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I.

M. DE POURCEAUGNAC.
Ouy, & bois encore mieux.

M EDECI N. $ Tant pis; cette grande appetition du froid, & de l'humide, eltune indication de la chaleur 8c seiche: resse qui est au dedans. Dormez-vous fort?

M. DE POURCEAUGN A C.
Ouy, quand j'ay bien soupé.

MEDECIN.
Faites-vous des fonges?

M. DE POURCEAUGNA C.
Quelquefois

I. MEDECIN.
De quelle nature font-ils?

M. DE POURCE AUGN AC.
De la nature des fonges. Quelle diable de conver-
Cfarion est-ce là ?

1. ME DE CI N. Vos dejections, comment sont-elles ?

M. DE POURCEAUGNAC. Ma foy je ne comprens rien à toutes ces questions, * je veux plûrôt boire un coup.

1. MEDECI N. Un peu de patience , nous allons raisonner für vôtre affaire devant vous, & nous le ferons en François, pour être plus intelligibles.

M. DE POURCEAUGN AC. Quel grand raisonnement faut-il pour manger un ?

MEDECIN. C. Comme ainsi soit qu'on ne puiffe guerir une ma. ladie, qu'on ne la connoifle parfaitement , & qu'on ne la puisse parfaitement connoître, fans en bien établir Pidée particuliere & la veritable espece, par ses signes diagnostiques & prognostiques i vous me permctirez, Monsieur nôtre Ancien, d'entrer en consideration de la maladic dont il s'agit, avant que de toucher à la therapeutique & aux remedes qu'il nous conviendra faire pour la parfaite curation d'icelle. Je dis donc, Monsieur, avec vôtre permisfion que nôtre Malade ici prelent, eft malheureusement attaqué, affecté, poffedé, travaillé de sette forte de folie que, nous nommons fort bien,

mé.

morceau?

I.

2

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hélancolie hypocondriaque, espece de folie tresicheufe, & qui ne demande pas moins qu'un sculape comme vous, consommé dans nôtre art; ous , dis-je, qui avez blanchi, comme on dit , vus le harnois, & auquel il en a tam passé par les rains de toutes les façonso Je l'appelle mélaccolie ypocondriaque, pour la distinguer des deux aus es; car le celebre Galien établit doctement à son rdinaire crois especes de cette maladie que nous. ommons mélancolie ; ainfi appellée non seule lent par les Latins , mais encore par les Grecs 3 : qui est bien à remarquer pour notre affaire: La remiere, qui vient du propre vice du cerveau ; la :conde, qui vient de tout le fang, fait & rendu rabilaire; la troiléme, cappellée hypocondriaque ti eft la nôtres, laquelle procede du vice de quelue partie du bas ventre , & de la region inferieus 05. mais particulierement de la ratce, dont la chans ur & l'inflammation porte au cerveau de notre halade 'beaucoup de fuligines épaisses & craffes ; font la vapeur noire & maligne cause déprava: ion aux fon&tions de la faculté Princefle, & fait i maladie dont pár nôtre raisonnement il est maifestement apreint & convaincu. Qu’ainfi ne soir, pour diagnostique 'inconteftable de ce que je dis , vous n'avez qu'à confiderer ce grand serieux que nous voyez; cette tristesse accompagnée de craine & de defiancé, fgnes pathognomoniques & individuels de cette maladie, si bien marquée chez le divin vieillard Hipocrate : cette physionomie, ces yeux rouges & hagards , cette grande barbe, cette habitude da corps menuë, grefle , noire & veluë , 'lefqueis fignes le denozent crés affe&té de cette maladie, procedante du vice des hypocondres ; laquelle maladic par laps de temps naturalisée , envieillie, habicuée, & ayant pris droit de bourgeoisie chez lui, pourroit bien degenerer, oų en manie, ou en philic, ou en apoplexie , ou même en fine phrenelie:& fureur. Tout ceci fuppofé; puis qu'une maladie bien connuë est à demi guerie , car ignori nulla eft curatio morbi, il ne vous sera pas difficile de convenir des remedes que nous devons faire à Monsieut. Premierement, pour remedier à certe:

ples

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pletore obcurante, & à cette cacochimie luxuriante par tout le corps , je suis d'avis qu'il soit phie na botomisé libcralement"; c'est-à-dire que les faie gnées soient frequences & plantureuses: En premier lieu de la basilique , puis de la cephalique; & même G le mal eit opiniâtre, de lui ouvrir la veine du front, & quc l'ouverture foic large, afis que le gros fang puisse sortir'; & en même temps de le purger , defopiler , & evacuer par purgatás propres & convenables ; c'eft-à-dire par cholago gues, melanagogues, & cetera ; & comme la Fe sitable source de cour le mal , eft ou une bumet crafle & feculente , ou une vapeur noire & groffiert qui obscurcit, infe&e & falit les esprits animaux, il eft à propos ensuite qu'il prende un bain d'eau pure & nerte, avec force petit lait clair , pous purifier par l'eau la feculence de l'humeur craffe, & écair, eir par le lait clair. la inoirceur de ceue vapeur mais avant coure chole, je trouve qu'il eft bonde le réjouir par agreables conversations , chants & instrumens' de Musique, à quoy il n'y a pas d'incevenient de joindre des Danseursí, afin que leers mouvemens, disposition & agilité puiflent excices & réveiller la parefie de fes esprits engourdis, qui o cafionne l'épaisseur de son sang, d'où procede la maladie. Voilà les remedes que j'imagine , ausgoela pourront êcre ajoûrez beaucoup d'autres meilleurs par Monheur notre Maitre & Ancien, fuivane l’espejience, jugement , lumiere & suffisance qu'il s'elt ac quife dans nôtre Art Diccia

2. MEDECIN. A Dien ne plaisc, Monsieur, qu'il me combe es pensée d'ajoûter rien à ce que vous venez de dire : vous avez si bien discouru sur tous les lignes , les fymptomes & les causes de la maladie de Monsieur; le railonnement que vous en avez fait est fi dođe & G beau, qu'il est impossible qu'il ne soit pas fou , & mélancolique hypocondriaque ; & quand il ne le fcroit pas, il faudroit qu'il le devine, pour la beas. té des choses que vous avez dites , & la justesse du raisonnement que vous avez fait

Ouy, MonGeur, vous avez depeint fort graphiquement, graphics depinxifii, tout ce qui appartient à cette maladie ;

.

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ne se peut rien de plus doctement , fagement, genieusement conceu , pensé, imaginé , que ce ne vous avez prononcé au sujet de ce mal, soit pur la diagnose, ou la prognose, ou la therapie; il ne me reste rien ici, que de feliciter Monfieur, être tombé entre vos mains, & de lui dire qu'il est op heureux d'être fou, pour éprouver l'efficace & douceur des.remedes que vous avez si judicieuseent proposez: Je les approuve tous , manibus eo dibus descendo in tuam sententiam. Tout ce que j'y udrois ajoûter, c'est de faire les saignées & les 'rgacions en nombre impair, Numero Deus impari udet : de prendre le lait clair avant le bain; de luy imposer un fronceau où il entre du sel ; le sel est mbole de la sagesse; de faire blanchir les murailles

fa chambre, pour disliper les tenebres de ses efits , Album eft disgregativum vifus , & de lui donr çout à l'heure un petit lavement, pour servir de élude & d'introduction à ces judicieux remedes, int, s'il a à guerir, ildoit recevoir du soulagement. iflic le Ciel,

que ces remedes , Monsieur , qui sontles Stres, réüffiiient au malade selon notre intention. 5

M. DE POURCEAUGN A C. Messieurs, il y a une heure que je vous écoute st-ce que nous jouons ici une Comedie ?

M E D E CI N. Non, Monsieur, nous ne jouons point.

M. DE POURCE AUGNAC. Qu'est-ce que tout ceci? & que voulez-vous diro vec vôtre galimarias & vos fottises ?

MEDECI N. Bon, dire des injures. Voilà un diagnostique qui ous manquoit pour la confirmation de son mal, & eci pourroit bien courner en manie.

M. DE FOURCE AUGNAC.
Avec qui m'a-t-on mis ici ?
Il crache deux ou trois fois.

MEDECI N.
Autre diagnostique: Lifputation frequence.

M. DE POURCEAUGNA C.
Laissons cela , & fortons d'ici.

MEDECIN.
Autre encor : L'inquiecude de changer de places

M. DE

..7

1.

I.

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I

M. DE POURCEA UGN AC. Qu'est-ce donc que toute cette affaire? & que me voulez-vous ?

1. MEDECIN. Vous guerir , selon l'ordre qui nous a été donné.

M. DE POURCEAUGNAC. Meguerit ?

1. MEDECI N. 1, Ouy.

M. DE POURCEAUGNA C. Parblea je ne suis pas malade.

.. 1. MEDECIN. Mauvais signe, lors qu'un malade se sent pas son mal:

M. DE. POURCEAUGNAC. Je vous dis que je me porte bien...

I. M É DE CIN.. Nous sçavons mieux que vous comment you vous porrez, & nous sommes Medecins, qui voyons clair dans votre constitution.

M. DE POUR CE AUGN AC. Si vous étes Medecins, je n'ay que faire de vous, & je me moque de la Medecine,

1. MED ECIN. * «Hon, hon'; voici un homme plus fou que nous ne pensons.

M. DE POURCEAUGNA C. Mon Perc & ma Mere n'ont jamais voulu de te medes , & ils sont morts cous deux fans l'allittanut des Medecins.

1. MEDECIN. Je ne m'étonne pas s'ils ont engendré un Fils qui est insensé. Allons, procedons à la curation , & par la douceur exhilarante de l'harmonie , adoucifions, lenifions & accoisons l'aigreur de ses esprits, que je voy prêcs à s'enfiammer.

SCENE IX.
M. DE POURCEAUGNAC.

Ve Diable eft cela ? Les gens de ce pais-ci sont

vis insensez? Je n'ay jamais rien veu de tel , je n'y comprens rien du cout.

Q

SCE.

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