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. Je luy donne l'autorité que le Ciel me donne Tur toy, &j'entens que tu fasses tout ce qu'il te dira.

VAL ER E. Aprés cela , resistez à mes remontrances. Monsieur, je vais la suivre, pour luy continuer les leçons que je luy faisois.

HAR PAGO N..
Oui, tu in'obligeras. Certes...

V A L E R E.
Il est bon de luy tenir un peu la bride haute.

HARPAGO N.
Cela est vray. Il faut...

V A L E R E. Ne vous mettez pas en peine, je croy que j'en viendray à bout.

HARPAGO N. Fai, fai. Je m'en vais faire un petit tour en Ville , & reviens tout à l'heure.

V A LER E. Qui , l'argent est plus précieux que toutes les choses du monde; & vous devez rendre graces au Ciel, de l'honnête homme de Pere qu'il vous a donné. Il sçait ce que c'est que de vivre. Lors qu'on s'offre de prendre une fille sans dot, on ne doit point regarder plus avant. Tout est renfermé là dedans, & Sans dot tient lieu de beauté de jeunesse , de naissance, d'honneur, de sagesse, & de probité.

H A R PA G O N. Ah le brave garçon!Voilà parler comme un oracle. Heareux, qui peut avoir un domestique de la sorte!

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Fin du Premier Acte.

ACTE SECOND

SCENE I.
CLEANTE, LA FLECHE.

CLEAN T E.
A rec? Ne t'avois-je pas donné ordre...

H! traître que tu es , où t'es-tu donc allé four-
Tome III,

Bbb

LA

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LA FLECHE. Oûi, Monsieur, & je m'étois rendu ici pour vous attendre de pied ferme; mais Monsieur vôtre Pere, de plus mal-gracieux des hommes, m'a chafié dehors i malgré moy, & j'ay couru risque d'être battu.

CL E A N T E. Comment va nôtre affaire? Les choses present plus que jamais ; & depuis que je ne t’ay veu, j'ay découvert que mon Pere est non rival.

LA FL E CHE.
Vôtre Pere amoureux ?

CL E ANTE. Oui; & j'ay eu toutes les peines du monde à luy cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis.

L A FLECHE. Luy se mêler d'aimer! Dequoy diable s'avise-t-il? fe møque-t-il du monde; & l'amour a-t-il été fait pour des gens bâtis comme luy ?

C L Ε Α Ν Τ Ε. Il a falu, pour mes péchez, que cette passion luy foit venuë en tête.

LA FLECHE. Mais par quelle raison luy faire un myftere de vôtre amour ?

CLE A N T E. Pour luy donner moins de soupçon, & me conferver au besoin des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'a-t-on faite?

L A FLECH E. Ma foy, Mousieur, ceux qui empruntent font bien malheureux ; & il faut essuyer d'étranges choses, lors qu'on en cft reduit à passer, comme vous, par desmains des Fesle-mathieux !

CL E A N T E.
L'affaire ne se fera point?

LA F L E C H E. Pardonnez-moy. Notre Maitre Simon, le Courtier qu'on nous a donné, homme agissant , & plein de zele, dit qu'il a fait rage pour vous ; & il asûre, que vôtre feule physionomie luy a gagné le cæur.

CLEAN .
J'aurai les quinze mille francs que je demande?

a

LA

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dont on

L A FLECH E, Dui; mais à quelques petites conditions, qu'il faudra que vous acceptiez; li vous avez dessein que les choses se faffent.

CLEAN T E. T'a-t-il fait parler à celuy qui doit prêter l'acgent?

LA FLECHE.
Ah! vrayment cela ne va pas de la sorte. Il appor-
ste encore plus de soin à se cacher que vous, & ce
sont des myfteres bien plus grands que vous ne pen-
fez. On ne veut point du tout dire son nom, & l'on
doit aujourd'huy l'aboucher avec vous dans une
maison empruntée, pour étre instruit , par vôtre
bouche, de votre bien, & de votre famille; & je
he douce point que le seul nom de vôtre Pere ne ren-
de les choses faciles.

CLEAN TE.
Et principalement ma Mere étant morte,
ne peut m'ôter le bien.

LA FLECH EI
Voici quelques articles qu'il a diétez luy-même à
notre entremetteur, pour vous être montrez , avant
que de rien faire.

Suposé que le Préreur voie toutes ses feuretez, doo
que l'emprunteur foit majar, & d'une famille
Le bien soit ample, folide, assuré , clair, & net de
toxt embarras; on fera une bonne & exacte oblia
gation par devant un Notaire, le plus honnête
homme qu'il se pourra, de qui pour ret effet fera
choisi par le Présear; atsquel il importe le plus
que l'acte foit denëment dreje.
CLEAN T E.

i
Il n'y a rien à dire à cela. :

LA FLECHE. Le prêtent , porr ne charger fa conscience d'arcan scrapule, pretend ne donner son argent que'as denier dix-huit.

CLEANTE.
Au denier dix-huit ? Parbleu, voilà qui est hor.
nète. Il'n'y a pas lieu de fe plaindre.

L Å F L E CHE.
Cela est vray.

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Mais

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Mais comme ledit Préteur n'a pas chez luy la fomme dont il est question, do que pour faire plai. fir à l'emprunteur, il eft contraint luy-même de l'emprunter d'un autre, sur le pied dm-denier cing; il conviendra que ledit premier emprunteur paye cet interêt, sans prejudicedurefie, attendu que ce n'est que pour l'obliger, que ledit Preteur s'engage à cet emprunt.

CLEAN T E. Comment diable !quei Juif! quel Arabe est-ce la? c'est plus qu'au denier quatre.

LA FLECH E. Il est vray, c'est ce que j'ay dit. Vous avez à voir là-dessus.

CLEAN TE. Que veux-tu que je voie ? J'ay besoin d'argent; & il faut bien que je consente à tout.

LA FLECH E. C'est la réponse que j'ay faite.

CLEAN TE. Il y a encore quelque chose! į

LA FLECH E. Ce n'est plus qu'un petit article,

Des quinze mille francs qu’on demande , le Prétent ne pourra compter en argent que douze mille livres, & pour les mille écus reftans, il faudra que l'emprunteur prenne les hardes, nipes, du bijoux, dont s'ensuit le memoire, que

ledit Prêtcur a mis', de bonne foy, au plus modique prix qu'illuy a été posible.

CLEAN TE. Que veut dire cela?

L Å FLECH È. Ecoutez le memoire.

Premierement, un lit de quatre pieds, à bandes de points de Hongrie, appliquées fort proprement Sur un drap de couleur d'olive; avec fix chaises, de la courte-pointe de même; le tout bien condi. tionné , & doublé d'un petit taffetas changeant

Plus un parillos à quenë, d'une bonne ferge d'Aumale rofe feche; avec le malet & les franges de foc.

CLE

rouge do bleu.

CL E A N T E.
Que veut-il que je fasse de cela?

LA FLECHE.
Attendez,

Plus, une tenture de tapisserie, des amours de
Gombant , & de Macée.

Plus, une grande table de bois de noyer, douze columnes ou piliers tournez, qui se tire par les deux bouts, & garnie par le dessous de ses fix escabelles.

CLEAN TE.
Qu’ay-je affaire, morbleu...

LA FLECHE.
Donnez-vous patience.

Plus,trois gros mon squets tout garnis de nacre de
perles, arcc les trois fourchettes assortissantes.

Plus, unfournean de brique , avec deux cornaës , & trois recipiens, føri utiles à ceux qui Sont curicux de distiller.

CLEAN T E.
J'enrage.

LA FLECHE.
Doucement.

Plus, un lut de Bonlogne: garni de toutes ses core
des », ou peu s'en faut.
Plus, un trou-Madame, & un damier , avec.
un jeu de l'oye renouvellé des Grecs, fort propre
à passer le temps lors que l'on n'a que faire.
Plus,une pean d'un lezard, de trois pieds de-
mi, remplie de foin; curiosité agrcable, pour pen-
dre au plancher d'une chambre.

Letouicy dessus mentionné, valant loyalement plus de quatre millecinq cens livres,& rabaissé à la valeur de mille écus, par la discretion du Pré

CLEANTE. Que la peste l'étouffe avec la discretion, le traître,

le bourreau qu'il eft. A-t-on jamais parlé d'urne usure semblable:& n'est-il pas content du furieux incerët qu'il exige, ians vouloir encore m'obliger à prendre, pour trois mille livres, les vieux

rogatons qu'il ramafle: Jen'auray pas deux cens écus de tout cela ; & cependant il faut bien ne resoudre à consen, tir à ce qu'il veut ; car il est en état de ine faire couc

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teuer.

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