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gent les sucs de la terre en un nombre

Les alchimistes observent aussi, que analogiche immense de différentes plantes, &que le vif-argent a une analogie parfaite-vif-argent: cette transmutation se fait au travers ment homogéne & sympathique avec de l'oão de mille & mille fibres & organes dif- l'or, ainsi que plusieurs expériences le semblables, & de tant de parties diffé; font connoître. Les chimistes, & les rentes des graines , des troncs , des doreurs, qui craignent que les corpufeuilles, des fleurs, & des fruits, à scules du vif-argent qui s'évaporent , plus forte raison la pierre philosopha- ne se réunissent dans leurs têtes; & ne le, qui est la quintessence féminale de leur jouent quelque mauvais tour, l'or & de l'argent, ou la semence d'un mettent une piéce d'or dans leur bouor digéré , & exalté au suprémeche. Les parties détachées du vif-ardegré de perfection , renfermant cn gent s'arrétent, & s'accachent à cette foi toutes les propriétés specifiques du piéce d'or, la couvrant & l'envelop. mixte dont elle a été extraite , peut paut de maniére , que quand ils la reconvertir en or les métaux moins par- cirent, elle semble être plutôt d'argent faits avec d'autant plus de facilité, que d'or , quoique l'artiste, ou l'ouque toutes les parties des métaux sont vrier ait tenu la bouche ferniée. De ces Semblables & homogénes, & qu'il ne raisonnements & de ces expériences, les s'agit que de les épurer de plus en alchimistes concluent, que le vif argent plus, en séparant toute l'impureté, a beaucoup plus de disposition à recequi leur est hétérogéne, pour trans- voir la filtration de la femence auricmuer le mécal le plus grossier , & le que, qu'il ny en a dans les plantes à replus imparfait, dans le plus pur & le cevoir la filtration des sucs de la terre , plus précieux : qu'il n'est pas plus dif- & que cette même femence aurifique a ficile de changer, au moin de la se- encore plus de vertu pour convertir les mence argentifique, le vif-argent en mécaux imparfaits en or, que la feargent véritable,que d'épaflir au moïçn mence végétale n'en peut avoir, pour de la présure, le lait çn un fromage, convertir les sucs de la terre en la subl. qui elt un lait plus digéré. Qu'il ya tance des plantes. la même pollibilité à changer le vif-ar Tels sont les principes, sur lesquels gent enor, par la femence de l'or, la- les alchimistes prétendent que les veriquelle aïanc en foi la teinture aurifique, cables adeptes [n] peuvent aisément la communique par un feu plus long au changer en or les métaux moins parvifargent , qui est entiérement disposé faics..

Nicolas Flanımel die même, que à la recevoir, étant rouge en dedans, la conduite du grand curre a si peu quoique blanc à l'extérieur , comme on de difficulté, & demande li peu d'aple connoit évidemment , lorsqu'on le plication : précipite; & qu’ainsi le vis-argenc étant de la nature presquc aulli pesant que

Qu'une femme filant fusée

Nen seroit pour peu détournée. l'or, il devient plus pesant & plus brillant que l'or communi, par sa coagu Cela n'est-il pas bien engageant? Jation au feu, & par la filtration de la touts ces raisonnements néanmoins des femence aurifique.

alchimistes me paroillent [0 ] avoir un [n] On appelle adepres ceux qui ont [0] Certè vix ufquàm plus deliriorum acquis la science, Quasi scientiam ade. reperias. Hermann. Boërhaave , de ches ptos.

miâ exrores suos expurgante..

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I Chinie.

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défaut, c'est qu'après avoir comparé loit autant laisser ce soulfre', ou il étoit
les opérations, il faudroit aulli com- originairement; on n'a rien gagné, lice
parer les ouvriers , sçavoir la nature n'elt une expérience très curieuse , &

d'une part, & l'artiste de l'autre. certainement on a fait des frais. J'a.

..On fait d'ailleurs une objection voue que les alchimistes entendent om Objection contre la générale, qui est d'une grande force que ce soulfre agiroit à la manière, ou

contre les vertus de la quinteffence se d'une femence qui végéte, & devient minale, c'est que le feu ; en même une plante, ou d'un feu qui fe multitemps qu'il décompose & qu'il dissout plie, dès qu'il est dans une matiére les corps, change la forme & la figure combustible , & c'eit à cela que rede toutes leurs particules , & par con- viennent les contes de la poudre de séquent altére & décruit les propriétés projection, dont quelques atomes ont des substances .cxtraites des mixtes, produit, dit-on, de grosses masses d'or; pour leur en donner peut être d'entié, mais quelle physique pourroic s’acrement contraires : qu'ainsi on ne peut commoder de ces idées ? J'avouë aulpas dire que la semence extraite d'un fi, que li quelque matiére qui ne fut cheval brulé, soit propre à engendrer point or., comme de la rosée, de la naturellement un aucre cheyal , ni manne, du miel, & autres, pouvoit , qu'une plante réduite eo cendres con- ainsi qu'ils le disent, fournir une por serye la propricte de produire une au tion, de l'efprit universel, propre à tre plante: que l'on doit raisonner par changer de l'argent ou du cuivre en rapport au régne du minéral, sur les or, il pourroit y avoir du profit , mais expériences des deux autres régnes, quelles propositions, quelles espéransuivant les expressions mêmes des alchi ces? cependant, disent-ils, on ne démiltes; d'où il résulte que l'agent gé- montre pas , qu'il soit impollible de néral de l'alchimie qui est le feu, eft faire de l'or ;'on ne démontrera pas lui-même oppofe & nuisible à l'objet non plus qu'il soit impollible , qu’un qu'elle se propose.

homme ne meure pas . Les impossibiEn supposant même, qu'on eût crou- lités , hors les géométriques , ne le

vé la maniére de fixer & de teindre le démontrent guéres. Altcure,ne mercure, ce ne feroit après tout que de Penot étoit un sçavant Chimiste, que de l'or l'or apparent, qui ne pourroit résister il fut réduit à une extrême misere dans aux épreuves de la coupelle.

sa vieillelle. Il disoit [9] que s'il Quand on auroit un soulfre d'or bien avoit un ennemi, dont il voulut tirer mutation préparé, & qu'on l'appliqueroit à de la plus cruelle vengeance, il tacheroit étoit potri- l'argent, par exemple, il ne feroit que de l'engager dans la recherche de la

au changer en or, une masse d'argent éga- pierre philosophale.

le à celle de l'or, d'où il auroit été tiré : On trouve cependant plusieurs exem-
Je suppose qu'il lui auroit donné le ples de la trasmutation de métaux en Exemples
poids , & toutes lcs autres qualités né or. Si ces faits ne sont pas véritables, mutation .
cessaires: mais malgré tout cela, il va- ils sont au moins très circonstanciés,

19. Lelecret de teindre le

ap, arent.

16,

auroit nul profit.

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2

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[p] Hift, de l'Acad. des sciences, ann. chimiftarum cum Aristarelicis de Galeni

] , 1722. p. 37.

cis, 6.2. Joan. Jonston, thaumatograpb. na: (9) Sennert, de confenfu diffenfu tural, clafi 4. c. 26,

gres de foi.

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& rapportés par des auteurs [v] di- faire une espéce de monnoïe en formie

de médaille. Cælius Rhodiginus [s] atteste que · Ces faits historiques ne peuvent être de son temps, un François homme de révoqués en doute, mais ils trouvent basse condition, avoit le secret d'ex- leurs solutions dans quclqu'une des su. craire la semence de l'or , de toute percheries rapportées ci-dessus. forte de métaux. Plusieurs auteurs ar. Les alchimistes s'attribuënt aussi le surent d'une maniére unanime , qu'Ar. pouvoir de donner aux pierres précieunaud de Villeneuve a fait des lingots fes , le degré de perfe&tion qui leur d'or.

manque. Cardan [t] a écrit qu'un apothi. Y at-il rien de plus ridicule, que

Longue vie caire, nommé Antoine , convertit à les contes des chimistes sur leur Arte-d'ArtheVenise du vif-argent en or en présen- phius, qui par la vertu de la Chimie, phius. ce du Doge Gricci , & des principaux a vécu [x], disent-ils, mille vingt sénateurs.

cinq ans. Ils croïent du temps de RoVan-elmont témoigne qu'il a vû & ger Bacon qu'Artephius avoit voïagé touché plusieurs fois la pierre philoso- dans tout l'Orient, qu'il possédoit les phale, qui étoit de la couleur du sa- secrets cachés de toutes les sciences, fran en poudre, mais plus pesance & & qu'il étoit encore en Allemagne. brillante com ne du verre pulverisé.On Jean François Pic comte de la Miranlui en donna une fois le quarc d'un dole se mocque des réveurs alchimisgrain, c'est-à-dire de la soixantiéme tes, qui ne faisoient aucune difficulté partie d'une once: il le jetca envelop- d'assurer , qu'Artephius étoit le même pé dans du papier , sur huit onces d'ar- qu'Apollonius de Thyane. gent vif tout bouillant dans le creuset, Les Egyptiens, au rapport de Diodo. & incontinent tout ce vif-argent per- re [y] de Sicile, écoient persuadés, dit sa fluidité avec un petit murmure, qu'llis avoit trouvé le breuvage de l'im& prit la consistance de la cire jaune: mortalité, au možen duquel elle avoit après quoi, comme on l'eut fondu , on rendu Horus son fils immortel. y trouva huic onces d'argent très purà Paracelse [z] par son grand arcane, onze grains près. L'empereur Ferdi- promet les années de Machusalem : nand III, de la propre main [ ~) par le Van-elmont assure que son extrait des možen d'un seul grain de cette teintu- cédres du Liban a le pouvoir de rajeure philosophique, changea une demie nir : Butler attribuë à sa pierre une livre de vif-argent en or, dont il fit telle vertu , qu'en passant seulement le

[r] Senners. loc. citar. 6. 2. Neander in ità rarò in lucem prodit. Laudetur geogr. do Oporinus , in epit. uterq. ap. Deus in æternum, qui partem fuæ inJoan. Jonston. loc. citar. doc.

finitæ potentiæ nobis suis abje&tissimis [s] Cæl. Rhodig, antiq. le&tion. lib. 11. creaturis communicat. Bayle républ, des 6.13

lettr, Novembr. 1687. art. 2. [+] Cardan, de subrilir: lib. 6.

[x] Proh fuperi ! quantum mortalia [m] On lisoit d'un côté de cette médaille : pectora cæcæ. Divina metamorphosis exhibita Praga, No&is habent! Ovid, metam. lib. 6. 15. Jan. ann. 1648. in præfentia fac. Cæ. [y] Diod. Sic, tib. r. sar. Majeftatis Ferdinandi III. do au re. [z] Hermann, Boërbaave, de chemia vers: Ráris hæc ut hominibus est ars; fuos errores expurgante,

Difference

blecommun & du

bout de la langue dessus , toutes les méde universel à touts les maux.

20,

Vertus de maladies sont guéries. Artephius se Les chimistes se vantent que leur ef la semence vante de pouvoir transmettre les ef- fence aurifique fortifie la chaleur natu- aurifique. prits vitaux d'un corps dans un autre, relle, sans l'enflammer , ni la disliper, & d'y faire passer par ce moïen la comme les essences végétales , par force, la santé & la jeunesse

exemple, l'esprit de vin , qui dans le L'or potable commun, disent les cemps qu'il réchauffe, brule en même de l'orpora alchimistes , n'est qu'un or mort, qui temps , & confume les esprits. Elle ré

a perdu ses esprits: unor grossiérement pare l'humide radical, qui est le prinphilofophi

diffous par divers menstruës , & par cipe de la vie , & elle contient un que. des esprits corrosifs : mais l'or pota-' soulfre qui fait vivre l'animal. Elle

ble des philosophes est un or vif en rétablic tout ce qui peut être dérangé
forme de poudre blanche, ou rouge dans le microcosme, ou le petit monde,
trés subtile , tirée de la semence la plus quiest l'homme, & entretient l'harmo-
pure de l'or & de l'argent , qui a la nie, dans laquelle consiste la santé.
vertu de pénétrer en un moment l'ar C'est dans cette confiance, que les
gent vif , & les autres métaux im- alchimistes ont porté leurs projets
parfaits, & de les purifier si bien de jusqu'à une espéce d’immortalité, ou
leur crasle & impureté , & suivant le du moins à renouveller la durée de la
langage chimique, de leur lépre, ou vie des patriarches.
tache originelle, qu'elle en fait aussi. Le propre des essences séminales
tôt de l'or & de l'argent très pur. étant de changer en leur nature les su-

Philalette dans le septiéme chapitre jets qu'elles pénétrent, l'essence fémi-
de l'entrée ouverte, décrit la compo- nale de l'or , qui est d'une pureté cé-
sition de l'enfant hermaphrodite, qui leste & altrale, ce ferment merveil-
est seul capable de nettoier le vif ar leux, dans lequel se trouve le mélan-
gent de la lépre, & de l'imprégner du ge parfait des quatre éléments, chan-
soulfre spirituel & séminal, principe gera en éléinents très purs, les fer-
actif de la pierre philosophale. ments naturels , & détruira tout ce qui

Cette quinteilence est, pour ainsi est défectueux dans le sang & dans les
dire , un cinquième élément composé esprits : d'où il résulte
des quatre autres. Par les essences fé- aurifique peut être un rémede univer-
minales graduées & exaltées au plus sel , en fortifiant touts les principes
haut degré de perfection, les adeptes de la vie. Je me souviens à ce pro-
possédent les merveilleux arcanes , pos du danger que courut autrefois
qui renferment la vie , la santé , les Midas de mourir de faim , parce qu'il
richesses. La quintessence que Para convertissoit tout ce qu'il touchoit en
celse appelle aussi ceinture, ou pierre or; n'y auroit-il pas un plus grand
des philosophes, fleur, soleil,ciel,esprit danger d'être transmué soi même en
éthérée, est, selon le même auteur[a], or par

or par les essences aurifiques.
un feu invisible qui dévore & consu il y a eu des chimistes qui ont cru

De la Pae me toutes les maladies. Raymond Lul gu'en échauffant un peu les cendres lingénéfic. Je cherchoit aussi dans la chimie un re d'une plante, ou d'un animal [b] fe.

liii ;
[a] Paracelf.de rin&turâ phyficorum. part, 2. 6. 2.
[6] M. de Mairan , diferias. Sur la glace,

1

ai.

milies.

lon certaines régles, & avec certaines dans les effets , l'art qui sçait la met. des Chi-
précautions , ces cendres devoient tre en œuvre, est encore plus puissant
s'enfier, & s'élever en une fumée tout- & plus admirable qu'elle.
à-fait semblable à la figure , & même La témérité desalchimistes a écé juf-
à la couleur de la plante, ou de l'ani- qu'à publier & soutenir, que par l'al-
mal. C'est à cette espéce de résurrec- chimie, on pouvoit former un hom.
tjon, ou de nouvelle naissance , qu'on me. Amatus Lusitanus [c] a assuré
donna d'abord le nom de Palingénélie, qu'il avoit vû un petit homme long
Ensuite on se persuada qu'en faisant d'un poulce , enfermé dans un ver-
geler une lessive des cendres d'une plan- re que Julius Camillus , comme un
te, on verroit la figure de cette plan- autre Prométhée, avoit fait par la scien-
te, son image ou , comme parlent ces ce alchimique.
auteurs , son idée fidélement tracée. Cette doctrine insensée est confor-
sur la superficie de la glace; autre pas me aux dogmes de Paracelse [f], qui
Jingénésie, qui n'a pas moins fait de enseigne la façon de produire ces pe-
bruit que la prémiére. La plâpart des tits hommes ; & après plusieurs im.
auteurs qui disent avoir faic l'expérien. piétés & inepties, il foutient que les
ce de la palingénéfie , n'ont pu la ren- Pygmées, les Faunes, les Satyres , & les
contrer qu'une fois après bien des ten. Nymphes ont été engendrés par la chi-
tatives inutiles, & ensuite ni la même mie.
lellive , ni une lessive nouvellement Les chimistes se font renfermés,
préparée n'ont pû leur redonner le nuê. pour ainsi dire , dans des labyrinthes fcurité ali-
me phénoméne. Aulli semble-t-il, obscurs, & ils ont enveloppé leurs feftèe.
qu'ils ont plûtôt regardé ce qu'ils en préceptes d'expressionis très difficiles à
avoient vû, comme un effet du ha entendre. Les adeptes les plus versés
sard, que comme une suite nécessaire dans leurs mystérés ne les entendent
de la prétenduë inclination à se rejoin. pas; & il est fort vraisemblable qu'ils ne
dre attribuée aux parties organiques s'entendent pas eux-mêmes. C'est dé-
des corps après leurs désunion. Boyle truire entiérement ce qu’on cache avec
và plus loin [c]; il craint que l'imagi- tant de soin, suivant la pensée de Ter-
nation de ceux qui disent avoir vû de tullien [8], que de le mettre au grand
pareilles figures sur la glace, en con- jour.
séquence de la palingénésie,n'ait dispo George Syncelle [h] dit que Pam-
sé leur yeux en faveur du phénoméne. ménés fut blamé d'avoir écrit de cette

Roger bacon (d]ose dire, que quoique science d'une maniére trupintelligible,
Impiétés
& incptics

la nature soit puissante & admirable sans parabole , & sans déguisément.

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Leu: ob

22.

"[<] Et fane magnoperè vereor, ne qui se ne : Nullum reperiri,tàm impudens men-
ejufmodi plantarum fimulachra in glacić dacium , ut telte careat. Plin. lib. 8.c, 22.
vidifle profitentur , imaginationem non [f] Paracell. de natura rerum. La religion
minus quam oculos ad hoc spectaculum du médecin, 6. 36.
adhibuerint. Boyle , tentam. phyf. de experi. [8] Quod tanto impendio abfconditur,
mentis qua nox fuccedunt.

etiam folum modo demonftrare, deftrue.
[d] Rog. Bac, de mirabilib. poteftatib, artis re eft. Tertull.
en nature.

[h] Syncell

. p. 248. [e] On peut appliquer ici ces paroles de Pli

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