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Me. JOURDA I N. Vous étes fou, mon Mary, avec toutes vos fantaises, & cela vous est venu depuis que vous vous mêlez de hanter la Noblesse.

M. JOUR D A IN. Lors que je hante la Noblesse , je fais paroître mon jugement; & cela est plus beau que de manter vôtre Bourgeoisie.

Me. JOURDAIN. Camon vrayment.Ily a fort à gagner à frequenter vos Nobles, & vous avez bien operé avec ce beau Monfieur le Comte dont vous vous etes embeguine.

M. JOUR DA I N. Paix. Songez à ce que vous dites. Sçavez-vous bien, ma femme, que vous ne sçavez pas de qui vous parlez, quand vous parlez de luy: C'est une personne., d'importance plus que vous ne pensez; Un Seigneur que l'on confidere à la Cour,& qui parle au Roy tout comme je vous parle. N'est-ce pas une choie qui m'eft tout-à-fait honorable, que l'on voye venir chez moy li souvent une personne de cette qualité en qui m'appelle lon cher Amy, & me traite comme fi j'étois son égal? 1) a pour moy des bontez qu'on ne devineroit jainais ; & devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moy-même confus. .

Me. J OUR DA I N. Oui, il a des bontez pour vous, & vous fait des caresses, mais il vous emprunte votre argent.

M. JOURDA I N. Hé bien, ne m'est-ce pas de l'honneur, de prêter de l'argent à un homme de cette condition-la ? & puis-je faire moins pour un Seigneur qui m'appelle son cher Amy?

Me. JOUR D A I N.
Et ce Seigneur, que fait-il pour vous ?

M. JOURDA I N.
Des choses dont on seroit étonné, si on les sçavoit.

Me.' JOUR DAIN.
Et quoy?

M. JOUR'DA I N. Baske, je ne puis pas m'expliquer. Il suffit que je luy ay prêté de l'argent, il me le reudra bien, & ayant qu'il soit peu.

Mmm 3

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Me. Me. JOURDAIN. Oüi. Attendez vous à cela.

M. JOURDA I N. Allurément. Ne me l'a-t-il pas dit ?

Me. JOURDAIN. Oui, oui, il ne manquera pas d'y faillis,

M. JOUR D A IN. Il m'a juré sa foy de Gentilhomme.

Me. JOUR DAIN. Chansons.

M. JOURDA I N. Ouais, vous étes bien obstinée, ma femme: je vous dis qu'il me tiendra sa parole, j'en suis seur.

Me. JOUR D A I N. Et moy , je suis seüre que non, & que toutes les caresses qu'il vous fait ne font que pour vous enjoler.

M. JOURDA I N. Taisez vous. Le voici.

Me. JOUR DA I N. Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt ; & il me semble que j'ay diné, quand je le voy.

M. JOUR D A I N. Taisez-vous, vous dis-je.

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SCENE IV. DORANTE, MONSIEUR JOURDAIN, MADAME JOURDAIN, NICOLE.

DO R A N T E. Mon cher Amy, Monsieur Jourdain , comment vous portez-vous ?

M. JOURDAIN. Fort-bien, Monsieur, pour vous rendre mes petits services.

D O R A N T E. Et Madame Jourdain que voilà, comment se porte-t-elle ?

Me. JOUR DA I N. Madame Jourdain se porte comme elle peut.

D O R A N T E. Comment, Monsieur Jourdain, vous voilà le plus propre du monde !

M.

M. JOURDA I N. Vous voyez,

DORANT E. Vous avez tout-à-fait bon air avec cet habit, & 10us n'avons point de jeunes gens à la Cour qui oien:mieux faits que vous.

M. JOUR DAIN.
Hay, hay.

Me. JOURDA I N.
Il le gratte par où il se demange.

DO R A N T E.
Tournez-vous. Cela est tout à-fait galant.

Me. JOURDA I N.
Qüi, aufli sot par derriere que par devant.

DORANTE. Ma foy, Monsieur Jourdain , j'avois une impatien. cétrange de vous voir. Vous éres l'homme du monle que j'estime le plus, & je parlois de vous encore ce natin dans la Chambre du Roy.

M. JOURDAIN, Vous me faites beancoup d'honneur, Monfieur. 34 Madame Jourdain. Dans la Chambre du Roy!

DO R A N T E.
Allons, mettez...

M. JOUR DAIN.
Monsieur, je łçay le respect que je vous dois.?

D O R A N T E. 23 Mon Dieu, mercez; point de ceremonie entre Dis nous, je vous prie.

M. JOURDA I N.
Monsieur...

DORA N T E.
Mettez, vous dis-je, Monsieur Jourdain, vous dres
mon Amy.

M. JOUR DAIN.
Monsieur, je suis vôtre Serviteur.

DORA N T E.
Je ne me couvriray point , si vous ne vous cou-

M. JOUR DA I N.
J'aime mieux être incivil, qu’importun.

DORAN'T E.
-? Je suis vôtre débiteur, comnie vous le Içavez.

Mmm 4

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vrez.

Me..

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Me. JOURDAIN. Oui, nous ne le sçavons que trop.

DOR ANTE. Vous m'avez genereusement prêté de l'argent en plusieurs occalions,& vous m'avez obligé de la mello scure grace du monde, assurément.

M. JOUR D A I N. Monsieur, vous vous moquez.

DORAN TE. Mais je scai rendre ce qu'on me prête, & restnoitre les plaisirs qu'on me fait.

M. JOURDAI N. Je n'en doure

point, Monsicur.

DORAN T E. Je veux sortir d'affaire avec vous ; & je viens ici pour faire nos comptes ensemble.

M. JOUR DA I N. Hć bien , vous voyez vôtre impertinence, femme.

DQ R A N T E. Je suis homme qui aime à m'acquiter le plûtôt que je puis.

M. JOUR DAIN. Je vous le disois bien.

DORANT E.
Voyons un peu ce que je vous doy.

M. JOUR DA I N.
Vous voilà, avec vos foupçons ridicules.

D O R A N T E. Vous souvenez-vous bien de tout l'argent que vous m'avez prêté ?

M. JOUR DA I N.
Je croy que oui. J'en ay fait un petit memoi-
re. Le voici, Donné à vous une fois, deus cens
Loûis.

DOR AN T E.
Cela est vray.

M. JOURDA I N.
Une autre fois, lix-vingts.

D O R A N T E. Qüi.

M. JOUR DA I N.. Et une autre fois, cent quarante.

DO

DORANTE.
Vous avez raison.

M. JOURDAIN. Ces trois articles font quatre cens soixante Louis, qui valent cinq mille soixante livres.

D O R A N T E. Le compte est fort bon. Cinq mille soixante lires.

M. JOURDA I N.
Mille huit cens trente-deux livres à vôtre Plus
Daffier.

DO R A N I E.
Juftement.

M. JOURDA I N.
Deux mille sept cens quatre-vingts livges à votre
Tailleur.

DORANTE..

Il est vray:

zit juste.

M. JOURDA I N. Quatre mille trois cens septante neuf livres douze ols huit deniers à vôtre Marchand.

DO R A N T E. 3. Fort-bien. Douze lols huit deniers ; Le compte

M. JOURDAIN. Et mille sept cens quarante-huit livres sept föls. quatre deniers à vôtre Sellier.

D O R A N T E.
Tout.cela eft veritable. Qu'est-ce que cela fait.?

M. JOURDAI N.
Somme totale, quinze mille huit cens livres.

DO R A N T E. Somme totale eft juste; Quinze mille huit cens lisses.. Mettez encore deux cens Pistoles que vous, m'allez donner, cela fera justement dix-huit milen francs, que je vous payeray au premier jous.

Me. JOUR D A IN.
Hé bien , ne l'avois je pas bien devined:

M. JOURDA I N..

Paix.

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DO R A N TE.. Cela vous incommodera-t-il, de me donner ce que je vous dis.

Mmm 5

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