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découvrir à mon pere. Ah! je jure le Ciel, que cecse trahison ne demeurera pas impunie.

OCT À vÉ. Mon cher Scapin,que ne dois-je point à tes foins! Que tu es un homme admirable! Et que le Ciel m'eft favorable, de t'envoyer à mon secours !

LE ANDRE. Ah, ah , vous voilà. Je suis ravi de vous trouver, Monsieur le coquin.

SCAPIN. Monsieur , vôtre serviteur. C'est trop d'honneur que vous me faites. LE AND RE, en mettant l'épée

à la main. Vous faites le méchant plaisant. Ah! je vous apprendrai ..

SCAPIN, se mettant à genoux.
Menseur.
OCTA v E se mettant entre deux, porr

empêcher Leandre de le frapper.
Ah, Leandre.

LE A N D R E.
Non, Ostave, ne me retenez point, je vous price

SCAPIN.
Eh, Monfieur.

OCT A V E le retenant.

De grace.

L'E ANDRE voulant frapper Scapin. Laissez-moi contenter mon ressentiment.

OCTAVE. Au nom de l'amitié, Leandre, ne le mal-traictez point.

SCAPI N. Monsieur, que vous ai-je fait ?

L E A NDR E voulant le frapper. Ce que tu m'as fait, traître ?

OCTA V E le retenant. Eh doucement.

L E ANDRE Non, Octave , je veux qu'il me confeffe luymême tout-à-l'heure la perfidie qu'il m'a faire. Oüi, coquin , je sçais le trait que tu m'as joiié, on vient de me l'apprendre ; &tune croyois pas

peut.

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peut-être que l'on me dût revéler ce secret: mais
je veux en avoir la confession de ta propre bou-
che, ou je vais te pafier cette épée au travers da
corps.

SCA P I N.
Ah! Monsieur, auriez-vous bien ce caur-là ?

LEANDR E.
Parle donc.

SCAPIN.
Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?

LE ANDRE.
Oüi, coquin ; & ta conscience ne te dit que
trop ce que c'est.

SCAPIN.
Je vous assure que je l'ignore.
LE AN D'RE s'avançant pour".

le frapper.
Tu l'ignores?

OCTA V E le retenant.
Leandre.

SCAPIN.
Hébien, Monsieur , puis que vous le voulez
je vous confefle que j'ay beu avec mes amis

ce pecit quarteau de vin d'Espagne dont on vous fit prefent il y a quelques jours; & que c'est moi qui fis une fente au tonneau & répandis de l'eau autour, pour faire croire que le vin s'étoit échappé.

L E ANDRE.
C'est toi, pendard, qai m'as beu mon vin d’Es-
pagne, & qui as été cause que j'ay tant querelle la
servante , croyant que c'étoit elle qui m'avoit fait
le tour?

SEA PIN.
Oui, Monsieur, je vous en demande pardon.

LEANDR E.
Je suis bien aise d'apprendre cela; mais ce n'est
pas l'affaire donc il est queftion maintenant.

SCĀ PIN.
Ce n'est pas cela, Monsieur?

LE ANDRE.
Non, c'est une autre affaire qui me couche bien
plus, & je veux que tu me la dises.

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SCAPIN. Monsieur, jo nc me souviens pas d'avoir fait auwe chose,

L E ANDRE le varlant frapper. Tu ne veux pas parler ?

SCAPIN. Eh.

OCTA V E leretenant. Tout doux.

SCAPI N. Oüi, Movsieur, ilest vrai qu'il y a trois semaines que vous m'envoyâtes porter le soir , une petite montre à la jeune Egyptienne que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de boue, & le visage plein de sang, & vous dis que j'avois trouvé des voleurs qui m'avoient bien baitu,& m’a. voient dérobé la montre. C'éçoit moi, Monsieur, qui l'avois retenuë.

LE AN DR E.
C'est toi qui as retenu ma montre?

SCAPIN.
Qüi, Monsieur, afin de voir quelle heure il est.

LEANDR E. Ah, ah, j'apprens ici de jolies choses, & j'ai un serviteur fort fidelle, vrayment. Mais ce n'ekt pas encore cela que je demande.

SCAPIN.
Ce n'est pas cela ?

LE ANDRE. Non, infame, c'est autre chose encore que je veux que tu me confesses.

SCA PIN.
Peste!

LEANDR E.
Parle víte , j'ai hâte.

SCAPI N.
Monsieur, voilà tout ce que j'ai fait.

L E A NDR E voulant frapper Scapinha
Voilà tour?

OCT A V E se mettant au devant.
Eh,

SCAPIN.
Hé bien qüi , Monsieur

VOUS vous souvenez

ds

de ce loup-garou il y a six mois qui vous donna tant de coups de bâton la nuit, & vous pensa faire rompre le coû dans une cave où vous tombâtes en fuyant.

LE AND R E.
Hé bien ?

SCAPI N. C'étoit moy, Monsieur, qui faisois le loup.g2rou.

LE ANDRE. C'étoit coi, traître, qui faisois le loup-garou ?

SCAPIN. Oüi, Monsieur, cment pour vous faire peur, & vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les Duits comme vous aviez de coûtume.

LEANDR E. Je sçauray me souvenir en temps & licu de touc ce que je viens d'apprendre. Mais je veux venir au fait, & que tu me confesles ce que tu as dit à mon pere.

SCAPIN. A vôtre pere?

LEA NDR E.
Qüi ; fripon, à mon pere.

SCAPIN.
Je ne l'ai pas seulement veu depuis son retour

LE ANDRE
Tu ne l'as pas veu ?

SCAPIN. Non, Monsieur.

LEANDR E. Afûrement?

SCA PIN. Affûrement. C'est une chose que je vais vous faire dire par luy-même.

L E ANDRE.
C'est de la bouche que je le tiens pourtant.

SCAPIN.
Avec vôtre permillion, il n'a pas dicla verité.

SCE

S CE N E IV.
CARLE, SCAPIN, LEAN-

DRE, OCTAVE.

M

CARL E.
Onsieur, je vous apporte une nouvelle qui est
tâcheule pour votre amour.

LEANDRE,
Comment ?

CAR L E. Vos Egyptiens sont sur le point de vous enlever Zerbinette; & elle-même, les larmes aux yeux, m'a chargé de venir promptement vous dire, que si dans deux heures vous ne longez à leur porter l'argent qu'ils vous ont demandé pour elle, vous l'alJez perdre pour jamais.

Í E ANDRE,
Dans deux heures?

CARL E.
Dans deux heures.

LE AND RE:
Ah, mon pauvre Scapin, j'implore ton secours.
SCAPIN passant devant luy avec un air fier,

Ah, mon pauvre Scapin. Je suis mon pauvre Scapin à cette heure qu'on a besoin de moi.

LE AN DR E. Va, je te pardonne tout ce que tu viens de medire, & pis encore, fi cu melas fait.

SCAPIN. Non, non, ne me pardonnez rien. Paffez moi vôtre épée au travers du corps. Je serai ravi que vous me tužcz.

LE AND R E. Non. Je te conjure plûtôt de me donner la vie, en fervant mon amour.

SC A P I N.
Point, poine , vous ferez mieux de me cuēr.

L E A N DR F. Tu m'es trop prceieux ; & je te prie de vouloir employer pour moi ce genie admirable , qui viens à bout de toute chose.

SCA,

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