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SCENE II.

NICOLE, MONSIEUR JOURDAIN,

LA QUAIS.

M. JOURDA I N.
Nicole:

NICOLE,
Plaît-il ?

M. JOUR DA I N.
Ecoutez.

NICOL E.
Hi, hi, hi, hi, hi.

M. JOURDAIN.
Qu'as-tu à rire?

NICOL E.
Hi , hi, hi, hi, hi, hi.

M. JOURDA I N.
Que veut dire cette coquine-là ?

NICOL E.
Hi, hi, hi. Comme vous voilà bâti! Hi, hi, ti.

M.. JOURDA I N.
Comment donc ?

NICOLE.
Ah, ah, inon Dieu, Hi, hi, hi, hi, hi,

M. JOURDAIN. Quelle friponne est-ce la! Te moques-tu moy?

NICOL E. Nenny, Monsieur, j'en serois bien fâchée. Hi, hin hi, hi, hi, hi.

M. JOURDA I N.
Je ce bailleray sur le nez, si tu ris davantage.

NICOL E. Monsieur, je ne puis pas m'en empêcher. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.

M. JOURDA I N.
Tu ne t'arrêteras pas?

NICOLE, Monsieur, je vous demande pardon; mais vous étes fi plaisant, que je ne sçaurois me tenir de site

M. JOUR

Hi, hi, hi.

M. JOURDA I N. Mais voyez quelle infolence.

NICOLE. Vous étes tout-à-fait drôle comme cela. Hi, hi.

M. JOURDA I N.
Je te...

NICOL E.
Je vous prie de m'excuser. Hi, hi, hi, hi.

M. JOURDA I N. Tien, si tu ris encore le moins du monde, je te jure se je t'appliqueray sur la jonë le plus grand soufflet i se soit jamais donné.

NICOL E. Hé bien, Monsieur, voilà qui est fait, je ne riray

us.

M. JOURDA IN Prens-y bien garde. Il faut que pour tantôt cu ittoyes...

NICOLE. Hi, hi.

M. JOURDAIN, Que tu nettoyes comme il faut...,

NICOL E.
Hi, hi,

M. JOUR D A I N.
Il faut, dis-je, que tu nettoyes la Salle, &...

NICOLE.
Hi, hi.

M. JOUR D A Í N. Encore ?

NICOL E. Tenez, Monsieur, battez-moy plûrôt, & me aissez rire tout mon saoul; cela ine fera plus de bien. Hi, hi, hi, hi, hi.

M. JOURDA I N. J'enrage.

NICOL E. De grace, Monsieur , je vous prie de me laisser si. re. Hi, hi, hi.

M. JOURDA I N. Si je te prens...

NICOLE. Monsieur, eur, je creveray , ay, li je ne ri. Hi, hi , hi.

M. JOURDA I N. Mais a-t-on jamais veu une l'endarde comme cel le-là, qui me vient rire insolemment au nez, a lieu de recevoir mes ordres?

NICOL E.
Que voulez.vous que je fasse, Monsieur?

M. JOURDA I N. Que tu songes, Coquine, à préparer ma malom pour la compagnie qui doit venir tantôt.

NICOL E. Ah, par ma foy, je n'ay plus envie de rire; & toxtes vos compagnies font tant de desordre ceans, que ce mot est asiez pour me mettre en mauvaile bite meur.

M. JOUR DA I N. Ne dois-je point pour toy fermer ma porte à lors le monde

NICOLE. Vous devriez au moins la fermer à certaines gens.

SCENE IÌI.

MADAME JOURDAIN, MONSIEUR JOUR

DAIN, NICOLE, LAQUAIS.

Me. JOUR D A I N. AH,ah; voici une nouvelle histoire. Qu'est-ce que

c'est donc mon Mary, que cet équipage-la: Vous moquez. vous du monde, de vous étre fait enhamna. cher de la forte: & avez-vous envie qu'on se saille par tout de vous ?

M. JOURDAIN. Il n'y a que des Sots, & des Sottes, ma Femme, qui se railleront de moy.

Me, JOURDA I N. Vrayment on n'a pas attendu jusqu'à cette heure, & il y a long-temps que vos façons de faire donnent à rire à cout le monde.

M. JOURDA I N. Qui eft donc tout ce monde-là, s'il vous plait?

Me. JOUR DA I N. Tout ce monde-là est un monde qui a raison,

&

qui est plus sage que vous. Pour moy, je suis scandalisée de la vie que vous menez. Je ne sçay plus ce que c'est que notre maison. On diroit qu'il est ceans Carême prenant tous les jours; Et dés le matin, de peur d'y manquer, on y entend des vacarmes de Vioions & de Chanteurs, dont tout le voisinage se trouve incommodé.

NICOL E. Madame parle bien. Je ne sçaurois plus voir mon nénage propre, avec cet attirail de gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la bonë dans tous les quartiers de la ville, pour l'apporter ici ; & la pauvre Françoise est press que sur les dents, à frotter les planchers que vos viaux Maîtres viennent crotter regulierement tous les jours.

M. JOURDA I N. Ollais, nôtre Servante Nicole, vous avez le caquet pien affilé pour une païsanne.

Me. JOUR D A IN. Nicole a raison, & son sensest meilleur que le votre. Je voudrois bien sçavoir ce que vous pensez fai· re d'un Maître à dancer à l'âge que vous avez?

NICOL E. Et d'un graud Maître Tireur d'armes, qui vient, avec ses battemens de pied, ébranler toute la maison, & nous deraciner tous les carriaux de nôtre Salle :

M. JOURDA I N.
Taisez-vous, ma servante, & ma femme.

Me. JOURDA I N. Est-ce que vous voulez apprendre à dancer, pour quand vous n'aurez plus de jambes?

NICOL E.
Eft-ce que vous avez envie de tuër quelqu'un :

M. JOUR DAIN. Taisez-vous, vous dis-je, vous étes des ignorantes l'une & l'autre, & vous ne sçavez pas les prerogatives de tout cela.

Me. JOUR DAIN.
Vous devriez bien plúcôt songer à marier votre
fille, qui est en âge d'être pourveuë.

M. JOU Å DA I N.
Je longeray à marier ma fille , quand il se preser-
Tome III.

Mmm

1

tera

tera un party pour elle; mais je veux fonger auffi a apprendre les belles chofes.

NICOLE. J'ay encore oüi dire, Madame, qu'il a pris aujour. d'huv, pour renfort de potage, un Maître de Philofaphie

M. JOURDAIN. Fort-bien. Je veux avoir de l'esprit, & sçavoir raifonner des chofes parmy les honnêtes gens.

Me. JOURDAIN. · N'irez-vous point l'un de ces jours au College vous faire donner le fouet, à vôtre âge?

M. JOURDAIN. Pourquoy noni Plût à Dieu l'avoir tout à l'heure, le follet, devant tout le monde, & fçavoir ce qu'on apprend au College.

NICOLE. Oui, ma foy, cela vous rendroit la jambe bieu mieux faite.

M. JOURDAIN,
Sans doute.

Me. JOURDA I N. Tout cela ett fort necessaire pour conduire votre maison.

M. JOUR D A IN. Assurément. Vous parlez toutes deux comme des beftes , & j'ay honte de vôtre ignorance. Par exemple, sçavez-vous, vous, ce que c'est que vous dites à cette heure

Me. JOURDAIN. Oùi, je sçay que ce que je dis est fort bien dit, & que vous devriez songer à vivre d'autre forte.

M. JOUR A I N. Je ne parle pas de cela. Je vous demande ce que c'est que les paroles que vous dires ici?

Me. JOUR DA IN. Ce sont des paroles bien sensées , & vôtre conduite ne l'est guéres.

M. JOURDA I N. Je ne parle pas de cela, vous dis-je. Je vous demande; Ce que je parle avec vous, Ce que je vous dis à cette heure, qu'est-ce que c'est?

Me.

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