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la vapeur qui s'élevoit de la poix bouil- niére de la faire, & décrit les vaisseaux
lante, ils l'exprimoient forcement, pour & les fourneaux, dont on se servoit pour
cirer tout ce qui s'y étoit attaché. Mais cecte distillation. Il ajoute que la ma-
fi la maniére de cirer cette huile fait niére de faire cette même eau, étoit
connoître que les Grecs anciennement déja connuë chez plusieurs peuples. Il
avoient quelque distillation équivalen- enseigne aussi à tirer l'huile de brique,
te à celle qui se fait par l'alambic [7], & même l'huile de camfre.
elle prouve auffi qu'ils n'avoient pas Thadée Florentin , qui vivoit dans
l'usage de l'alambic même ; car s'ils treiziéme fiécle , & Albert le grand
l'eussent connu, ils s'en seroient servis évêque de Ratisbonne', qui vivoit dans
à cet effer.

le même siécle, ont montré par leurs
· La chimie médecinale est encore écrits, qu'ils avoient connoissance de
La partie moins ancienne que la métallique. Les la médecine chimique. Pierre d'Apon,
de la Chi- médecins Grecs [m] du quatrieme fiée surnommé le conciliateur, qui a vécu
mie est la cle. Oribase , Aëtius, Alexandre Tral- jusqu'à l'année 1306. a décrit quelques

an-
sienne. lien, Paul Eginéte, ni même les pré- médicameots chimiques.

miers médecins Arabes du feptiéme fié- Le quatorziéme siécle a été l'âge d'or
cle n'ont rien écrit qui puisse faire soup- de la chimie; on y trouve outre le con-
çonner, que de leur cemps il se fut in- ciliateur, dont je viens de parler, & l'age d'or
Eroduit dans la médecine aucun remé- qui en a vû le commencement, Raineida Chi-
de chimique. Avicenne le plus ancien mond Lulle, Nicolas Flammel, & Ar.
médecin qui parle de la chimie, ne fait naud de Villeneuve. L'ignorance, qui
mention que de l'eau rose . Mefué , qui regnoit encore , étoit excrémément fa-
vivoit vers le milieu du douziéme fié: vorable à cet art. Mais pour donner un
cle, parle aussi de l'eau rose, & distin- précis, concernant les auteurschimi-
gue expressément celle qu’on tire par la ltes qui ont eu le plus de réputation, &
fublimation, de celle qui se faisoit par dont la connoissance influë beaucoup
la simple infusion des roses dans l'eau fur l'idée & l'opinion de la science mê-
commune. Il parle aussi des huiles ex. me, il faut remonter bien plus haut.
primées par la distillation, & renvoie Nous trouvons dans le hoitiéme fié.
son lecteur aux chimistes, l'exhortant cle un Géber que les alchimistes & Pa. Diftes Chis
de les fréquenter, & de prendre leurs racelse lui-même ont appellé le Maître plus célé-
leçons ,

des Maîtres en l'art de chimie. L'abbé bres.
Un autre auteur Arabe , qui écri. Trithéme fait de Géber un roi des In-
voit environ dans le même temps, ne se des, mais c'e£t une fable des souffleurs.
contente pas đe faire mention de l'eau La verité est que Géber étoit Grec de Dc Gober.
rose distillée, il enseigne de plus la ma- nacion, qu'il fut prémiérement Chré-

Le XIV.fic. cle , 2 eré

34.

[1] Du mot grec a'r Big dono se sert Dio. la distillation für connuë , ni qu'on le servir de fcoride, qui vivoir dans le premier siécle de vaisseaux propres pour distiller. On n'en voir l'ére chrétienne ; les Arabes ont fait Ambik, aucune rrace dans les écrits de Pline contem ego par l'addition de leur article, Alambikporain de Dioscoride, ni de Galien , qui a véMais Diofcoride se fers du mor grec ayu Bog pour chenviron 80. ans après ces deux auteurs. défigner le couvercle d'un por ou d'une compe; [m] M. Freind. hift. de la médec, depuis per on ne Iron pas que du temps de Diofcoride Galien,

3).

De Rai.

35. D'féliodo. re.

tien, & ensuite Mahomécan, & qu'il mouvements & du chant des oiseaux,
vivoic dans le huitiéme siécle, environ des vertus des plantes, de la pierre phi-
cent ans après le faux prophéte Maho lorophale, & du moïen de prolonger la
met. Géber n'excella pas seulement dans vie, si bien mis en pratique par l'auteur.
la chimie, il fut li bon astronome qu'il Cardan a transcrit ce dernier traité
réforma plusieurs erreurs dans l'alma. dans son seiziéme livre de la variété; &
geste de Ptolémée. On peut juger de le jugement qu'en a porté [o] ce criti.
l'écenduë de les connoissances, par le ca. que si infensé lui-même, est conçu en
talogue de ses ouvrages, recueillis dans ces termes: Que peut-on penser de plus
la bibliothéque de Gelper.

inepte, que de prétendre enseigner par
Si Géber est parmi les anciens l'au- de simples paroles, ce que Néron n'a
teur le plus renommé enchimie, il n'est pû connoître, ni par tant de dépense;
pas à beaucoup près le plus ancien de ni par cant de sacrifices, ni en faisant
ceux dont on peut regarder les écrits venir des mages du fond de l'Arabie ?
comme allurés. Outre Zofine Pan). Raimond Lulle, & Arnauld de Vil.
policain, dont j'ai déja parlé, Cédréne leneuve sont au nombre des auteurs, mond Lule
[n] rapporte qu'Héliodore évêque de pour lesquels les chimistes ont le plus de le.
Tricca en Thesalie, composa un livre vénération. La connoissance de la pier,
de la maniére de faire de l'or , & qu'il re philosophale fut vraisemblablement
le présenta à l'empereur Théodose. Cet attribuée au premier , parce qu'il fuc
évêque est l'auteur du roman des a. l'inventeur ou le receveur de l'impôt,
mours de Théagéne & de Chariclée. qu'Edouard III. mic sur les laines, qu'on

Etienne le chimiste dédia un traité de transporcoit d'Angleterre dans le BraD'Etienne • la chrysopée , ou de la composicion de bant: Raimond Lulle n'étoit pas

toû. l'or , à l'empereur Héraclius.

jours occupé de chimie , ni de la nou. 38.

On atcribuë deux livres, au célébre velle dialectique, Il se donna de grands phius.

Artephius, dont la très longue vie a mouvements, & fit plusieurs voiages,
passé pour une merveille de l'art. Le auprès des papes , & de Philippe le Bel,
prémier de ces livres, est intitulé, La pour parvenir à la réussite de trois pro-
clef de la sagelle ; il y enseigne les posicions, qu'il avoit fort à cæur; la
moïens de composer la pierre philofo- prémiére, que touts les différents or-
phale: traité au jugement des chimistes, dres de chevalerie fussent unis en une
ū ucile, que Jean Pontanus, un desmême congrégacion; la seconde, que
plus visionnaires parmi eux , avoué les ouvrages d'Averroës, qu'il ne pou-
qu'il n'auroit jamais connu sans lui, voit souffrir, fussent supprimés ; & la
quels doivent être les degrés du feu, troisiéme , qu'on établît de nouveaux
principal agent de la chimie. Le second monaftéres, dans toutes les parties du
livre d'Arcephius craite des characté- monde , où l'on apprit les langues
res des planéces, de la signification des étrangeres, à tous ceux qui voudroient

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376

D'Arte.

[»] Cedren, hift.compend. in Theod. impetrare non potuit, hic verbis funplici.

[•] Quidnam stultiùs excogicari po- bus oftendere promittat? Cardan. de re-
telt, ut quod Nero tantâ impensâ, tot im- rum variel nie , lib, 16,
molationibus , deductis ex Arabia magis,

40.

neuve.

ques Cou

fe consacrer à la conversion des infideles. les étoient gravées en lettres hiérogly-
Il attribuoit ses découvertes à des révé- phiques, sur une pierre de taille, vis-
lations divines.

à-vis du portrait. Cette pierre fut en. Arnauld de Villeneuve passa pour le levée, dit-on, par des Allemands, qui devralda plus habile médecin de son temps. Il vinrent exprès de leur pais, & dont le

sçavoit les langues Grecque, Latine, voïage fut apparemment mal paié. Il
& Arabesque. Il emploioit fort heu- y a un petit traité de chimie, fous le
sement les remédes chimiques; il acquit nom de Nicolas Flammel.
de grandes richeffes, & fut en faveur Jacques Cæur, seigneur de S. Far-
auprès des papes, qui avoient établi leur geau, ne doit pasêtre mis au nombre des De Jac
demeure à Avignon. On dit qu'il fit de auteurs de chimie, mais au nombre de
l'or, en présence de Raimond Lulle. ceux, qui ont parlé pour avoir été pro-
On l'a accusé d'avoir le premier essaié digieusement enrichis parelle. Jacques
la formation d'un homme, par des Cæur, qui dans le quinziéme fiécle,
moïens chimiques.Poftel lui attribuë le gagna de grands biens par le commerce
livre des trois imposteurs ; mais les sça- & par la banque , a eu la réputationen
vants sont persuadés, que ce livre n'a fon temps & depuis , d'avoir possédé le
jamais existé, & qu'il n'a eu de fonde- fecret de la pierre philofophale.
ment, que dans un mot impie de l'em- Paracelse, qui est aujourd'hui le zé.
pereur Fréderic II.

nith & le soleil levant des alchimistes, celle. Le vulgaire a attribué de tout temps nacquit en 1493. à Finfidlen en Suisse, De Nicolas les fortunes éclatantes, à des causes ex. près Zurich. il faifoit gloire de détruire

traordinaires. La pierre philosophale de la méthode de Galien.II apostrophe les
Nicolas Flammel, fuc d'avoir tenu les médecins dans un de ses ouvrages, en
registres des Juifs (8], avant qu'ils fura leur disant [9): La nature entiere vien-
fent challés de France, & leurs biens dra à mon secours, pour m'aider à voier
confisqués dans le même quatorziéme dans le lac de Pilate toute votre astrona
siécle. Flammel, qui avoit la connoif mie, & les éphémérides de vos faignées.
fance de toutes leurs affaires, alla trou- Je veux que mes fourneaux mettent en
ver: leurs débiteurs, & composa avec cendres Esculape, Avicenne & Galien;
cux, à la charge de ne les pas dénon- & que touts les auteurs qui leur ressem-
cer. C'est ainsi qu'il amalla des fommes blent, foient consumés jusqu'aux dernié.
immenfes pour ces temps-là.

res particules, par un feu de réverbére.
Au dessus du portrait de Nicolas Öna raconté de Paracelfe, qu'étant
Flammel, qui se voioic sculpté en pier- allé avec Albert Bafa , médecin du roi
re, au cimetière des Innocents à Paris, de Pologne, pour voir un malade prêt
il y avoit écrit : Je vois a'ici moule mer- à expirer, il commença par inviter ce
veilles. On prétendit que ces merveil- malade à dîner pour le lendemain, &

De Para

47.

[ocr errors]

[p] Bibliorh. de la Croix du Maine, arr. faque adeo alchimia noftra Æsculapium Nicolas, P: 343;

vestrum, & Avicennam, ac Galenum, [9] Quidquid intrà utrumque polum scriptoresque quofcunque alios exurendo continetur, id mihi auxilio erit, ut aftro- in Alkali excoquet, ac in reverberio ad nomiam vestram ac phlebotomandi ephe fæces ufque noviffimas rediget, Parace!. merides in lacum Pilati fubmergam : ip- prafar. Paragrani,

térés.

lui donna en même temps trois goutes ces, & qu'il étoit le monarque de la
d'un élixir dans du vin. Ce qui lui médecine. Un autre a soutenu que
fit passer une crès bonne nuit, & le Paracelse sçavoit tout ce qui peut être
mit enétat de dîner le lendemain avec sçu [w] dans la nature.
Paracelse. On dit qu'il réunissoit sur. Guntherius en porte un jugement
tout à guérir les ulcéres les plus invé- moins favorable. J'avouë, dit-il [x],

que Théophraste Paracelse elt untres
Il faisoit gloire de passer pour ma- habile chimiste, & qu'il a mis dans
gicien ; il se vante dans les écrits [r], ses livres plusieurs excellentes choses;
d'avoir reçû des lettres de Galien datées mais il est facheux qu'il y en ait mêlé
desenfers, & d'avoir disputé dans le un grand nombre de frivoles & de
vestibule de ces lieux ténébreux, con- faulles; outre qu'il a répandu une li
tre Avicenne, sur l'or potable, sur la grande obscurité sur les meilleures,
teinture des philosophes, la quint- qu'il n'y a personne qui puisse entendre
essence, la pierre philosophale, le mi- ce qu'il dit, ni en profiter.
thridate, & la chériaque.

Sennert ( y la moins de ménagement Il se vantoic de pouvoir prolonger la pour Paracelse. Ce patriarche des chivie de l'homme, pendant plusieurs mites, dit-il, n'a nulle méthode dans fiécles, & mourut âgé de 47. ans, en la doctrine , c'est un vrai barbare, qui 1541. [s] Il étoit fort pauvre , ainsi a déclaré la guerre à toutes les bonnes qu'il paroît par son inventaire , quia lettres. écé imprimé avec son testament. S'il · Charles Quint regarda Paracelse sçut faire de l'or, comme les partisans comme un visionnaire , depuis la prol'one publié, il s'est aussi peu prévalu posicion que cet alchimiste lui fic de de la science , pour s'enrichir,que pour l'enrichir par la chimie. prolonger ses jours.

Van-Elmont a eu une grande reputaLes chimistesont dit [1] de Para- tion par cet art chimique. It fut arrêté De Vas. celle, que depuis Noé, aucun hom- [z]dans les prisons de l'inquisition, à me n'avoit approche de les connoiffan- cause du soupçon qu'on eut,que le mer,

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45,

Elmont.

[r] Paracelf. in prafat. Paragrani, in [#] Scivic quidquid in rerum naturs abefauro alchimie.

fuit fcibile. Scheunemannus , in hydro[s] On voit cette épitaphe de Paracelfe, mantia Paracelficá, c. 1.

dons l'église de Sains Erienne de Salzbourg: [ * ] Guns herius, de veteri doo nová Conditur hic Philippus Theophrastus in- medicină tum cognoscendâ tum facienda , lignis medicinæ doctor, qui dira illa vul- 1.1.8.651. nera , lepram, podagram , hydropi. [y] Magnas Chimistarum pater Parafim, aliaque insanabilia corporis conta- cellus cujus philofopbia peccat magna gia mirificâ arte sustulit, ac bona sua præceptorum dysgodia & insolentiâ terin pauperes distribuenda collocanda. minorum, quæ omnibus bonis artibus que honoravit . Anno 1541. die 24. bellum indixit. Sennert de inventorib.& culSeptembris vicain cùm morte commu. torib. Chimia, 6.4. tavit.

[z) Rapin. f. 2. réflex.fur les philosophes, [r] Crelias, Prafat. Chim.

9.15.

veilleux succès de les remédes étoit au ne sont plus fous les mêmes étoiles.1 1. dessus des forces de la nature. Sa mé. De l'expérience prétenduë des astrothode la plus universelle étoit la sympa- logues. 12. Iriyent jamais d'influen. thie & antipathie des simples, & des mi- ces parfaitement semblables. 13.Dé. néraux qu'il entendoit bien.

finition de l'influence. 14. Opinion de Patin compare ceux, qui préten- Paracelse, que chaque homme a deux dent allier Hippocrate & Galien , avec corps. 15. Les propriétés de l'air font Paracelse & Van-Elmont à cet empe

mieux connuës des païsans , que des reur[a], qui avoit dans son cabinet aftrologues. 16. Les astrolognes de les portraits de Jésus-Christ, de Vé- uroient être les meilleurs médecins du nus, & de Flore.

monde . 17. Des qualités des influen. Ceux qui voudront avoir une con- ces. 18. Qualités de la lune , 19.D. noissance plus détaillée des auteurs de Saturne . 20. De Jupiter . 21. De chimie, n'auront qu'à consulter le re. Mars. 22. De Venus. 23.De Mer. cueil de Borel, intitulé, La bibliothéque cure. 24. De l'humidité des Planétos, chimique.

25. Objection contre le déluge . 26. Les corps sont soumis aux différentes

dominations des Planétes. 27. L:S ***

roïaumes les couleurs c.partagé's entre les corps célestes . 28. Des douze

maisons. 29. Les espaces des maisons CHAPITRE SIXIEME.

.

régles différemmene. 30. Des maisons angulaires , fubfequentes, tomban.

tes. 31. Rapports á propriétés des De l’Aftrologie judiciaire.

maisons. 32. Les propriétés des mais

fons affignées différemment. 3 3. Des SOM MAI R E.

aspects ou familiarités. 34. Des qua

tretriplicités. 35. De la partie de for. 1. L'homme feroit fort à plaindre, s'il tune . 36. Des cinq apheres. 37. De la

connoissoit l'avenir. 2. De l'invention tête, de la queuë du dragon .38. de l'astrologie judiciaire . 3. Ses com, Des influences des étoiles fixes.39. De mencements ont été physiques raio l'impulsion secréte de consulter. 40. Sonnables. 4. Division du zodiaqus Manière de prédire le temps des évé. en douze constellations. 5. Noms des nements. 41. Seconde pratique pour Signes du zodiaque. 6. Combien les connoître le temps des événements. 42. principes de l'astrologie font frivoles. Réflexion de Verulam. 43. L'astrolo7. Noms des constellations. 8. Al- gio ne peut donner la connoisance du rention d' Anguste pour la rencontre temperament.44.Plusieurs caufescondes béliers. 9. Différents principes des tribuënt au temperament. 45. QualiSpheres. 10. Lesfignes du zodiaque fications générales des temperaments.

[ - ] Aléxandre Sévere. Lamprid. in Alex, Sever,

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