Page images
PDF
EPUB

forrec de

parti qui mérite la préférence, suivant Je me suis fervi de tout ce que j'ai que je m'y trouve engagé par le sujet trouvé conforme à mon dessein, tant que je traite,

chez les anciens que chez les modernes: Jean-François Pic comte de la Mi- & je puis, ceme semble, dirz avec Liprandole & Agrippa, (auquel je n'ai nul se [f]; que G j'ai ramaffé de câncé & le intention de me conformer) ont exé d'autre les matéreaux, j'ai donné à l'ém cuté un dellein à peu près semblable à difice sa construction & la forme. celui-ci; le prémier dans son ouvrage

En citant les auteurs, je n'emploie les De lama [d] de l'examen des sciences, le second termes que le refpect ou la policelle joi, nière unidans le livre qu'il a composé [e] de la van gnent aux noms propres ou aux digni- Citer nité des sciences. Ils ne parlent qu'aux tés, que lorfque ceux dont je parle, sçavants, ils marquent fuccinctement sont vivants. Je traite touts les morts les exemples de l'incercicude & des con- sans cérémonie , dont je ne doute pas tradictions , qui fe crouvent dans les qu'ils ne nous dispensent également. sciences, Ils supposent le lecteur allez Je crois qu'aucun auteur ne s'avise inftruit pour juger des différentes opis aujourd'hui d'ecrire monsieur de Brannions, dont ces deux auteurs ne para come, ou S. E. monfeigneur le cardinal lent que fuperficiellement. J'ai suivi Mazarin , ou S. A. R. Galton, en parune route différente : j'entre dans un afa lant de Gaston de France duc d'Orlefez grand décail des sciences, pour met- ans, frére de Louis XIII. tre un lecteur qui n'y est pas verfé, en On regarderoit comme une affecta. écat d'apercevoir l'empire que l'opinion cion de dire M. de Bully , en parlant de y exerce. J'en explique les principes; Buffy-Rabutin, ou M. de S. Évremond je rapporte les fentiments, des auteurs & je ne comprends pas pourquoi ondea les plus estimés, avec toute l'écenduë vra plûtôt dire M. Racine ou M. Dela nécessaire , pouren donner une idée ju- preaux , que M. Quinaud ou M. Corfte & compléte, & souvent dans les pro- neille. pres termes dont les auteurs se sont fer Bully & Ş. Evremond étoient deux vis. J'ai espéré par là de m’accommom hommes de condition, & le prémier ader à toute force de lecteurs; aux sça- voit une grande charge. Ils sont prefvants qui retrouvent avec plaisir dans que nos contemporains; le premier est un seul ouvrage des opinions, dispersées, décédé en 1693. le second en 1703. P: dans un grand nombre de volumes; & Corneille est mort en 1684. on trouvea à ceux qui n'aïant donné aucune applia roit fore extraordinaire qu'un auteur cation aux matiéres dont je traite, peun cicão M. Corneille. Mais ce citre refusé vent par cette unique lecture , s'en for, à l'âiné, doic-on le donner à Thomas, mer une idée, en acquerir même l'in- Corneille son cadet quia vécu jusqu'en telligence, & juger des opinions qui 1709? ont été débitées,

Jansenius [8] évêque n'a jamais joui

[dJoan. Francisc. Picus Miranda!a , de

riam variè undique conduxi. Nec araneaexamine doftrina gentium,

rum sane textus idco, melior, quia ex se fi[e] Henricus Cornelius Agrippa , de vania la gignunt; noc nofter vilior, quia ex alier Fare folentiarum.

nis libamus, ut apes. Juft. Lipf. ad capur 1 If]Lapides & Hgna ab aliis accipio:aa lib. 2. do&trine civilisa dificii tamen extructio & forma tota nof [g] Cerne obfervation, autant que je puis tra el. Archite&us ego fum, led maten m'en souvenir, eff rirée du Menagianne

du monsieur, qui selon les apparences montant de proche en proche traiter de sera continué long-temps à M. Arnaud la même maniére tous les noms cités: Simple docteur.

Quelles idées les étrangers peuventOn peut appliquer à ce sujet ce que ils se former à ce sujet? & la portérité me dit Horace[hida relief que l'ancienneté sera-t-elle pas engagée dans des anadonne aux poëmes.Elimerons-nous an- chronismes, qui auront un fondement cien, demande-t-il , celui qui est éloi- très raisonnable, en regardant comme gné d'un siécle ? Oui, la révolution d'un plus ancien celui qui est cité fimple. liécle donne l'ancienneté à juste ti- ment par son nom ? tre. Mais celui à qui il ne manque qu' Il n'eft donc pas inutile, ce me sem. un mois ou qu'un an descent années, ble, de suivre une régle générale, pour le regarderons-nous comme privé des affranchir les gens de leccres de la bizar, avantages de l'ancienneté? Il ne faut rerie d' un ulage, qui traite certains pas s'arrêcer à cette bagatelle, celui-la noms, avec plus de politelle que d'aueft encore au nombre des anciens. J'u- tres, sans leur accacher aucune préro. fe insensiblement de la même permil gative de noblesse ou de dignité,& quoi. fion, & retranchant peu à peu tout ce que ceux , dont on parle avec plus ou monceau d'années, comme si j'arra. moins de cérémonial, foient également chois les crins d'une queuë de cheval modernes. l'unapres l'autre, je fais sentir à celui qui A l'égard des personnes de l'autre le mesure son goût par l'ancienneté, qu'il xe, comme c'est une nécessicéde les di. bâcic sur un fondement ruincux. stinguer; j'emploie les termes de mada

J'avouë qu'en général on ne peut me ou de mademoiselle, toutes les fois marquer trop de policelle : mais n'exi• que leur nom de baptême n'est pas prége-t-elle pas que nous évicions des die sent à ma mémoire, ou lorsqu'elles sont stinctions qui ne sont fondées ni sur le connuës & citées par les noms de leurs mérise des ouvrages, ni sur la dignité maris. Je dirois donc mademoiselle Scudes personnes, ni fur l'ancienneté des déri ,& madame des Houliéres, ou maauteurs? Ne faudroit il pas même qu'il dame Dacier,quand elles auroienc deux y eût des limites bien réglées , pour cents ans de plus d'ancienneté. pouvoir se déterminer par quelqu'une Lorsque j'appelle simplement par de ces conGdérations?

leurs noms couts les auteurs qui sont Si je n'ai pas des bornes prescrites,au. décédés, je déclare que c'est par respeet delà desquelles je fois dispensé de cer. pour ces illustres morts. Leur gloire cainségards, n'y a-t-il pas une sorte de consiste à vivre dans le souvenir & dans présomption de retrancher ces égards à l'estime des hommes; & il me paroît quique ce sojt , & ne dois-je pasen re- beaucoup plus convenable de suppri

[h] Eft vetus atque probus centum qui neste, perficit annos.

Qui vel menfe brevi, vel toto est juQuid? qui deperiit minor uno mense nior anno. vel anno,

Utor permiffo,caudæque pilos ut equinæ Iater quos referendus erit? veteref Paulatim vello, & demo unum, der ne poëtas ,

mo etiam unum, An quos & præsens & poftera respuit Dum cadat elusus ratione ruentis acervi, ætas?

Qui redit ad faftos, & virtutem æfti Ite quidem veteres inter ponetur ho- mat annis. Hor, lib. 2. epift. 1.

mer unedistinction, qui peut en quel, à fortifier son ame contrë les coups de
que façon blesser leurs mémoires.

la fortune.

Aristippe disoit [d]que quand toutes les loix seraient supprimées , le phi

losophe ne changeroic rien à la manière
CHAPITRE SECOND. de vivre.

A la vérité, il faut connoître bien
De l'usage de la science . peu les hommes pour s'imaginer,com-

me Plutarque [e], que sans le frein des
SO M M A I RE. loix,les préceptes moraux d'un Parmé.

nide, d'un Socrate, d'un Héraclite,d'un
1. Avantages de la science. 2. Qxelle Platon, auroient assez d'efficace pour

est la véritable science . 3. De fon ufa- entretenir l'ordre & la paix.
ge. 4. De l'intempérance des lettres. Il se trouve peu de ces sçavants [f]
f. Exemples du grand fçavoir joint qui regardent les belles maximes, dont
aux occupations les plus laborieuses ilschargent leur mémoire, comme des
des emplois. 6. Quifone ceux qui ont régles de leur conduite , & qui travail-
le plus de besoin de la lecture . 7.Bono lent plus a former leur cour qu'à or-
heur des gens de lettres . 8. Dangers ner leur esprit.
des sciences. 9. Lesçavoir aujourd'. Leur curiofité est un écueil : ces li.
hui pex eftime:

vres qu'ils dévorent (8) avec une avidi.

té insatiable , ont dabord le goût du A science corrige les défauts de l'ef- miel, mais ils se tournent ensuite en Avantages

pric humain [a], qui se trompant amertume, lorsqu'ils apperçoivent les de la scien lui-même sur ses véritables intérêts, s'at- difficulces & le vaide des sciences,

cache plûtôt à l'apparence & à l'opinion Quelle est donc la vraie science, dit
qu'à la vérité.

Isocrate [b] ? c'est de supporter avec

Quelle est
C'est une nourriture falucaire [b]de tranquillité les événements de la vie, la vraie
l'esprit , pour touts les âges. Elle doit de conformer la conduite à la Gituation icicece.
le remplie d'une ferme résolution de ne où l'on se trouve; c'est de traiter les
s'écarter jamais de ses devoirs. c'écoit hommes avec justice & bienséance; de
la fin qu'Helvidius se proposoit [c] dans souffrir patiemment leurs injustices &
ses écudes : il ne cherchoit pas à orner leurs défauts, enfin de ne se laisser ni
son loisir du titre de la philosophie mais amollir par la volupté, ni accabler

par
[4] Τυφλώττει γαρ ο ανθρώπειος νυς αρος φιλόσοφοι , έα, εάν πάντες οι νόμοι ανευρε-
την συμφέροντος ϊνσως αίσθησιν ειχασμό και θώσιν ομοίως βιώσομεν, Dios. in Latre in
σολασμώ μάλον, η επιστήμι 2 ρήσθαι δυ- Αriffipp.
YaLLSVOS Phil. Iud. de legar ad Caium. [ Plutarch.adzer Color.
[6] ... petite hinc juvenesque senesque [f] Quotus quilque philosophorum in.
Finem animo certum, miserisque venitur, qui disciplinam fuam non often.

viatica canis. Perf. Sat. s. tationem scientiæ , sed legem vitæ pu.
[c] Ingenium illustre altioribus ftudiis tet? Cic. Tuscul.queft,lib. 2.
Helvidius dedit, non ut magnifico shi [8] Accepi librum,.& devoravi illum:
lotophiæ nomine legne otium velaret, & erat in ore meo tamquam mel dulce:
sed quo firmioradverlus fortuita rempu- & cùm devoraffem eum , amaricatus
blicam capefferet. Tac. bift lib.4.

eft venter meus. Apocal c, 10.
[3] Ερωτηθείς ππε τι πλέον έχεσιν ει [1] Ifocr. Panashi

L

ce.

De l'inten.

De con ula

par la mauvaise fortune, ni enyvrer de, peut en se renfermant dans la scien.
par la prospérité.

ce la plus conforme à son inclination,
La plus ancienne des bibliothéques, rendre son travail utile au public par
au rapport de Diodore de Sicile, a été de nouvelles découvertes.
celle d'Olymandias roi d'Egypte. On Il y a une sorte d'intempérance [n]
lisoit sur le frontispico de cette biblio- dans les lettres. Rien n'est plus miséra. pérance des
théque []), Remédes pour les maladies ble, dit l'Empereur Marc Anconin [a] lettres.
de l'amc.

qu'un homme qui veut tout connoître Tel doit être l'usage de nos lectures. & tout embraler , & qui non content Soïons bien persuadés [k] que l'hum- de fonder les abîmes de la terre, veut ble connoillance de nous mêmes eft encore par ses conjectures pénétrer dans préférable à toute la profondeur de la l'esprit des autres hommes, sans se fouscience humaine.

venir qu'il lui doit suffire de connoî:
Sans cet usage de la science , elle tre cette divinité qu'il a au dedans de
n'est [/] qu'une grande & dangereuse lui, & de lui rendre le culte qui lui est
illusion.

dû. Le culte qu'elle demande , conliste
Appliquons nous à acquerir cette à la tenir libre de passions, à la garan-
connoissance de nous mêmes, à deve- tir de la témérité, & à faire qu'elle
nir meilleurs, à vaincre les pallions, ne soit jamais fachèe de ce que font les
dont nous sentons bien que nous avons dieux ou les hommes. Car ce que font
le plus à craindre , à nous rendre [m] les dieux merite nos refpe&ts, à cause
capables d'exercer nos emplois , & à de leur vertu, & ce que font les hom-
nous acquiccer de touts les devoirs de mes mérite notre amour, à cause de la
la condition où Dieu nous a placés de la parenté qui est entre nous.
maniére la plus avantageuse à la lo Une lecture vaste [p] n'a rien que
ciété.

de superficiel & d'infructueux.Arrêtons
Celui que sa fituation n'appelle pas nous aux auteurs excellents [9]. Leur
au service de la patrie, & qui est porté commerce formera peu à peu notre
par son penchant à la retraite& à l'éru. façon de penser. La foule des livres r]}

B

[ocr errors]

Luxñig i ett prior. Diod. Sic. lib. 1. nion de croire qu'il dépend de nous de re.
· [k] Humilis tui cognitio certior via eft nir une divinité libre ! Le pallage est tiré
ad Deum , quàm profunda scientiæ in des réflex, de M. Anton. liv. 2. 5. 13. rra.
quisitio. De imit. Chrifti, 6.3.

du&t. de Dacier.
[?] Ingens fabula, & longum menda [p] Illud vide ne ista lectio multorum
cium. S. Aug.confef. 4.

autorum , & omnis generis voluminum
[] quem te Deus effe

habeat aliquid vagum & inftabile. Cer: Juflit , & humanâ quâ parte lo. tis ingeniis immorari & enutriri oporcatus es in re.

Pers, Sar. 5

tet, fi velis aliquid trahere, quod ina. Η", έλαχες , Σπάρταν κόσμο. Εra/m. nimo feliciter hæreat. Sen.epift. 2. Adag.chil, 2. centur. 5. proverb. 1.

[9] Optimis affuefcendum eft , & mul-
[n] Quemadmodùm omnium rerum , tâ magis quàm multorum lectione fir-
fic litterarum quoque intemperantia las manda mens, & ducendus color. Quintil.
boramus. Sen. epift. 106.

[r] Onerat discentem turba , non in-
[o] c'est norre ame que l'Empereur Marc Atruit. Satiùs est te paucis autoribus tra-
Antonin entend , par cerre divinité qui han dere, quàm errare per multos, Sen. de
bite nu-dedans de nous . Au milieu d'une tranquill, anim. c.9.
Thorale sublime , quelle extravagante opia

[ocr errors]

ne fait que charger la mémoire, sans grés dans les sciences, ou même de laisser rien de solide,

l'explication de la sainte écriture, mais C'est retressir la capacité de l'esprit de son zéle pour le bien public, de l'en[s] que de le disliper par des occupa- gagement où il étoit entré de rendre la tions vaines & indignes de lui. Un justice au pauvre comme au riche , & homme qui met son écude à parcourir de l'attention qu'il devoit donner à ré. avec rapidité un grand nombre de vo- primer les abus de la chicane. lumes, ressemble au voïageur qui pal Il s'est crouvé quelques genies assez

Exemples fe dans des contrées fort étenduës, heureux, pour allier les connoissances d'un promais sans connoître les mours des peu- les plus étenduës, aux devoirs austé- fond îça. ples, & sans apprendre leurs loix. res de la magistrature. Tiraqueau con. aux occu

La science ne consiste pas à sçavoir feiller au parlement , Budé & Gaulmin parions les beaucoup, maisà faire un bon usage de maîtres des requêtes, & Jerôme Big. ficules des ce qu'on 1çait .

non premier du nom avocat général emplois. Nous devons surtout prendre garde ont trouvé le temps de devenir les que l'intempérance des lettres ne nous plus sçavants hommes du monde, au détourne des devoirs essentiels. Gro. milieu des fonctions laborieuses de tius qui étoit redevable de son temps leurs charges. La science met le comaux emplois publics dont il étoit char. ble à l'éloge du magistrat . Quel se. gé, s'est attiré de justes reproches, cours n'en tire-t-il pas ? On disoic du pour avoir trop suivi le goût qu'il chancelier de l'Hôpical que la sevérité avoit pour les sciences, & s'être par là de la justice écoit temperée en lui, par distrait de les devoirs essentiels. Cicé. l'humanité des belles lettres. ron dit que l'étude de la philosophie Quand on considére les écrits, qui n'a jamais rien pris sur le service qu'il avoient été laisses à la pofterité,par Cadevoit à la république, mais qu'il ne ton le censeur, Varron, Cicéron, César, pouvoit être prive sans injustice de la Brutus, Pline, Sénéque', eux qui pour fatisfaction d'emploïer à cette étudele la plâpart étoient d'ailleurs fioccupès, temps, que les autres donnoient à des & avoient tant de part aux affaires de promenades , à des repas, & à d'autres leurs temps, on a peine à comprendre, parties de plajsir.

comment ilsont pû suffire à tant de difJ'ai connu un magistrat , qui s'étoit ferents travaux : On disoit du garde jecté dans les plus profondes recher- des sceaux de Marillac, qu'il y avoic ches en tout genre de littérature. Il pour lui plus de 24. heures à la jourpossédoit les auteurs Grecs & Latins, née. Le Cardinal de Richelieu, au miquand il forcit du collége : il avoit ap- lieu de sesgrandes occupations, a compris l'Hébreu en moins de quatre mois. mencé une histoire de Louis XIII. Quelques années après qu'il fut entré Il a composé son testament politique, en charge, il me témoigna que son at- & il a travaillé à plusieurs piéces de tachement à ses devoirs lui avoit fait chéatre. Il y avoit plus de cinq cents quitter les études , pour lesquelles il yers de la façon, dans la comédie in avoit eu une extrême ardeur ; qu'il titulée : La grande pastorale. étoit responsable, non d'un grand pro Ceux qui négligent le plus la lec

[s] Hoc habet ingenium humanum, vacuis & futilibus fe atterat. Verulam. ut cùm ad folida non suffecerit , in de augm. fcientiar.

« PreviousContinue »