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M. P ERN ELLE, C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute;

Et je ne puis souffrir , sans me mettre en courroux, Dé le voir querellé par un fou comme vous.

DA MI S.
Quoi! je souffriray , moi, qu’un Cagot de Critique
Vieme usurper céans un pouvoir tyrannique ?
Et que nous ne puissions à rien nou's divertir,
Si ce beau Monsieur-là n'y daigne consentir?

DO RIN E.
S'il le faut écouter, & croire à ses maximes,
On ne peut faire rien, qu'on ne fasse des crimes,
Car il contrôle tout, ce Critique zelé.

M. PERNEL L E.
Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé.
C'est au chemin du Ciel qu'il prétend vous conduire;
Et mon fils, à l'aimer, vous devroit tous induire,

DAMIS,
Non , voyez-vous, ma Mere, il n'est Pere ni rien,
Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien.
Je trahirois mon caur, de parler d'autre sorte;
Šur ses façons de faire, à tous coups je m'emporte;
J'en prévois une suite , & qu'avec ce Pie-plar
il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat.

DORIN E.
Certes, c'est une chose aufú qui scandalise,
De voir qu'un Inconnu céans s'impatronise;
Qu'un Gueux qui, quand il vint , n'avoit

fouliers,
Et dont l'habit entier valoit bien fis deniers,
En vienne jusques-là, que de se méconnoître, ,
De contrarier tout, & de faire le Maitre.

M. PERNELL E.
Hé merci de ma vie, il eniroit bien inieux,
Si tout le gouvernoit par ses ordres pieux.

DORINE.
Il passe pour un Saint dans votre fantaisie;
Tout foa fait, croyez-moi , n'est rien qu'hypocrisie:

M. PERNELLE Voyez la langue?

DORINE.

A lui, non plus qu'à son Laurent, Je ne me fjrois, moi, que sur un bon Garant.

M,

pas des

M. PERNELLE. J'ignore ce qu'au fond le Serviteur peut être ; Mais pour homme de bien, je garantis le Maître;. Vous ne lui voulez mal, & ne le rebutez, Qu'à cause qu'il vous dic à tous vos véritez. C'eft contre le Péché que son coeur se courrouce. Et l'intérêt du Ciel est tout ce qui le pousse.

DORI N E.
Olli; mais pourquoi , sur tout depuis un certain

temps,
Ne sçauroit-il souffrir qu'aucun hante céans?
En quoi blesse le Ciel une visite honnête,
Pour en faire un vacarme a nous rompre la tête?
Veut-on que là-deflus je m'explique entre nous ?
Je crois que de Madaine il est, ma foi, jaloux.

M. PERNELLE.
Taisez-vous, & songez aux choses que vous ditese
Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces viðtes;
Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez,
Ces Carosses sans cesse à la Porte plantez,
Et de tant de Laquais le bruyant afemblage,
Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.
Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien ;
Mais enfin on en parle, & cela n'est pas bien.

CLEAN TE. Hé, voulez-vous, Madame, empêcher qu'on nc

cause?
Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose,
Si pour les lots discours où l'on peut être mis,
Il falloit renoncer à ses meilleurs Amis:
Et quand même on pourroit se résoudre à le faire.
Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ?
Contre la Médisance il n'ést point de rempart;
A cous les fots caquets n'ayons donc nul égard;
Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,
Et laissons aux Causeurs une pleine licence.

DOR IN E.
Daphné nôtre Voisine, & son petit Epoux,
Ne seroient-ils point ceux

qui parlent mal de nous?
Ceux de qui la conduire offre le plus à rire;
Sont toûjours sur autrui les premiers à médire ;
Ils ne manquent jamais de saisir promptement
L'apparente luëur du moindre attachement,

D'en

D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joye ,
Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croye. !
Des actions d'autrui , teintes de leurs couleurs,
Ils pensent dans le monde autoriser les leurs',
Eclous le faux espoir de quelque ressemblance,
Aux intrigues qu'ils ont, donner de l'innocence,
Ou faire ailleurs comber quelques traits partagez
De ce blâme public dont ils sont trop chargez.,

M. P ERN ELL E.
- Tous ces raisonnemens ne font rien à l'affaire :

On sçait qu'Orante mene une vie exemplaire ;
Tous les soins vont au Ciel, & j'ay sceu par des gens
Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

DORIN E.
L'exemple eft admirable , & cette Dame est bonne i
Il est vrai qu'elle vit en auftére personne,
Mais l'âge, dans son ame, a mis ce zele ardent,
Et l'on fçait qu'elle est prude, à son corps défendang
Tant qu'elle a pû des cours attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages :
Mais voyant de les yeux tous les brillans baisser,
Au monde, qui la quitre, elle veut renoncer;
Et du.voile pompeux d'une haute sagesse,
De ses attraits usez, déguiser la foiblesse.
Ce lont-là les retours des coquettes du temps.
Il leur est dur de voir déserter les galans.
Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude
Ne voit d'autre recours que le më tier de prude;
Et la sévérité de ces femmes de bien
Censure toute chose, & ne pardonne à rien ;
Hautement, d'un châcun , elles blâment la vie,
Non point par charité, mais par un trait d'envie,
Qui ne fçzuroit souffrir qu'un autre ait les plaisirs,
Dont le panchant de l'âge a sevré leurs desirs..

M. PERNELL E.
Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plai-
Ma Bru, l'on est chez vous, contrainte de se taire;.
Car Madame , à jaser, tient le dé tout le jour :
Mais enfin, je prétens discourir à mon tour.,
Je vous dy que mon fils n'a rien fait de plus sage',
Qu'en recueuillant chez soi ce devot personnage ;
Que le Ciel au besoin l'a céans envoyé,
Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé;

Que

(re.

Qe pour vôtre salut vous le devez entendre,
Er qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre.
Ces visites, ces bals, ces conversations,
Sont, du malin Esprit , toutes inventions.
Là, jamais, on n'entend de pieuses paroles,
Ce sont propos oisifs, chansons, & fariboles;
Bien souvent le prochain en a sa bonne part,
Et l'on y sçait médire, & du tiers , & du quart.
Enfia les gens fensez ont leurs têtes troublées,
De la confusion de telles asemblées;
Mille caquets divers s'y font en moins de rien;
Et comme l'autre jour un Docteur dit fort bien,
C'est véritablement la Tour de Babylone,
Car chacun y babille, & cout du long de l'aune;
Et pour conter l'histoire où ce point l'engagea...
Voilà-t-il pas Monsieur, qui ricane deja?
Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire ;
Ec fans... Adieu, ma Bru, je ne veux plus rien dire,
Sçachez que pour céansj'en rabats de moitié,
Et qu'il fera beau temps, quand j'y mettrai le pié.

Donnant en fonfflet á Flipote.
Allons , vous vous rêvez,

& bayez aux Corneilles; Jour de Dieu, je sçaurai vous frotter les oreilles; Marchons, gaupe, marchons.

SCENE II.

CLE ANTE,

DORIN E.

CLEANTE.

Je n's veux poin: aller
De peur qu'elle ne vînt encor me quereller ;
Que cette bonne femme...

DORINE,
Ah!c

certes, c'est dommage,
Qu'elle ne volis oüit tenir un tel langage;
Elle vous diroit bien qu'elle vous trouve bon,
Et qu'elle n'est point d'âge à luy donner ce nom.

CLEANT E. Comme elle s'est pour rien contre nous échauffée ! Et que de son Tartuffe elle paroit coiffée!

DOC

DORIN E. Shprayment, tout cela n'est rien au prix du Fils; Et si vous l'aviez veu, vous diriez, c'est bien pis. Nos troubles l'avoient mis sur le pié d'homme sage, Et pour servir son Prince, il montra du courage : Mais il est devenu comme un homme hébété, Depuis que de Tartuffe on le voit entêté. Il rappelle lon frere, & l'aime dans son ame Cent fois plus qu'il ne fait mere, fils,fille,& femme, C'est de tous ses secrets l’unique confident, Et de ses actions le Directeur prudent. Il le choye, il l'embrasse; & pour une Maitreffe, On ne sçauroit, je pense, avoir plus de tendresse, Atable, au plus haut bout, il veut qu'il soit assis, “ Avec joye il s'y voit manger autant que fix; Les bons morceaux de tout, il faut qu'on les lui ces

de, Et s'il vient à rotter il lui dit, Dieu vous aide.

C'est une Servante qui parle. Enfin il en est fou; c'est son tout , son Héros; Il l'admire à tous coups, le cite à tout propos ; Ses moindres actions lui semblent des miracles, Et tous les mots qu'il dit, font pour lui des Oraclese Lui qui connoit sa dupe, & qui veut en jollir, Par cent dehors fardez, a l'art de l'éblouir ; Son Cagotisme en tire à toute heure des sommes, Et prend droit de gloser sur tous tant que nous som: Il n'est pas jusqu'au Fat, qui lui sert de garçon Qui ne le mêle aussi de nous faire leçon. Il vient nous sermonner avec des yeux farouches, Et jetter nos rubans, nộtre rouge, & nos mouches. · Le traître, l'autre jour, nous rompit de fes mains;

Un mouchoir qu'il trouya dans une Reur des Saints;

Disane que nous mêlions, par un crimc effroyable,
A
Avec la sainteté, les parures du diable.

SCENE III.
ELMIRE, MARIANE, DAMIS,

CLEANTE.

EL MIR E.
Vous étes bienheureux, de n'être point venu
Au discours qu'à la Porte elle nous a tenu.

Maia

mes.

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