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toutes les autres sciences inutiles comme la Dance, la Musique, la...

Mre. A DANCER. Tout-beau , Monsieur le Tireur d'Armes. Ne para lez de la Dance qu'avec respect.

Mre. DE MUSIQUE, Apprenez, je vous prie , à mieux traitter l'excellence de la Musique.

Mre. D’ARM E S.
Vous étes de plaisantes gens, de vouloir compa-
rer vos sciences à la mienne!

Mre. DE MUSIQUE.
Voyez un peu l'homme d'importance !

Mre. A DANCER.
Voilà un plaisant animal, avec son plaftron!

Mre. D'A R M E S.
Mon petit Maître à Dancer, je vous ferois dancer
comme il faut. Et vous, mon petit Musicien, je vous
ferois chanter de la belle nianiere.

Mre, A DANCER. Monsieur le Batteur de Fer, je vous apprendray vôtre Mestier.

M. JOURDAIN au Maltre à Dancer. Etes-vous fou de l'aller quereller, luy qui entend la tierce & la quarte, & qui sçait tuër un homme par raison demonftrative?

Mre. A DANCER.
Je me moque de sa raison démonstrative, & de f3
tierce, & de fa quarte.

M. JOURDAIN.
Tout-doux, vous disoje.

Mre. D'ARM E S.
Comment? petit impercinent.

M. JOURDA I N.
"Eh mon Maitre d'Armes.

Mre. A DANCER.
Comment ? grand cheval de carosse.

M. JOURDA I N.
Eh mon Maître à Dancer.

Mre. D'ARMES.
Si je me jette lur vous..

M. JOUR D A I N.
Doucement.

Mre.

Lil 4

Mre. A DANCER,
si je mets sur vous la main...

M. JOUR D A I N.
Tout-beau.

Mre. D'ARMES.
Je vous étrilleray d'un air...

M. JOURDAIN.

De grace.

Mre. A DANCER. Je vous rosferay d'une maniere...

M. JOUR DA I N. Je vous prie.

Mre. DE MUSIQUE. Laissez-nous un peu luy apprendre à parles,

M. JOURDAIN. Mon Dieu, arrêtez-vous.

SCENE III.
MAISTRE DE PHILOSOPHIE, MAISTRE DE

MUSIQUE, MAISTRE A DANCER,
MAISTRE D'ARMES, M. JOUR:

DAIN, LAQUAIS.

à

M. JOUR DA. I N. Hola, Monsieur le Philosophe, vous arrivez toute

propos avec vôtre Philosophie. Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.

Mre. DE PHILOSOPHIF. Qu'est-ce donc? Qu'y a-t-il, Messieurs?

M. JOURDAIN. Ils se sont mis en colere pour la preference de leurs professions, jusqu'à se dire des injures, & voue loir en venir aux mains.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Hé quoy , Mellieurs , faut-il s'emporter de la sorte ? & n'avez-vous point leu le docte Traitté que Seneque a composé, de la Colere: Y-a-t-il i rien de plus bas & de plus honteux, que cette palsion, qui fait d'un homme une beste feroce? Et la Raison ne doit-elle pas être maîtresse de tous nos mouvement?

Mre.

Mre. A DANCER. Comment , Monsieur, il vient nous dire des injures à cous deux, en méprisant la Dance que j'exerce, & la Musique dont il fait profession :

Mre. DE PHILOSOPHIE. Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu'on luy peut dire ; & la grande réponse qu'on doit faire aux outrages, c'est la moderation, & la patience.

Mre. D’AR ME S. Ils ont tous deux l'audace, de vouloir comparer leurs professions à la mienne.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Faut-il que cela vous émeuve ? Ce n'est pas de vaine gloire, & de condition , que les hommes doivent disputer entr'eux ; & ce qui nous distingue parfaitement les uns des autres, c'est la sagesse , & la Vertu.

Mre. A DANCER. Je luy foúriens que la Dance est une Science à laquelle on ne peut faire assez d'honneur.

Mre. DE MUSIQU.E. Et moy, que la Musique en est une que tous les Siecles ont reverée.

Mre. D'A R M E S.. Et moy, je leur soûtiens à tous deux, que la Science de tirer des Armes, est la plus belle & la plus neceffaire de toutes les Sciences.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Et que fera donc: la Philosophie ? Je vous tronve tous trois bien impertinens, de parler devant moy

avec cette arrogance ;: & de donner impudemment i le nom de Science à des choses que l'on ne doit pas

même. honorer du nom d'Art, & qui ne peuvent

être comprises que sous le nom de Mestier miseras È ble de Gladiateur , de Chanteur, & de Baladin,

Mre. D’A R M E S.
Allez, Philosophe de chien.

Mre. DE MUSIQUE.
Allez, Belistre de Pédant,

Mre. A DANCE R.
Allez, Cuiftre fieffé.

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Mre. DE PHILOSOPHIE.
Le Philosophe se jette Seer eux, de tous trois le char.

gent de coups , & fortent en se battant.

M. JOUR D A IN.
Monsieur le Philosophe.

Mre. DE PHILOSOPHIE.
Infante! coquins! insolens !

M. JOURDA I N.
Monsieur le Philosophe.

Mre. D'ARM E S.
La pefte de l'animal.

M. JOURDA I N.
Messieurs.

Mre. DE PHILOSOPHIE.
Impudens!

M. JOURDAIN.
Monsieur le Philosophe.

Mre. A DANCE R.
Diantre loir de l'Ane basté.

M. JOUR D A I N.
Mellieurs.

Mre. DE PHILOSOPHIE.
Scelerats!

M. JOUR DA I N.
Monsieur le Philosophe.

Mre. DE MUSIQUE.
Au diable l'impertinent.

M. JOURDAIN.
Messieurs.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Fripons! gueux ! traîtres! imposteurs! Ils fortent.

M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe, Meffieurs, Monsieur le Philosophe , Messieurs, Monsieur le Philofophe. Oh battez vous tant qu'il vous plaira , je n'y sçaurois que faire , & je n'iray pas gafter ma Robe pour vous sepaser. Je serois bien fou, de m'aller fourrer parmi eux, pour recevoir quelque coup qui me feroit mal.

SCE

SCE N E IV. MAISTRE DE PHILOSOPHIE, MONSIEUR

JOURDAIN.

Mre. DE PHILOSOPHIE,

en racommodant son Colet. V Enons à nôtre Leçon.

M. JOURDA I N. Ah! Monsieur, je suis faché des coups qu'il vous ant donné.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Cela n'est rien. Un Philosophe sçait recevoir comne il faut les choses, & je vay composer contr'eux ine Satyre du styie de Juvenal, qui les déchirera de a belle façon. Laissons cela. Que voulez-vous apprendre?

M. JOURDA I N. Tout ce que je pourray, car j'ay toutes les envies du monde d'être sçavant, &j'enrage que mon Pere & ma Mere ne m'ayent pas fait bien étudier dans toutes les Sciences, quand j'étois jeune.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Ce sentiment est raisonnable.Nam fine dectrina vita eft quasi mortis imago. Vous entendez cela, & vous fçavez le Latin sans doute.

M. JOUR D A I N. Oüi; mais faites comme si je ne le Içavois pas. Expliquez-moy ce que cela veut dire.

Mre. DE PHILOSOPHIE. Cela veut dire que sansla science, la vie est presque une image de la mort.

M. JOURDA I N.
Ce Latin-là a raison.

Mrc. DE PHILOSOPHIE,
N'avez-vous point quelques principes, quelques
commencemens des sciences?

M. JOURDA I N.
Oh oui, je sçay lire & écrire.

Mre. DE PHILOSOPHIE.
Par où vous plaît-il que nous commencions? Vou-
lez-vous que je vous apprenne la Logique?

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