'il ne m'a donné que deux heures.

GERO N T E.
Tu dis qu'il demande..

SCAPIN.
Cinq cens écus.

GE RON TE.
Cinq cens écus ! N'a-t-il point de conscience?

SÇA PIN.
Vrayment qüi, de la conscience à un Turc.

GERONT E.
Sçait-il bien ce que c'est que cinq censécus ?

SCAPI N.
Oüi, Monsieur, il sçait que c'est mil cinq cens
livres.

GERONT E. Croit-il, le traîcre, que mil cinq cens livres se trouvent dans le pas d'un cheval?

SCAPI N.
Ce sont des gens qui n'entendent point de rai-
fon.

GER O N T E.
Mais que diable alloit-il faire à cette galere?

SCAPIN.
Il est vrai; mais quoi? on ne prévoyoit pas les
choses. Degrace, Monsieur, dépêchez.

GERON T'E.
Tien, voila la clef de mon armoire.

SCAPIN.
Bon.

GERON TE.
Tu l'ouvrirás.

SCAPIN.
Fort bien.

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