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E RASTE. Voici nôtre fubtil Napolitain , qui nous dira des nouvelles.

S. CE N E II.
SBRIGANI, JULIE, ERASTE, NERINE..

M Onsieur

SBR I GANI.

vôtre homme arrive, je l'ai vd à trois lieuës d'ici, où a couché le coche; & dans la cuisine où il est descendu pour déjeûner, je l'ay étudié une bonne grosse demi-heure, & je le sçay deja par cœur. Pour la figure, je ne veux point vous en parler, vous verrez de quel air la nature l'a della né, & si l'ajustement qui l'accompagne y répond comme il faut: mais pour son Esprit, je vous avertis par avance qu'il est des plus épais qui fe fallent; que nous trouvons en lyiune matiére tout-à-fait dispos! sée pour ce que nous voulons, & qu'il est homme enfin donner dans tous les panneaux qu'on lui présentera.

ERA STE.
Nous dis-cu vrai?

SBRIGAN I.
Ouy, li je me connois en gens.

NERIN E Madame, voilà un Illustre, votre affaire ne pouvoit être mise en de meilleures mains, & c'est le Hé-. ros de notre siécle pour les exploits dont il s'agit. Un homme qui vingt fois en sa vie, pour servir

ses amis, a généreusement affronté les Galéres ; qui au péril de ses bras & de ses épaules, sçait mettre noblement à fin les ayantares les plus difficiles, & qui , tel que vous le voyez, eft exilé de son Pais pour je ne sçay combien d'actions honorables qu'ilā généreusement entreprises.

SB RIG ANI, Je suis confus des louanges dont vous m'honorez, & je pourrois vous en donner avec plus de juftice sur les merveilles de votre vie ; & principalement sur la gloire que vous acquîtes, lors qu'avec tant d'honnêteté vous pipâtes au jeu, pour douze

mille écus, ce jeune Seigneur étranger que l'on mena chez vous; lorsque vous fites galarment ce faux contract qui ruïna toute une famille ; lors qu'avec tant de grandeur d'ame vous lçutes nier le dépôt qu'on vous avoit confié;. & que li généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l'avoient pas mérité.

NERIN E.
Ce sont petites bagatelles

qui ne valent pas qu'on en parle , & vos éloges me font rougir,

SB RIGA N 1. Je veux bien épargner votre modestie, laissons cela ; & pour commencer nôtre affaire, allons vite joindre nôtre Provincial, tandis que de vôtre côté vous nous tiendrez prêts au besoin les autres Acteurs de la Comédie.

ERA STE. Au moins, Madame , souvenez-vous de votre rô. le; & pour mieux couvrir notre jeu , feignez,comine on vous a dit, d'être la plus contente du mon. de des résolutions de vôtre Pere...

JUL I E. S'il ne tient qu'à cela, les choses iront à merveille.

FRA S TE. Mais , belle Julie, si toutes nos Machines venoient à ne pas réüllir?

JULIE Je déclarerai à mon Pere mes véritables sentimens.

ERA STE. Et fi contre vos sentimens il s'obstinoit à son dessein ?

JULIE.
Je le menaçerois de me jetter dans un Couvent.

ERASTE. Mais fi malgré tout cela il vouloit vous forcer à ce mariage?

JULIE
Que voulez.vous que je vous dise:

ERAST E.
Ce que je veux que vous me disiez ?

JULIE.
Ouy.

EP A

ERAS TE. Ce qu'on dit quand on aime bien.

JULIE. 13 Mais quoi ?

...!.0, E RASTE!? Que rien ne pourra vous contraindre , & que mala é cous les efforts d'un Pere, vous me promettez acre à moi.

JUL I E. Mon Dicu, Eraste, contentez-vous de ce que je s maintenant, & n'allez point tenter sur l'avenir

resolutions de mon cæur : ne' fatiguez point on devoir par les proposicions d'une fâcheuse exmité, dont peut-être n'aurons-nous pas besoin ; & I y falit venir , fouffrez au moins que j'y fois entinée par la suite des choses.

E RAST E.
Eh bien....

SBRIGAN 1.
Ma foi, voici notre homme, fongcons à nous.

N ERINE.
Ah comme il est bâti !

23 : 1

4

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S Ç ENEIII. . DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI.

1. DE POURCEAUGNAC, se tourne du côté d'on

il vient, comme parlant à des gens qui le fruivent.
E’ bien, quoy? qu'est-ce? qu'y a-t-il? Au dian.

tre soit la forte Ville, & les fotres gens qui y ont: ne pouvoir faire un pas sans trouver des niauds qui vous regardent, & se mettent à rire ! Eh, heilieurs les Badauts, faites vos affaires, & laillez afier les personnes sans leur rire au nez. Je me donicau diable, si je ne baille un coup de poing au prenier que je verrai rire.,

SB R Í Ĝ A NI.? Qu'ct-ce que c'est, Meffieurs? que veut dire ce la ? à qui en avez-vous? faut-il se moquer ainsi des honnêtes étrangers qui arrivent ici ?

M. DE POURCEAUGNAÇ. Voilà un homme raisonnable celui-là. Tom. III.

PPP

SBRI

POURCEAUGNAC

NI. Quel procede est-le vôtre ? & qu'avez-vous à rire?

M. DE POURCEAUGNA C.
Fort bien.

SBRIGAN I.
Monsieur a-t-il quelque chose de ridicule en soi?

M. DE POURCEAUGNA C.
Quy.

SBRIGA NI. Et-il autrement que les autres ?

M. DE POURCEAUGNAC. Suis-je torcu, ou boslu?

ŞBRIGA NL 1 Apprenez à connoître les gens. ,

M. DE POURCE AUGNAC. C'est bien dit.

S BRIGA NI. Monsieur est d'une mine à respecter.

M. DE POURCEAUGNAC. Cela cst vrai.

SBR I GAN I. Personne de condition.

M. DE POURCE A OGNAC. Ouy, Gencilhomme Limosin.

S BRIGAN I. Homme d'esprit. ;

M. DE POURCEAUGNAC. Qui a étudié en Droiet,

SBRIGANL Il vous fait trop d'honneur , de venir dans vôtre ville.

M. DE POURCE AUGNA C.
Sans doute.

SB RIG AN I.
Monsieur n'est point une personne à faire rire.

M. DE POURCEAUGNAC.
Aflurément.

SB RIGA NI.
Et quiconque rira de lui aura affaire à moi.

M. DE POUKCEA UGNAC,
Monsieur, je vous suis infiniment obligé.

SB RI GA NI, Je suis fâché, Monsieur, de voir recevoir de la

forte

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sorte une personne comme vous , & je vous deman-
de pardon pour la ville.

M. DE POURCEAUGN AC.
Je suis votre serviteur.

SBRIGAN I.
Je vous ay veu ce matin, Monsieur, avec le co-
chc, lors que vous avez dejeuné; & la grace avec
laquelle vous mangiez votre pain , m'a fait naitre
d'abord de l'amitié pour vous : Et comme je sçay
que vous n'étes jamais venu en ce Pais ; & que vous
y étes tout neuf, je suis bien aise de vous avoir trou.
vé pour vous offrir mon service à cette arrivée, &
vous aider à vous conduire parmi ce peupie, qui n'a
pas parfois, pour les honnêtes gens, toute la confi-
deration qu'il faudroit.

M. DE POURCEAUGNAC.
C'est trop de grace que vous me faites.,

SB RIGAN I.
Je vous l'ay déja dit; du moment que je vous ay
veu, je mc suis senti pour vous de l'inclination.

M. DE POURCEAUGNAC.
Je vous suis obligé.

SBRIGA NI.
Võtre physionomie m'a plû.

M. DE POUR CEA UGNAC.
Ce m'est beaucoup d'honneur.

SBRIGAN I.
J'y ay veu quelque chose d'honnête.

M. DE POURCEAUGNAC.
Je suis vôtre serviteur,

SBRIGAN I.
Quelque chose d'aimable.

M. DE POURCE AUGNAC..
Ah, ah,

S BRIGAN I.
De gracieux.

M. DE POURCE AUGNA C.
Ah, ah.

SBRIGANI.
De doux.

M. DE POURCE A UGNAC.
Ah, ah.

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