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AVERTISSEMENT .

Le tome I des Fables de la Fontaine, sauf la Notice biographique, était déjà tiré, et le commencement du second en épreuves, quand les funestes événements de 1870-7ı sont venus tout interrompre et suspendre. Si nous n'avons pas, comme pour

d'autres écrivains de la Collection, repris avec courage, dès le lendemain de nos désastres, la tâche commencée, c'est qu'il ne suffisait

pas de publier le premier volume, il fallait aussi se préoccuper de la suite; or, pour cette suite, nous nous étions trouvés arrêtés, même avant la guerre, par un empêchement qui nous a causé et nous laisse de viss regrets : notre collaborateur si distingué, M. Julien Girard, aujourd'hui proviseur du lycée Condorcet, qui, il y a bien longtemps, du vivant de M. Louis Hachette, s'était chargé d'éditer le la Fontaine, avait été enlevé à ce travail par d'autres devoirs, inconciliables, à la façon dont il les remplit, avec les soins d'une édition telle

1. Cet Avertissement ne se rapporte qu'aux tomes I et II, contenant les Fables. Les autres parties des OEuvres seront précédées chacune du leur ou d'une Notice qui y suppléera.

J. DE LA FONTAINE, I

qu'il l'entendait faire. Heureusement il avait achevé déjà son annotation des Fables : elle forme le fond de notre commentaire. Je dis le fond, parce que M. Girard a bien voulu accepter, pour les notices et les notes des six premiers livres, mainte addition proposée par le directeur de la Collection, qui a pensé que, dans la notice dont est précédée chacune des fables, il convenait de développer l'indication des sources, les rapprochements intéressants, d'y joindre les appréciations et les réflexions les plus remarquables, soit d'ensemble, soit de détail, dont beaucoup de fables avaient été l'objet chez tel ou tel de nos bons auteurs. De même, dans le commentaire proprement dit, dans les notes au bas des pages, si, pour les livres de lecture plutôt que

d'étude approfondie, le bon goût impose grande sobriété, il a paru qu'on pouvait, qu'on devait ici, vu le caractère de la Collection, se renfermer dans de moins étroites limites pour les explications de choses ct de mots, la langue, le style, les imitations voulues, et même les ressemblances fortuites, quand elles offrent quelque intérêt. Dans les livres vu et vui, l'extension, au sens qui vient d'être dit, est, en grande partie, l'ouvre de M. Desfeuilles; dans les quatre derniers, Ix à xii, celle du signataire de cet Avertissement, qui a de plus revu, avec la constante assistance de son père, tout l'ensemble de cette seconde moitié.

J'ai dit à quoi se réduit mon travail dans les deux premiers volumes : si l'on ne trouve pas cependant les noms de MM. Girard et Desfeuilles au titre des OEuvres, c'est que, me sachant seul chargé de continuer l'édition, ils ont été d'avis qu'il n'y eût que moi de nommé. Ce qui m'a décidé à ne pas refuser cet honneur, c'est l'impossibilité d'attribuer, dans le titre, à chacun sa part. Je viens d'ailleurs de la faire ici.

Nous expliquons plus loin (page 57, note 2, de ce tome I) de quelle manière sont disposées les notices des Fables. On s'est attaché à les ranger dans un ordre clair et commode, permettant de les consulter avec choix, en se bornant à ce qu'on y veut trouver.

Comme l'impression du tome I était achevée avant l'année 1870, le lecteur ne s'étonnera pas qu'il n'y soit pas fait mention, dans les notes et notices, de publications postérieures qu'il eût été parfois opportun de citer, entre autres, de la très-intéressante édition de M. Moland, publiée de 1872 à 1876. Un certain nombre de cartons ont été faits; mais naturellement on s'est borné au strict nécessaire.

Notre texte est la reproduction, scrupuleusement exacte, en tenant compte des errata, du dernier texte des Fables publié du vivant de l'auteur et sous ses yeux, c'est-à-dire des impressions successives de 1678-16791694. Seulement, au lieu de suivre la division trèsconfuse, très-arbitraire, de ces impressions, nous avons adopté celle de l'édition de 1705 (Paris, H. Charpentier), où les livres furent pour la première fois numérotés depuis 1 jusqu'à x11. (Voyez Brunet, tome III, col. 752.) Walckenaer explique bien l'impossibilité de suivre le singulier mode de division de la Fontaine :

« Pour concevoir, dit-il', combien ce changement était nécessaire, il faut savoir de quelle étrange manière

1. Préface sur les Fables de la Fontaine (tome I, p. cxl et cxli, de l'édition de 1827).

l'ouvrage était divisé dans la dernière édition donnée par l'auteur. Les deux premiers volumes contiennent les six premiers livres, et forment la première et la seconde partie; et les trois derniers livres, que renferme la deuxième partie, sont intitulés livres iv, v et vı : de sorte que, pour cette partie du recueil, les numéros des livres se suivent. Dans les deux volumes suivants, qui forment la troisième et la quatrième partie, la série des nombres recommence; dans le troisième volume ou la troisième partie sont les (nouveaux) livres i et ii, et dans le quatrième volume ou la quatrième partie sont les (nouveaux) livres i, iv et v: de sorte que la série des chiffres ne correspond ni à l'ensemble du recueil, ni à chacune des parties; car pour cela on aurait dû recommencer à compter livre i au commencement de chaque partie. Le fait est que la Fontaine avait publié deux recueils de fables à un assez long intervalle de temps, et le numérotage des livres se rapportait à cette division en deux recueils; mais, quand il les fit réimprimer ensemble, il ne fit mention de cette division en deux recueils que dans sa préface du second; il ne l'indiqua point sur les titres et dans la table, et tout fut brouillé. Ce fut encore bien pis lorsque le cinquième ou le dernier volume parut longtemps après. La Fontaine le destinait sans doute à former un sixième livre à son second recueil, afin de le rendre, sous ce rapport, égal au premier, qui était aussi divisé en six livres; mais, par une distraction inconcevable, il intitula ce nouveau livre livre septième, au lieu de livre sixième; et cette erreur de livre vii se retrouve à chaque page dans le titre courant. »

Les variantes qu'on peut attribuer à l'auteur lui-même, c'est-à-dire que fournit la comparaison des éditions venant de lui, antérieures à sa dernière, sont peu nombreuses, et, la plupart, peu importantes. Si, avant la publication première, il corrigeait très-soigneusement ses fables, s'appliquait à faire disparaître jusqu'aux moindres fautes typographiques, substituant même des cartons aux pages qui en offraient de trop choquantes, il ne leur a fait subir que peu de changements après qu'elles eurent vu le jour.

Voici une indication sommaire, suffisante ici, des éditions

que nous avons rapprochées, en relevant les différences, du texte définitif (la Notice bibliographique donnera les titres complets et les détails utiles sur chacune d'elles) :

Pour les six premiers livres, les deux éditions de Paris, 1668, l'une in-4°, en i volume, l'autre in-12, en 2 volumes; et une réimpression, 1669, de cette seconde.

Pour les huit fables suivantes : vii, 8, viii, 3, VIII, 9, Ix, 4, ix, 9, ix, 16, ix, 17, ix, 18, l'édition de Paris, 1671, où elles parurent pour la première fois avec un grand nombre d'autres morceaux.

Pour tout l'ensemble des onze premiers livres, à l'édition définitive de Paris, dont les tomes I à III sont de 1678, le lome IV de 1679, nous avons comparé la réimpression de Paris, 1682, et une autre de 1692, faussement datée de 1678-1679. Afin de distinguer la véritable édition de 1678 de la réimpression avec fausses dates, nous avons désigné la première par 1678 A, la seconde par 1678 B.

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