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tations. Je ne vois pas quel grand crime c'est que de s'attendrir à la veuë d'une passion honnête; & c'est un baut étage de vertu , que cette pleine infenfibilité, ils veulent faire monter nôtre ame. Je doute qu'unes grande perfection

soit dans les forces de la nature bumaine; &je ne sçay s'il n'est pas mieux de travailler à rectifier & adou. cir les passions des hommes, que de vouloir les re-francher entierement. J'avouë qu'il y a des tieux qu'il vaut mieux frequenter que le Théatre; & fi l'on veut blâmer toutes les choses qui ne regardent pas directement Dieu, & nôtre

salut, il est certain que la Comedie en doit être,Gjene trouve point mauvais qu'elle soit condamnée: avec le refle: mais supposé comme ilest vrai que les exercices de la Pieté

fouffrent des intervalles,& que les hommes ayent besoin de divertissement, je soûtiens qu'on ne leur en peut trouver un qui soit plus innocent que la Comedie. Jeme fuisétendu trop loin. Finissons par un mot d un grand Prince sur la Comedie

du Tartuffe. Huit jours aprés qu'elle est été défendrë, on representa devant la Coar une Piece intitulée, Scaramouche Hermite; le Roi en fortant,dit au grand Princequeje veux dire : Je voudrois bien sçavoir pourquoy les gens qui fe fcandalisent.fi fort de la Comedie de Moliere, ne di. sent mot de celle de Scaramouche? A quoi le Prince répondit: - La raison de cela, c'est que la Comedie de Scaramouche joue le Ciel , & la Religion, dont ces Meffieurs-là ne se sou

cient point; mais celle de Moliere les jouë eux-mêmes : C'est ce qu'ils ne peuvent souf frir.

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L'IMPOSTEUR,
COM E D I E.

ACTE PREMIER.

SCENE PREMIERE. MADAME PERNELLE, & FLIPOTE sa Servante, ELMIRE, MARIANE, DORINE,

DAMIS, CLEANIE.

M.. P ERN ELL E.

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Llons, Flipote, allons ; que d'eux
je me délivre.

EL MIRE.
Vous marchez d'un telpas, qu'en a

peine à vous suivre.

M. PERNELLE.
Laissez, ma Bru, laissez; ne venez pas plus loin,
Ce sont toutes façons, dont je n'ai pas besoin.

ELMIR E.
De ce que l'on vous doit, envers vous on s'acquite.
Mais, ma Mere, d'où vient que vous sortez si vite?

M. PERNELLE.
C'est que je ne puis voir tout ce ménage-ci,
Et que de me complaire, on ne prend nul fouci.
Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée ;
Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée;
On n'y respecte rien ; chacun y parle haue,
Et c'est, tout justement, la Cour du Roy Petau..,

DORINE,
Si...

M. PER NELL E.
Vous eres, Mamie , une Fille Suivante
Un peu trop forte en gueule , & fort impertinente :
Vous vous inēlez sur tout de dire votre avis.

Da.

DA MI S. Mais...

M. P ERN ELL E.

Vous étes un lot en trois lettres,mon Fils; C'est moi qui vous le dis, qui suis vôtre Grand

mere ; Et j'ai prédit cent fois à mon fils vôtre Pere, Que vous preniez tout l'air d'un méchant Garner

ment, Et ne luy donneriez jamais que du tourment,

MARCA N E. Je croi...

11. PERNELL E.

Mon Dien, sa Sæur, vous faites la discrette, Et vous n'y couchez pas, tant vous semblez doucette: Mais il n'est, comme on dit , pire eau, que l'eau

qui dort, Et vous menez fous chiape, un train que je hais fort,

ELMIR E. Mais, ina.Mere...

M. PERNELLE

Ma Bru, qu'il ne vous en déplaise, Vocre conduite en tour eft cout-à-fait mauvaise: Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux, Et leur défunte Mere en usoic beaucoup mieux. Vous éres dépenciere, & cet écat me bleffe, Que vous alliez vétuë ainsi qu'une Princeffe. Quiconque à son mari veut plaire seulement, Ma Bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.

CLEANTE. Mais, Madaine, aprés tout...

M, PER NEEEE.

Pour vous, Monsieur son Frere , Je vous estime fort , vous aime, &vous revéie: Mais enfin, fij'étois de mon Fils son époux, Te vous prierois bien fort, de n'entrer point chez Sans cesse vous prêchez des" maximes de vivre, Qui par d'honnêtes gens ne fe dcivent point suivre: Je vous parle un peu franc, mais c'est là mon humcur, Et je ne mâche point ce que j'ay sur le cour.

DAMIS. Vôtre Monsieur Tartuffe eft bienheureus fans done

M.

nous.

te.

M. P ERN ELLE, C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute;

Et je ne puis souffrir , sans me mettre en courroux, Dé le voir querellé par un fou comme vous.

DA MI S.
Quoi! je souffriray , moi, qu’un Cagot de Critique
Vieme usurper céans un pouvoir tyrannique ?
Et que nous ne puissions à rien nou's divertir,
Si ce beau Monsieur-là n'y daigne consentir?

DO RIN E.
S'il le faut écouter, & croire à ses maximes,
On ne peut faire rien, qu'on ne fasse des crimes,
Car il contrôle tout, ce Critique zelé.

M. PERNEL L E.
Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé.
C'est au chemin du Ciel qu'il prétend vous conduire;
Et mon fils, à l'aimer, vous devroit tous induire,

DAMIS,
Non , voyez-vous, ma Mere, il n'est Pere ni rien,
Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien.
Je trahirois mon caur, de parler d'autre sorte;
Šur ses façons de faire, à tous coups je m'emporte;
J'en prévois une suite , & qu'avec ce Pie-plar
il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat.

DORIN E.
Certes, c'est une chose aufú qui scandalise,
De voir qu'un Inconnu céans s'impatronise;
Qu'un Gueux qui, quand il vint , n'avoit

fouliers,
Et dont l'habit entier valoit bien fis deniers,
En vienne jusques-là, que de se méconnoître, ,
De contrarier tout, & de faire le Maitre.

M. PERNELL E.
Hé merci de ma vie, il eniroit bien inieux,
Si tout le gouvernoit par ses ordres pieux.

DORINE.
Il passe pour un Saint dans votre fantaisie;
Tout foa fait, croyez-moi , n'est rien qu'hypocrisie:

M. PERNELLE Voyez la langue?

DORINE.

A lui, non plus qu'à son Laurent, Je ne me fjrois, moi, que sur un bon Garant.

M,

pas des

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1. P ERN ELL E. J'ignore ce qu'au fond le Serviteur peut être; Mais pour homme de bien, je garantis le Mastre; Vous ne lui voulez mal , & ne le rebutez, Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos véritez. C'eft contre le Péché que son coeur se courrouce. Et l'intérêt du Ciel est tout ce qui le pousse.

DORIN E. Olli; mais pourquoi , sur tout depuis un certain

temps, Ne sçauroit-il souffrir qu'aucun hante céans? En quoi blesse le Ciel une visite honnête, Pour en faire un vacarme a nous rompre la tête! Veut-on que là-deslus je m'explique entre nous ?. Je crois que de Madaine il est, ma foi, jaloux.

M. P ERN ELL E. Taisez-vous, & songez aux choses que vous dites:Cen'est pas lui tout seul qui blâme ces visites; Tout ce tracas qui suit les gens que vous hanteza Ces Carosses sans cesse à la Porte plantez, Et de tant de Laquais le bruyant afemblage, Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien Mais enfin on en parle, & cela n'est pas bien.

CLEAN TE. Hé, voulez-vous, Madame, empêcher qu'on ng

cause? Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose, Si pour les lots discours où l'on peut être mis,.. Il falloit renoncer à ses meilleurs Amis: Et quand même on pourroit se résoudre à le faire à. Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ? Contre la Médisance il n'est point de rempart; A tous les fots caquets n'ayons donc nul égard; Efforçons-nous de vivre avec toute innocence, Et laissons aux Causeurs une pleine licence.

DORIN E. Daphné nôtre Voisine, & son petit Epoux, Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous? Ceux de qui la conduite offre le plus à rire; Sont toûjours sur autrui les premiers à médire; Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente luëur du moindre attachement,

D'en

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