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SCA PI N. Non; mais il ne tiendra qu'à vous que je ne la sça.. che bientôt; & je fuis homme consolatif ; homme à m'inceresser aux affaires des jeunes gens.

OCT AV E. Ah! Scapin, si tu pouvois trouver quelquc invention , forger quelque machine, pour me tirer de la peinc où je suis, je croirois c'être redevable de pias que de la vie.

SCAPI N. A vous dire la vericé , il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m'en veux mêler. J'ay fans doute reçû du Ciel um génie aflez beau pour toutes les fabriques de ces gentillefies d'esprit , de ces galanteries ingenieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de Fourberies; & je puis dire sans vanité, qu'on n'a gueres va d'homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts & d'intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble inêtier : Mais , ma foi , le merite eft top mal-craitté aujourd'huy, & j'ag. renoncé à routes choses depuis certain chagrin d'une affaire qui m'arriva.

OCT A V E.
Comment? Quelle affaire, Scapin?

SCAPI N.
Une avanture où je me brouillai avec la Justice.

OCTA V E.
La Justice?

SCAPIN.
Oui, nous cûmes un petit démêlé ensemble.

SIL V EST R E.
Toi, & la Justice ?

SCAPIN Qüi. Elle en ufa fort mai avec moi, & je me dépitai de celle sorte contre l'ingratitude du siecle, que je résolus de ne plus rien faire. Bafte. Ne laissez pas de me conter vãtre avanture.

OCTA V E. Tu sçais , Scapin, qu'ily a deux mois que le Seizneur Geronte , &'mon Pere , s'embarquerent enlemble pour un voyage qui regarde sestain commerce ouleurs interêts sont mêlez.

SCA;

SCAPIN.
Je fçais cela:

OCTA V E.
Et que Leandre & moi nous fûmes laissez par nos
Peres; moi fous la conduite de Silvestre, & Leandre
ous ta direction.

SCA PIN
Oui, je me suis fort bien acquité de ma charge.

OCT A V E. Quelque temps aprés, Leandre fic rencontre d'un ne jeune Egyptienne dont il devint amoureux.

SCAPIN.
Je fçais cela encore.

OCTA V E. Comme nous sommes grands amis, il me fit aufficôt confidence de son amour, & me mena voir cette Fille, que je trouvai belle à la verité, mais non pas tant qu'il vouloit que je la trouvafsc. Il ne m'entretenoit que d'elle chaque jour ; m'exaggeroic à tous momens sa beauté & sa grace; me louoit son esprit, & me parloit avec transport des charmes de son entretien , dont il me raportoit jusqu'aux moindres paroles, qu'il s'efforcoit toûjours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querelloit quelquefois de n'être pas allez fenfible aux choses qu'il me venoit dire, & mc blâmoit sans celle de l'indifference où j'écois pour les feux de l'Amour.

SCAP IN.
: Je ne vois pas encore où ceci veut aller.

OCTAVE.
Un jour que je l'accompagnois pour aller chez
les gens qui gardent l'objet de ses vœux, nous en-
tendimcs dans une petite maison d'une ruë écar-
tée, quelques plaintes mêlées de beaucoup de fan-
glots. Nous demandons ce que c'eft. Une femme
nous dit en foupirant , que nous pouvions voir là
quelque chose de pitoyable en des personnes étran-
geres ; & qu'à moins que d'être insensibles, nous ca
Icrions couchez.

SCAPIN.
Où est-ce que cela nous meine ?
Rrr 7

OCTA

3

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AV E. La curiosité me fit preßler Leandre de voir ce que c'étoit. Nous entrons dans une salle, où nous voyons une vielle femme mourante , affiftée d'une servante qui faisoit des regrets, & d'une jeune fille toute fordante en larmes, la plus belle , & la plus touchance qu'on puisse jamais voir,

Pos SCAPIN, Ah, ah,

OCTA V E. Une autre auroit paru effroyable en l'état où elle étoit ; car elle n'avoit pour habillement qu’unc mechante petite jupe, avec des brallieres de nuit qui étoient de simple fucaine ; & fa coiffure étoit une cornette jaune, retroulée au haut de la tête; qui laifloit tomber en defordre ses cheveux sur ses épau. les; & cependant faite comme cela, elle brilloit de mille atıraics, &ce n'étoit qu'agrémeps & que charmes, que toute la personne.

$ CAP IN Je sens venir les choses.

OCT A V E.. şi cu l'avoiş veuë, Scapin, en l'état que je dis, cu Maurois trouvée admirable.

SCAPIN, On je n'en douce point ; & fans l'avoir veuë, je vois bien qu'elle étoit cout.d. fait charmante,

O CT A V E.
Ses larmes n'étoient point de ces larmes desa.
greables , qui défigurent un visage, Elle avoit
pleurer, une grace touchąnte; & la douleur étoit la
plus belle du monde,

SGAPIN
Je vois tout cela.

остAүЕ...
Elle faisoit fondre chacun en larmes, en fe jete
tant amoureusement sur le corps de çetię mou-
rante ,

qu'elle appelloit fa chore mere ; & il n'y avoit personne qui n'eûçlame percée de voir un li bon naturel.

SCAPIN. En effet, cela est touchant, & je vois bien que ce bon naturel-là vous la fit aimer.

ОСТА.

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vante

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OCTA V E.
Ah! Scapin, un barbare l'auroit aimée.

SCAPIN.
Afûrément. Le moyen de s'en empêcher ?

OCTA V E. Aprés quelques paroles, dont je tâchai d'adous cir la douleur de cette charmante affigée, nous for times de là ; & demandant à Leandre ce qu'il lui sembloit de cette personne, il me répondic froidement qu'il la trouvoit assez jolie. Je fus piqué de la froideur avec laquelle il m'en parloie, &c je ne voulus point lui découvrir l'effet que ses bçaurez avoient fait sur mon ame.

SILVESTR E. Si vous n'abregez ce recit, nous en voilà pour jusqu'à demain. Laissez-le moi finir en deux mots. Son cour prend feu dés ce moment.

Il ne sçauroic plus vivre, qu'il n'aille consoles son aimable afilie gée. Ses frequentes visites sont rejettées de la ser

devenue la gouvernante par le trépas de la mere ; voilà mon homme au desespoir. Il presse, fupplie, conjure ; point d'affaire. On lui dit que la fille , quoi que fans bien ,, & fans appuy, est de famille honnêçe ; & qu'à moins que de l'épouser , on ne peut souffrir' ses poursuites. Voilà son amour augmenté par les difficultez. Ili consulte dans la tête , agite', raisonne, balance, prend sa resolution ; Le voilà marié avec elle depuis trois jours.

Ş GĄ P IN..
J'entens.

SILVESTRE. Maintenant mets avec cela le retour impréveu du: Pere , qu'on n'attendoit que dans deux mois ; la découverte que l'Oncle a faite du secret de nôtre : mariage , & l'aụtre mariage qu'on veut faire de lui avec la fille que le Seigneur Geronte a cuë d'une feconde femme qu’on dit qu'il a époulée à Ta,

0 C T AV E. Et par dessus tout cela , mets encore l'indigence où se trouve cette aimable personne , & l'impuissana ce où je me vois d'avoir dequoi la secourir.

SCA..

rente.

SCAPIN. Eft-ce-là couc? Vous voilà bien embarrassez tous deux pour une bagatelle. C'est bien là dequoi se tant allarmer. N'as-tu point de honte, coi, de de meurer courtà li peu de chose? Que diable, te voilà grand & gros comme pere & mere, & tu ne sçaurois trouver dans ta cête, forger dans ton esprit quelque rufe galante, quelque honnête pecit stratagéme, pour ajuster vos affaires? Fy: Pelte soit du bucor. Je voudrois bien que l'on m'eût donné aucrefois nos vieillards à duper; je les aurois jouez tous deux par dessous la jambe; & je n'étois pas plus grand que cela , que je me signalois déja par ceni cours d'adrelie jolis.

SILVESTRE. J'avoue que le Ciel ne m'a pas donné ces talens, & que je n'ai pas l'esprit comme toi, de me brouillez avec la Justice.

OCT A V E.
Voici mon aimable Hiacinte.

SCENE INI.
HIACINTE, OCTAVE, SCA.

PIN, SILVESTRE.

HI ACINTE.

dire à Nerine , que vôtre Pere est de retour, & qu'il veut vous marier ?

OCTA v E. Oüi, belle Hiacinte, & ces nouvelles m'ont donné une atteinte cruelle. Mais que vois-je? vous pleurez! Pourquoi ces larmes? Me soupçonnez-vous, dires moi , de quelque infidelité, & n'étes-vous pas aslüréc de l'amour que j'ay pour vous ?

H İ ACI N T E. Oüi, o&ave, je suis sûre que vous m'aimcz; mais je ne le suis pas que vous m'aimieztoûjours.

O C T A V E. Eh peut-on vous aimer, qu'on ne vous aime toute

la vie

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