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393

LES FOURBERIES

D E

SCAPIN,

COM E DI E.

ACTE PREMIER.

SCENE PREMIERE.
OCTAVE, SILVESTRE.

OCTA V E. H fâcheuses nouvelles pour un caur amoureux ! Dures extrémitez où je me vois réduit ! Tu viens, Silvestre, d'apprendre au port , que mon pere revient

SILVEST R E.

Our.

OCTA V E:
Qu'il arrive ce matin même ?

SILVESTR E,,
Ce matin même.

OCTA V E.
Er qu'il revient dans la résolution de me marier":

SILVESTRE.
Oui.

ACT A V E.
Avec une fille du Seigneur Geronte ?

SILVESTRE.
DuŞeigacus Gerontc.
Rrr's

ОСТА.

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OCTA V. E. Ee que cette fille est mandée de Tarente ici pour cela ?

SILVESTRE.
Oui.

OCTA V E.
Et tu ciens ces nouvelles de mon Oncle?

SIL V ESTRE.
De vôtre Oncle.

OCT A VE.
A qui mon Perc les a mandées parune lettre?

SILVESTRE.)
Par une lettre.

OCTAVE.
Ercet Oncle, dis-tu , fçait toutes nos affaires? -

SILVESTRE.
Toutes nos affaires.

OCT A V E. Ah parle, fi cu veux, & ne te fais point de la sorte arracher les mots de la bouche.

SILVESTRE. Qu’ay je à parler davantage ? Vous n'oubliez aucune circonstance, &vous dites les choses tout justement comme elles sons.

OCTA E, Conseille-moi, du moins, & me di ce que je dois faire dans ces cruelles conjoncturęs,

SILVESTRE. Ma foy, je m'y trouve autant embarrassé que vous , & j'aurois bon befoin que l'on me confcillát moimême..

"

ОстAyЕ.
Je suis affaffiné par ce maudis remonts

E.
Jene le suis pas moins. -

OCT A V E. Lors que mon Pere apprendra les choses, je vaisvoir fondre sur moi un orage soudain d'impétueuses reprimandes.

ŞI L'Y ESTRE. Les reprimandes ne font rien ; & plåt au Ciel que j'en fufle quitte

à ce prix ! Mais j'ay bien la mine, pour moi, de payer plus cher vos folies , & je voisie

for.

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former de loin un nuage de coups de bâcon, qui crevera sur mes épaules.

OCTAVE, O Ciel! par où sortir de l'embarras où je me trouve!

SILVESTRE. C'est à quoi vous deviez longer, avant que de vous y jetter.

OCTA V E. Ah tu me fais mourir par ces leçons hors de faifon.

SILVESTRE. Vous me faites bien plus mourir par vos actions étourdies.

OCTA V E. Que dois-je faire ? Quelle résolution prendre ? & quel remede recourir?

S C Ε Ν Ε ΙΙ.
SCAPIN, OCTAVE, SILVESTRE.

1

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Qu'y

SCAPI N.
U'est-ce , Seigneur O&ave qu'avez-vous ?

a-t-il? Quel defordre est-ce là ? Je vous vois tout troublé:

OCTA V E. Ah, mon pauvre Scapin , je suis perdu ; je suis desesperé ; je suis le plus infortuné de cous les home mes.

SCAPIN.
Comment ?

OCT AV E.
N'as-tu rien appris de ce qui me regarde ?

SCA P IN
Non

OCTA V E.
Mon pere arrive avec le Seigneur Geronte, & ils*
me veulent marier. :

SCAPIN.
Hé bien, qu'y a-t-il là de fi funeste?

OCTAVE.
Helas! cu ne sçais pas la cause de mon inquietude.
RII 6

SCA.

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SCAPIN. Non; mais il ne tiendra qu'à vous que je ne la sça-. che bientôt; & je suis homme consolatif ; homme à m'interesser aux affaires des jeunes gens.

OCT AV E. Ah! Scapin, si tu pouvois trouver quelque invention , forger quelque machine, pour me tirer de la peinc où je Tuis, je croirois c'être redevable de plas que de la vie.

SEAP IN. A vous dire la verité, il y a peu de choses qui me soient impoffibies, quand je m'en veux mêler. J'ay fans doute reçû du Ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentilleffes d'esprit , de ces galanteries ingenieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de Fourberies; & je puis dire sans vanité, qu'on n'a gueres vân d'homme qui fût plus habile ouvrier de refloris & d'intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble inētier : Mais , ma foi , le merite est top mal-craitté aujourd’huy, & j'ay. renoncé à routes choses depuis certain chagrin d'une affaire qui m'arriva.

OCT A V E.
: Comment? Quelle affaire, Scapin?

SCAPI N.
Une avanture où je me brouillai avec la Justice.

OCT A V E.
La Justice?

SCA PIN
Oüi, nous cûmes un petit démêlé ensemble.

SILVESTRE :
Toi, & la Justice ?

SCAPIN Oüi. Elle en ufa fort mal avec moi, & je me dépitai de telle sorte contre l'ingratitude du siecle, qué je résolus de ne plus rien faire. Baste. Ne laissez pas de me conter vãtre avanture.

OCTA V E... Tu sçais , Scapin, qu'il y a deux mois que le Seigneur Geronte , & mon Pere , s'embarquerent cnLemble pour un voyage qui regarde gertain commerce ou leurs interêts font mêlezo

SCA

SCAPIN.
Je fçais cela:

OCTA V E.
Et que Leandre & moi nous fûmes laissez par nos
Peres; moi fous la conduite de Silvestre, & Leandre
ous ta direction.

SCA PIN
Oui, je me suis fort bien acquité de ma charge.

OCT A V E. Quelque temps aprés, Leandre fic rencontre d'un ne jeune Egyptienne dont il devint amoureux.

SCAPIN.
Je fçais cela encore.

OCTA V E. Comme nous sommes grands amis, il me fit aufficôt confidence de son amour, & me mena voir cette Fille, que je trouvai belle à la verité, mais non pas tant qu'il vouloit que je la trouvafsc. Il ne m'entretenoit que d'elle chaque jour ; m'exaggeroic à tous momens sa beauté & sa grace; me louoit son esprit, & me parloit avec transport des charmes de son entretien , dont il me raportoit jusqu'aux moindres paroles, qu'il s'efforcoit toûjours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querelloit quelquefois de n'être pas allez fenfible aux choses qu'il me venoit dire, & mc blâmoit sans celle de l'indifference où j'écois pour les feux de l'Amour.

SCAP IN.
: Je ne vois pas encore où ceci veut aller.

OCTAVE.
Un jour que je l'accompagnois pour aller chez
les gens qui gardent l'objet de ses vœux, nous en-
tendimcs dans une petite maison d'une ruë écar-
tée, quelques plaintes mêlées de beaucoup de fan-
glots. Nous demandons ce que c'eft. Une femme
nous dit en foupirant , que nous pouvions voir là
quelque chose de pitoyable en des personnes étran-
geres ; & qu'à moins que d'être insensibles, nous ca
Icrions couchez.

SCAPIN.
Où est-ce que cela nous meine ?
Rrr 7

OCTA

3

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