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DORIN E.
Ah! jamais les Amans ne sont las dejafer.
Sortez, vous dis-je.

Il fait un pas, & revient.
V ALERE.

Enfin...
DORIN E,,

Quel caquet eft le vôrre ?
Tirez de cette part; & vous , tirez de l'autre.

L:s pouffant chacun par l'épaule.

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DA MI S.
Ve la Fordre, sur l'hegre, acheve mes

destins;
Qui'on me traite par tout du plus grand des

*Faquins,
S'il est aucun respect, ny pouvoir, qui m'artête,
Et si je ne fais pas quelque coup de ma tête.

DORI N E.
De grace , modérez un tel emportement ,
Vôtre Pere n'a fait qu'en parler fimplement;
On n'éxecute pas tout ce qui se propose ;
Et le chemin eft long , du projet à la chose.

D A Ñ I S.
Il faut que de çe Fat j'arrête les complots,
Et qu'à l'oreille, un peu, je luy dife deux mots.

DORIN F.
Ha, tout doux;envers luy,comme envers vôtre Pere.
Laisiez agir les soins de votre Belle-Mere.
Sur l'esprit de Tartuffe , elle a quelque crédit ;
Il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit ,
Et pourroit bien avoir douceur de cour pour elle.

Flût

Plût à Dieu qu'il fût vray! la chose seroit belle.
Enfin vôtre intérêt l'oblige à le mander;
Sur l'hymen qui vous trouble, elle veut le fondez,
Sçavoir ses sentimens, & lui faire connoître
Quels fâcheux démêlez il pourra faire naître;
S'il faut qu'à ce deffein il prête quelque espoir.
Son Valet dit qu'il prie, & je n'ay pú le voir :
Mais ce Valet m'a dit qu'il s'en alloit descendre.
Sortez donc, je vous prie , & me laissez l'attendre.

DA MI S.
Je puis être présent à tout cet entretien.

DORIN E.
Point, il faut qu'ils soient seuls.

D A MIS.

Je ne lui diray rien.

DORIN E.
Vous vous mocquez, on sçait vos transports ordinai-
Et c'est le vrai moyen de gâter les affaires.
Sortez.

DA MI S.
Non, je veux voir sans me mettre en courroux.

DORIN E.
Que vous étes fâcheux! Il vient, retirez-vous.

Ś CENE II.

res,

TARTUFFE, LAURENT, DORINE,

TARTUFFE,

apperbevant Dorine. Laurent, serrez ma Haire, avec ma Discipline,

Et priez que toûjours le Ciel vous illumine. Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers , Des aumônes que j'ay , partager les deniers.

D'ORIN E. Que d'affectation, & de forfanterie?

TART UF F E. Que voulez-vous ?

DORIN E.

Vous dire...
TART V F F E
Il tire un mouchoir de fa poche.
Ah! mon Dieu, je vous prie,

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avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

DORIN E. Comment?

TAR I U F F E.

Couvrez ce Sein, que je ne sçaurois voir. Pas de pareils objets les ames sont blessées Et cela fait venir de coupables pensees.

DORI N E.
Vous étes donc bien tendre à la tentation;
Et la Chair, sur vos lens, fait grande impression.
Certes, je ne sçay pas quelle chaleur vous monte :
Mais à convoscer, moi, je ne suis point fi promte;
Et je vous verrois nü du haut ju!ques en bas.
Que toute votre peau ne me tenteroit pas.

I AR TU F F E.
Mettez dans vos discours un peu de modestie ,
Ou je vais, sur le champ, vous quitter la partie.

DORIN E.
Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos ;
Et je n'ay seulement qu'à vous dire deux mots.
Madame va venir dans cette Sale basse,
Et d'un mot d'entretien vous demande la grace.'

TARTUF F E.
Hélas! trés-volontiers.
DORINE en foy-même.

Comme il se radoucit! Ma foy , je suis toûjours pour ce que j'en ay dit.

TA R I UE É E. Viendra-t-elle bientôt ?

DORIN E.

Je l'entens, ce me semble, Oùi, c'est elle en personne ; & je vous laisse ensema

ble.

S CE NE III.
EL MIRE, TARTU F F E.

T A R T U F F E.
Que le ciel à jamais, par sa toute-bonté,

Er de l'ame , & du corps, vous donne la santé;
Et bé nisse vos jours autant que le désire
Le plus humble de ceux que son amour inspire,

EL

EL MIRE. Je suis fort obligée'à ce souhait pieux : Mais prenons une Chaise, afin d'être un peu mieux.

TÁ R TU F F E.
Comment , de vôtre mal, vous sentez-vous remise:

EL MIRE.
Fort bier ; & cette fiévre a bien-tôt quitté prise,

TAR TU F F E.
Mes priéres n'ont pas le mérite qu'il faut
Pour avoir attiré cette grace d'enhaut;
Mais je n'ay fait au Ciel mulle devote instance,
Qui n'ait eu pour objet vôtre convalescence.

ELMI KE.
Votre zéle pour moy s'est trop inquiété.

IAR TU F F E.
On ne peut trop chérir vôtre chére santé;
Et pour la rétablir , j'aurois donné la mienne.

EL MIRE.
C'est pouffer bien avant la charicé Chrétienne;
Ei je vous dois beaucoup, pour toutes ces bontez.

TAR T'U F F E.
Je fais bien moins pour vous, que vous ne méritez,

EL MIRE.
J'ay voulu vous parler en secret d'une affaire,
Et suis bien aise, icy, qu'aucun ne nous éclaire.

TARTU F F E.
J'en suis ravi de même; & sans doute il m'est doux,
Madame , de me voir seul à seul, avec vous.
C'est une occasion qu'au Cielj'ay demandee,
Sans que, jusqu'à cette heure, il me l'ait accordée.

EL MIR E. Pour moi, ce que je veux, c'estun mot d'entretica, Où tout vôtre cceur s'ouvre, & ne me cache rien.

TARTUFF E.
Et je ne veux aussi, pour grace finguliére,
Que montter à vos yeux mon aine route entiére;
Et vous faire ferment, que les bruits que j'a; faits,
Des visites qu'ici reçoivent vos attraits,
Ne sont pas, envers vous, l'offer d'aucune haine;
Mais plutôt d'un transport de zéle qui m'entraine,
Er d'ain pur mouvement...

EL MIR E.
Je le prens bien ainsi,

EC

.

Et crois que mon salut vous donne ce soucy.

T AR T U F F E.

il luy ferre les bouts des doigts. Oûi, Madame , sans doute, & ma ferveur est celle...

EL MIR E. Ouf, vous me serrez trop.

TART UF F E.

C'est par excés de zele. De vous faire aucun nial, je n'eus jamais defiem, Et j'aurois bien plutôt...

Il luy met la main fur le genei.
EL MI R E.

Que fait là vôtre main?

TARTUFF E.
Je tâte vôtre habit , l'étoffe en est moúelleuse.

EL MIRE.
Ah! de grace, laissez, je suis fort chatoûilleuse.
Elle recule fa Chaise, & Tartuffe rapproche la ficnne.

T Á R T U F F E. Mon Dieu, que de ce Point l'ouvrage est merveil

leux!
On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux ;
Jamais, en toute chole, on n'a veu si bien faire.

EL MIR E.
Il est vray. Mais parlons un peu de notre affaire.
On tient que mon Mari veut dégager sa foi,
Et vous donner sa Fille. Eft-il vray, dites-moi?

'T A R T U F F E.
Il m'en a dit deux mots : mais, Madame, à vrai dire,
Ce n'est pas le bonheur apres quoy je soûpire;
Et je vois autre part les merveilleux attraits
De la felicité qui fait tous mes souhaits.

EL MIR E. C'est que vous n'aimez rien des choses de la Terre.

TARTU F F E. Mon sein n'enferme pas un coeur qui soit de pierre.

EL MIRE. Jour moy je croi qu'au Ciel tendent tous vos foậpirs, Et que rien, ici bas, n'arrêre vos désirs.

TARTUFF E. L'amour qui nous attache aux Beautez éternelles', N'etouffe pas en nous l'amour des temporelles. Nos sens facilement peuvent être chainiez Tome 111.

lii

Des

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