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19.

plusieurs vers d'un poëme en 350. vers, n'est pas permis d'en emploïer deux de Intitulé Pugna porcorum [g]dont touts suite. Jes mots commencent par la lettre P. On Le goût de la poë sie a fort varié; les voit au même endroit quelques vers épithétes d'Homére sont fort simples & dans le goût. d'un poëme d'environ 1200. vers, inti- prises dans la nature, il appelle sans fatulé Cbriftus crucifixus, dont touts les çon la nége blanche , le fait doux, le mots commencent par la lettre C. feu ardent. Ovide [s] a emploïé des

Un poëte pour critiquer le Tale, fit épithétes brillantes , & qui font autant un poëme de la Jérusalem ruinée, où il de pensées. Les auteurs qui sont venus s'assujettit au même nombre de vers & depuis, ont cherché des antithéles & aux mêmes rincs,qui composent le poë- des pointes. me du Tafie de la Jérusalem délivrée. Ce mauvais genre d'écrire a été C'est un petit ouvrage fort connu que poussé à l'excés. Benfierade disoit sur le Centon (r) nuptial d'Ausone , tiré de le déluge. Virgile. L'Impératrice Eudocie a fait la vie de Jésus-Christ en centons d'Ho- Dieu lava bien la tête à fon image. mére,Proba Falconia a composé un poë- Thysbé dans Théophile dit du poime qui comprend une partie du vieux gnard de Pyrame: & du nouveau testament, où il n'entre que des centons de Virgile. Lælius & Ah ! voici le poignard, qui du fang de son Julius Capilupi ont excellé dans ce gen- maître re de poësies , où ils se sont éxercés fur

S'est fouillé lachement, il en rougit le

traître. plusieurs sujets. Etienne de Pleurre cha. noine régulier de Saint Vi&or a traité Racan fit ces deux vers sur une berquelques sujets de piété en centons de gére dans un bois. Virgile. Son ouvrage est approuvé de deux docteurs de la Faculté de Théolo. Quel miracle de voir en ce lieu triste &

fombre gie de Paris, qui disent dans leur ap- Une déesse en terre,& le foleil à l'ombre! probation que cet auteur a fait des couronnes à Jésus-Christ & aux Martyrs C'est une piéce originale que le počde l'or de l'idole de Moloch. Suivant les me de la Magdeleine [1]. Les yeux régles qu'Ausone a préscrites sur les de la pécheresse pénitente y font des centons, on peut partager un vers en chandelles fonduës : de moulins à vent deux, ou l'emplorer tout entier, mais il ils deviennent des moulins à eau : fes

H 3

[9] Ce poëme eft d'un Allemand apellé Pe- Votre haine est d'un prix inestimable, s'il trus Porcius , autrement Petrus Płacen. vous en coure la vie, pour me fuir. Mais les tius.

anciens poëte's Grecs n'euffent jamais appellé [] Cento signifie en latin un habit plein de une haine prérieufe. Quoique Velleius Paterpiéces.

culus ne soit pas poëte , nous pouvons citer ici [s] On ne peur nier qu'il n'y ait beaucoup une épithéte de cer dureur, qui roure recher. d'esprit dans ce dystique de l'épitre de Didon chée qu'elle eft , présente une belle idée. C'est à Enée,

lorsque parlant de Domitins, il l'appelle un Exerces pretiosa odia & constantia homme d'une éminente simplicité, Eminenmagna ,

tiflimæ fimplicitatis virum. Si dum me fugias , eft tibi vile [r] Le P. Boubouts, maniére de bien pena mori,

fer, dial, 2,

tresies blondes, dont elle efluïe les piés preaus (y) allûre au contraire quc

les de Jésus-Christ, font un torchon doré: pointes vinrent d'Italie : elle-même est une fainte courtisanne qui n'eft plus un chaudron sale & tout Jadis de nos auteurs les pointes ignorées neir : les larmes d'un Dieu ne sont que Furent de l'Italie en nos vers attirées; d'eau de vie: Jésus-Christ est un grand A ce nouvel appas courut avidement.

Le vulgaire ébloui de ce faux agrément opérateur qui eut l'adresse d'ôter les ca. La faveur du publicexcitant leur audace, taractes des yeux de Magdeleine, & Leur nonibre impétueux inonda le Parl'Hercule qui netcoïa l'étable de fon

nafle....

Un héros sur la scéne eut soin de s'en ceur. M. Muratori[u] soûtient que c'est de Et fans pointe un amant n'osa plus fou

parer. France que le cavalier Marin apporta pirer. en Italie le mauvais goût des pointes.M. On vit touts les bergers dans leurs plaintes le marquis Jean-Joseph Orfi defend les nouvelles auteurs de la nation [*] contre la criti. Fidéles à la pointe encor plus qu'à leurs

belles... que du pére Bouhours : il observe que La raison outragée enfin ouvrit les yeux , ce pére, dans la maniére de bien penser, La chassa pour jamais des discours sérieux. n'a nommé Pétrarque qu'une fois en passant, & qu'il cite souvent le cavalier Le bon goût & la critique sont venus Marin & plusieurs autres poëtes Ica- à bout de bannir les pointes des ouvra- plus infupe liens encore moins estimés; que parmi ges d’esprit;mais parviendra-t-on jamais portable les auteurs Italiens, qui ont écrit en à détourner de faire des Vers,touts ceux médiocre . prose, il ne s'attache qu'à ceux qui n'ont à qui la nature n'a pas donné ce beau aucune réputation. Il reléve une bévûë feu qui fait les poëtes ? C'est un métier énorme d'avoir attribué à l'Arioste, ces [z] dont chacun croit pouvoir se mê. deux vers qui sont du Bornia. ler , quoique rien ne foit plus [a] in

supportable qu'un poëte médiocre. Così colui del colpo non accorto, • Andava combattendo, ed era morto.

Caculle faisant réponse à Licinius

Calvus célébre orateur qui lui avoit en. Et d'avoir critiqué comme placée dans voié pendant la fête des Saturnales de un poëme héroïque, une pensée fort trés-méchants vers d'auteurs inconnus, convenable à un poëme burlesque.Der le menace [b] en raillant de chercher

20. Rien n'est

[w] Dans son traité : Della perfetta poë. fia Italiana spiegata e dimostrata con v2rie offervazioni.

Scribimus indocti doctique poëmata

[x] Le livre de M. le Marquis Jean-Joseph Orfi eft intitulé : Considerazioni sopra un famoso libro Franzese intitolato , Lamaniere de bien penser dans les ouvrages d'esprit.

[y] Desprearx, Art poëtiq.chant 2.
[<] Navem agere ignarus na vistimet :

abrotonum ægro
Non audet, nisi qui didicit, dare:

quod medicorum eft,
Promittunt medici : tractant fa-

brilia fabri,

paflim. Horat. lib. 2.epift. . [m] .... Mediocribus effe poëtis Non di, non homines, non concer.

fere columnæ. Hor. Sæcli incommoda peffimi poëtæ.

Car.
[6] Nam fi luxerit, ad librariorum

Curram fcrinia. Cælios, Aquinos,
Suffenum , omnia colligam vene-
Ac te his suppliciis remunerabos.

CAT.

na,

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. Liv. I. 63 touts les ouvrages de Cælius,d'Aquinus, imication servile [f] est méprisable, ceffaise & de Suffenus pour lui en faire présent. autant il est avantageux de se former fe&ionnar Sofez plûtôt maçon[c],si c'est votre talent, tres auteurs ont profité des exemples

surl es grands modeles. Les plus illuf mecube

pacucel. Ouvrier estimé dans un art nécelaire, Qu'écrivain du commun, & poëte vul- [8], & s'y sont conformés

. C'est princi. gaire.

palement dans l'antiquité, qu'on peut
Il est dans tout autre art des degrés diffé. trouver le simple joint au sublime.

rents,
On peut avec honneur remplir les seconds CHAPITRE SIXIEME.

rangs.
Mais dans l'art dangereux de rimer & d'é.

De l'Histoire .
crire ,
Il n'est point de degrés du médiocre au

SOMMAIRE.
pire:

1. Peu de vérité à esperer de l'histoire, 2• Qui dit froid écrivain,dit détestable au

L'histoire a suivi le génie des peuples. teur

3. De l'amour de merveilleux. 4. DeIl ne suffit pas pour être poëte de sça- voirs de l'histoire. 5.Sincerité de quelvoir tourner un vers[d]. Celui-la seul ques historiens.6. Historiens remplis de en mérite le nom qui a l'esprit rempli fables. 7. Des anciennes chroniques.8. d'un enthousiasme divin , & qui est ca- Pyrrhonisme outré sur l'histoire. 9. . pable de s'élever aux plus grandes cho- cits de batailles qui paroissent incroëtles: celui dont la poësie ne consiste pas bles. 10. Du traité des parallèles de dans la mesure & dans l'arrangement Thistoire Grecque & Romaine. 1 1. Die des mots [e], mais dont les vers inter- versité d'opinions sur les faits les plus vertis, & mis en piéces feroient recon- célébres.12. De la bonne critique de l'his noître en cet état des talents inspirés stoire.13.Fruit de l'étude de l'histoire, par Apollon & par les Muses.

Un beau naturel se perfectionnera TEst une réflexion trés-sensée de let:de des

1.

Pea de véria uciens né- par l'étude des anciens . Autant qu'une Plutarque [a] dans la vie de Péri- rité a efies

rer de l'hi.

ftoire. [c] Desper, art. poëtiq.chant. 4.

Invenias etiam disje&i membra [d] ..... neque enim concludere ver

poëtæ. Hor. lib. 1. Sar.4. sum

[f] O imitatores servum pecus , ut Dixeris effe fatis : neque,

mihi fæpé
scribat, uti nos ,

Bilem, sæpe jocum vestri movere
Sermoni propiora, putes hunc effe

tumultus! Hor.
poëtam.

[8] Virgile A emprunté beaucoup de beau. Ingenium cuisit,cai mens divinior, tés d'Homére deo de Théocrite. Homére a de atque os

crit le Bouclier d'Achille . Hom. Il. 17. Héfioa Magna sonaturum; des nominis hu- de a décrit le bouclier d'Hercule . Hefiod. in

jus honorem. Hor. lib. 1. Sat.4. Aspid. C'est à leur exemple que Virgile a fair [c] ..... eripias fi

la défcriprion du Bouclier d'Enée ; que le TalTempora certa , modosque, & quoi se a gravé les destinées de la maison d'Ef sur

prius ordine verbum est, le bouclier de Ronand; do que dans les avanPofterius facias , præponens ultima tures de Télémaque, le bouclier de ce jeune primis;

héros présente un tableau qui est une copie
Non , ut fi folvas, poftquam discos. achevée du bouclier d'Achille dans Homére.
dia tætra

Les descentes aux enfers d'Enée da de Télé-
Belli ferratos postes, portafque re. maque font imitées de l'Odyssée, ecc
fregit;

[w] Théolore Gaza qui vivoir dans le

al.

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fi quis

clés, qu'il est fort difficile ou même im- [f] qui se livre sans réservé au prémier possible d'apprendre & de discerner le venu pour la plus vile récompense. vrai par la lecture de l'histoire. Car fi Velleius Paterculus rempli de fâteelle est écrite aprés plusieurs siécles,elle rie pour Tibére & pour Séjan a plâcôc a contre elle l'antiquité des temps qui composé des panegyriques qu'une hisJui dérobe la connoissance des choses toire. Zozime se laisse emporter à la passées ; & fi elle eit écrite du vivant passion contre Constantin: Eusébe flatre de ceux dont elle parle, la haine [b], toujours cet Empereur. Tite-Live fal'ensie,ou la flaterie la portent elle-mê, vorisoit ouvertement le parti de Pomme à corrompre & à déguiser la vérité. pée [8 3. Auguste l'en plaisancoit, & N'est-il pas vrai-semblable que les hil.

les bil. ne l'en aimoit pas moins. Dion étoit coriens [c] ont Alâté leur nation, qu'ils trop partial pour César. ont négligé ceux dont la postérité étoit L'histoire [b] est un présent qu'on éteinte, ou dans un état obscur, & ne doit faire qu'à la posterité. Boccalia qu'ils ont au contraire élevé les noms [1] conseille de n'écrire que ce qu'on de ceux dont ils pouvoient attendre des a vû, & de ne le donner au public qu'arécompenses? combien de motifs d'al- prés sa mort.En supposant l'imparcialitérer [d] la verité? Tacite a beau pro- ić, qu'on ne doit pourtant pas espérer, tefter qu'il n'a aucun sujet de préven- chaque historien ajuste l'histoire à son tion favorable ou de haine : le lecteur charactére particulier: Salluste eftmodéfiant ajoûtera plus de foi à Strada qui ral, Tacite cst politique, Tite-Live est dit , que pour être bon historien,il fau. superficieux & orateur. Touts nous droit n'être d'aucune religion, d'aucun veulent apprendre les causes des événepaïs, d'aucune profeflion, d'aucun par. ments, ignorées nonseulement des conti, c'est-à-dire, n'écre pas homme. temporains, mais de ceux mêmes qui

On seroic fort simple, dit S. Réal, ont eu part aux affaires. [e] d'étudier l'histoire avec l'esperance La Gréce étoit fi fertile en historiens d'y découvtir ce qui s'est passé : c'est que plus de trois cents auteurs se renbien afscz qu'on sçache ce qu'en croient contrérent dans la description d'une tels & tels auteurs; & ce n'est pas tant seule bataille. Lucien [k] compare la l'histoire des faits qu'on doit chercher passion des Grecs pour écrire l'histoire, que l'histoire des opinions des hommes à la maladie épidémique des Abdéricains Clio celle des Muses qui préside à l'his- qui ressembloit beaucoup à la folie. toire, a été nommée une courcisanne Toucę l'histoire ancienne à éré pref.

qu'en

quinziéme siécle dijoit, que s'il se trouvoir dans la nécessité de jerter tours les auteurs anciens dans la mer, à la réserve d'un seul, il fauvercit Plutarque,

[6] Tiberii, Caiique & Claudii ac Ne. ronis res , forentibus ipfis : ob metuin fallæ, poft quam occiderant , recentibus odiis compofitæ funt. Tac.

[c] Datur hæc venia antiquitati, ut miscendo humana divinis, primordia urbis augustiora faciat. Tit Liv.

[d] Veritas pluribus modis infracta ,

libidine afsentandi, aut odio adversùs dos
minances Tac.

[e] S. Réal, cuvr post.
[/] Scortum triobolare.

[s] Titus Livius eloquentiæ ac fidei
præclarus imprimis, Cn. Pompeium tan-
tis laudibus tulit, ut Pompeïanum eum
Auguftus appellaret : neque id amicitiæ
eorum effecit, Tac. annal. lib. 4,
[h] Lucien, comm. il faut écrire l'hift.

Boccalin.ragguagl. di Parnal
[4] Lucien, comm, il faut écr, l'hit.

Il doire a Loi le

qu'entiérement défigurée par les Poës pas, qui font celles des Chinois, des tes , qui ont fait un mélange continuel Scythes, des Arabes, & des Turcs. de leurs fi&tions avec la vérité, comme Malgré l'obscurité de l'histoire à cec on peut voir () par l'histoire de Ju- égard, je ne crains point d'avancer que piter & de toute la famille des Titans; le roïaume de la Chine l'emporte fur. par celle d'Isis, de Médée, de Didon, celui d'Affyrie par la durée, par le d'Hercule ; par l'expédition des Argo- nombre de ses peuples, par la fageffe nautes; par le siége de Troïe; .& par de son gouvernement, par l'étenduë Une foule d'autres exemples.

même de ses limites. Que les conquê. Il est aisé de s'appercevoir que l'hiss tes d'Almanzor qui ont compris l'Ara

toire a bien plus luivi(m) le génie des bic , l'Egypte, touts les pais septengöre des peuples que la vérité ou l'importance trionaux de l'Afrique jusqu'à l'Océan propose des événements. Toute cette science de Occidental , & presque toute l'Espa

l'histoire celle que nous l'avons, est le gne, ont été poussées plus loin que celfruit du goût que les Grecs ont eu pour le de Cyrus: que les conquêtes d’Aléécrire & pour concer. L'histoire de l'an. xandre ne peuvent être comparées à tiquité ne nous a transmis que ce qui a celles de Tamerlan issu de la Scychic rapport aux Grecs , & aux Romains, Orientale. Ce conquérant foûmit une qui les ont imités depuis. Car sans par- partie de la Chine ; s'ouvric un passage ler des païs découverts depuis ces der- par la Tartaric & la Moscovie , pour niers siécles, des empires du Méxique, délivrer l'Empereur de Constantino& du Pérou , fi étendus , fi peuplés, fi ple; & triompher de Bajazeth ; & s'en magnifiques , fi riches , dont nous retournant il augmenta la domination ne connoiffons pas l'histoire, celle des de la Syrie, de la Perse, & des Indes. autres peuples n'a été tirée de l'oubli Quelle Sécheresse d'histoire sur ces qu'autant qu'elle a eu quelques liaisons nombreux esains de peuples trés-puisavec les histoires Grecque & Romaine. sants& crés-courageux fortis de la Scy-, L'histoire prophane n'a presque point thie septentrionale, qui sous différents parlé des Juifs, & on trouve des fautes noms ont démembré tout l'empire Rogrossiéres dans le peu qu'elle en a rap- main en Occident, plusieurs siécles porté. A peine feroit-il parlé des an. avant que les Turcs originaires de la ciens Gaulois, qui avoient étendu leurs Scythie Orientale & des côtes de la mer colonies & leurs conquêtes presque Caspienne, appellés en Alie ou par les dans tout le monde ancien, fans le pil. empereurs de Constantinople ou par lage de quelques temples de la Gréce, les rois de Perse, (car les historiens ne sans la prise de Rome, & les guerres conviennent pas de ce fait ) aïent etaqu'ils ont euës contre les Romains, soit bli sur les ruines de l'Empire Romain e11 attaquant soit en défendant. Les en Orient , & sur celles de l'empire quatre célébres empires des Affyriens, Arabe, une puissance plus formidable des Perses, des Grecs , & des Romains que ne fut jamais toute la puissance Rosont surpassés en étenduë de conquête maine. L'histoire de touts ces peuples & de durée par quatre autres puiffan- li belliqueux & li redoutés elt trés-peu ces que nous ne connoissons presque commuë.

Tom. I.

I

[ Paléphate, Hérodote, Elien , Athénés, M.!'Abbé Banier, doc,

[m] Réfléx, du cher, Temple,

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