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Divers ob

de chimie. 29. Auteurs supposés des CHAPITRE CINQUIEME livres de chimie. 30. De l'ancienneté

de la chimie. 31. Preparation wfirée
De la Chimie.

par les Grocs, approchante de l'alam-
bic . 32. La partie médecinale de la

chimie est le moins ancienne. 33. Le
SOMMAIRE.

quatorzième siécle'a été l'âge d'or de

la chimie . 34. Des chimistes les plus 1. Divers objets deschimistes . 2. Albert célébres. 35. De Geber. 36. D'Hélio.

le grand a cru la transmutation des dore. 37.D'Etienne. 38. D’Artephius. métaux possible . 3. Définitions de la 39. De Raymond Lulle. 40. D' Archimie. 4. But général de la chimic ' nauld de Villeneuve.41. De Nicolaus s. Des cinq principes des chimistes . Flammel. 42. De Jacques Cæur.43. 6. Division des fels en acides ó al De Paracelse. 44. De Van-Elmont. kali. 7. Explication de la fermenta

qualité E nom seul de chimie semble andu vif-argent. 9. Différentes routes

L

noncer [ ] la jets pour chercher la pierre philofophale crédulité des hommes. Mais quelque

mites. 10. Découvertes utiles de la chimie . décriée que soit la recherche de la pier11. Supercheries des chimistes . 12. re philosophale,touts les chimistes n'en Raisonnements les plus spécieux des sont pas également détrompés. Leurs chimistes. 13. Analogie du vif-ar- opinions & leurs vûës sont fort différen. gen: o de l'or, 14. Objection contre tes. Les uns se proposent uniquement la chimie. 15. En supposant le secret de faire de nouvelles découvertes dans de teindre le mercure, ce ne seroit que la connoissance générale de la nature; de l'or apparens. 16. Si la transmuo les autres considérent la chimie comme tation étoie possible , il ne pourroit y une source de remédes, & mettent leur avoir de profit. 17. Exemples de la étude à les préparer ; d'autres ont pour iransmutation. 18. Longue vie d'Aro objet la transmutation des métaux, & tephius. 19. Différence de l'or pola- s'appliquent à la recherche de la pierre ble commun ó du philosophique : 20. philofophale, Vertus de la semence aurifique. 21.

Albert le Grand [b]croïoit la tranf- Albert le De le Palingénélie. 22. Impiétés ó mutation des métaux possible,en les pu- grand a cru inepties des chimistes. 23. Leur ob- rifiant & séparant tout ce qu'il y a d'im- tation des scurité affeftéc. 24. Prophanations des pur.Il appelloit le plomb un or lépreux, métaux myfteres parles chimistes

. 25.La Toi- expresfion qu'il disoit être tirée d'Arif- polable. fon d'or expliquée par la pierre philo- tote. Il posoit pour principe général sophale. 26. S. Dominique , Albert que touts les métaux tirent leur origi. legrand , & S.Thomas mis au nom. ne du vif-argent & du soulfre. bre des chimistes . 27. Le pere Kir. Suidas a défini la chimie[c] un art de

Definitions cher attribuë la chimie aux patriar. composer l'or & l'argent. ches,& à Salomon. 28. Etymologie On se sert communément du mot mic.

Hhhh

3 [ A ] Homo eft animal credulum & [c] Χημεία ήτο άργυπα Εκρυσε κατασ mendax.

KEUS9. Suid, in voce Xinje bla. [6] D. Albert, magn. de Alchim.

de la chi.

.

de chimie, pour exprimer la partie de toutes les propriétés spécifiques du
cet art, qui se borne à des découver. mixte , donc elle a été extraite, que
tes physiques & médecinales : & on les chimistes appellent Mercure , le-
emploie le terme d'alchimie , pour dé- mence, quintessence , ame du sujet ,
signer celle, qui travaille à la trans. Protée, argent aqueux, esprit miné-
mutation des métaux.

ral &c.
But général En général, l'objet de la chimie est Par le Mercure considéré comme
de la chi- de faire l'analyse des corps naturels principe , on n'entend pas un vif-ar-

de les réduire à leurs prémiers princi- gent actuel, mais cette partie liquide,
pes, d'en découvrir les vertus cachées: dont je viens de parler, ou l'humide
c'est une anatomie des corps naturels radical qui est dans touts les corps na-
par le moien du feu. C'est un art, qui curels.
par la résolution des mixtes , sépare Sa partie infiammable eft le soulfre.
le pur de toute impureté, que les chi- Ce principe actif de la chimie est donc
mistes appellent le péché originel de une substance oleagineuse, liquide ,
l'individu.

inflammable. Elle fait la diversité des
Cette résolution des mixtes confifte couleurs & des odeurs : elle adoucit
en leur entiéredécomposition. La chi. l’acrimonie des sels, lie les autres par-
mic travaille à extraire les essences sé ties, & conserve les corps où elle abon-
minales des corps des trois régnes, vé. de.
gétal, minéral & animal: c'est à dire Le sel chimique est le troisiéme prin-
des plantes, des métaux , & des corps cipe actif

. C'est la partie de l'essence
animés.

féminale , où la sécheresse domine ,
Les cinq principes des chimistes sont cette substance léche & plus ou
Cinq princ le soulfre , le Mercure, le sel , le phleg- moins acide , entre dansla composi-
Chimistes, me, & la tête morte . Ces deux der- tion de touts les corps. On divise les

niers sont les principes passifs de la chie sels en acides & alkali. Les acides sont
mie: ils ne sont regardés, que comme comme des petits dards pointus , roi des dels ca
les enveloppes qui enferment & re- des, longs , cranchants. Les alkali font acides &
tiennent les particules subtiles & des corpuscules plus grossiers , terres-
spiritueuses. Les trois autres sont les tres, poreux , & spongicus , comme
principes actifs.

des fourreaux propres à recevoir les
Le phlegme est cette humidité infi- acides : les alkali sont proprement ce
pide & aqueuse qui se trouve en touts qui fermente , les acides sont le fer-
les corps.

ment. La matiére subtile chargée des La tête morte est le marc terrestre acides s'infinuë dans les alkali", dont Eleplicaties & grossier, qui reste des corps , dont elle heurte & brise les petites cellules, mentazioa, on a tiré l'humidité & les sels..

& avec le secours du ressort de l'air , Toute la substance impure écant fé- elle les écarte de couts côtés : c'est parée, l'essence séminale du sujet ( di- dans ce mouvement intérieur des parsent les chimistes ) se trouve extraite ties insensibles que consiste la fermenen une forme liquide , que l'art & tation , que quelques modernes ont une longue digestion peuvent réduire regardée comme le principe physique en poudre. C'est une substance ellen- universel, réduisant touts les éléments tielle en forme de liqueur, renfernuant à ces deux especes de fel alkali & aci

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6.

alkali,

de. Car les particules insensibles of polite fonde ce sentiment, sur ce que
frent un champ libre à l'imagination le métal engendre le mécal , comme
qui n'y trouve aucun obstacle. Mais un animal engendre son semblable,
en est-on plus avancé , lorsqu'on s'est comme une plante produit une autre .
déterminé à la préférence des quatre plante de la même espéce ;1& que les
éléments; ou de la matiére fubtile , générations doivent se faire dans le
globuleuse, & branchuë,ou des atomes, régne du minéral , comme dans les
ou des deux sels acide, & alkali; ou des deux autres.
cinq principes chimiques ; ou des cor Géber tient qu'il y a trois principes
puscules animés, & des petits cirons ? productifs des mécaux, l'argent vif ,
& quel danger n'y a-t-il point de fonder le soulfre , & l'arsenic, Philalette dans
des opérations réelles & sensibles , sur son vademecum, appelle l'arsenic une
des principes fi inconnus ?

lune de race faturnienne, qui a Onignore la qualité du vif-argent contracté mariage avec un dieu belli. tions Turia qui est le sujet de plus ordinaire , sur queux , qu'il nomme aufli le soleil qualité du lequel la chimie s'exerce. Les uns le des philosophes , & par lequel il en. vif-argent.

tiennent chaud , suivant le sentiment tend l'or & l'argent commun , qu'on de Galien, de Rhafis, de Dioscoride: peut véritablement appeller le soleil d'autres disent qu'il est froid, comme de bien d'autres espéces de gens que Avicenne , & Matthiole Paracelse les chimistes. L'arsenic , suivant Phi. croit qu'il est froid en dedans, & chaud lalette , est un troisiéme principe en dehors : Pierre d'Apon , qu'il est une substance moïenne , corporelle à froid comme aqueux , & chaud com- l'égard du mercure , & spiricuelle à me sulphureux.

l'égard de l'or & de l'argent. Les Alchimistes cherchent la pierre Riplée dans les douze portes , adDifférentes rontes pour philosophale par des routes entière- met aulli trois principes productifs des Chercher la ment opposées , & il y a autant de métaux , le mâle rouge , la femme lofophale. sentiments différents sur la composition blanche , & l'esprit de vie qui les unit.

du grand ouvre, qu'il y a de person- Artephius enseigne la même do&rine, nes qui y travaillent.

tantôt sous les noms du soleil , de la Roger Bacon est d'avis que cette ef- lune, & du mercure , tantôt sous ceux sence précieuse doit s'excraire d'ail. du roi, de la reine, & du bain , enleurs, que de l'or & de l'argent qui tendant par le roi ou le soleil , l'or & ne peuvent la fournir. D'autres asíu- l'argent ; par la reine ou la lune, l'arrent qu'elle est en touts lieux , qu'elle fenic; par le mercure ou le bain, le est renfermée dans tous les êtres, que mercure animé, ou l'esprit séminal & c'est le principe a&if, universel , ré. aurifique. Flammel explique aussi crois pandu dans toute la nature , que ce substances, par l'énigme des deux drapendant la pierre philosophale se trou- gons , sur lesquels Jafon versa le jus ve d'une maniére plus prochaine , & préparé par Médée. plus parfaite dans l'or”. Jean d'Epa Plusieurs espérent trouver la pierre gnct , & Arnauld de Villeneuve lou- philosophale par l'action du feu sur le tiennent que l'or feul peut produire mêlange de l'or, de l'argent, & du la semence aurifique , & l'argent la mercure commun. D'autres mettent semence argentifique : & le Cosmo- l'origine de la pierre au ciel, & dans

10, Découver.

les influences célestes: & il s'en trou. une drachme, pour enseigner des thré-
ve d'assez sublimes , pour s'attacher à sors cachés, & leur disoit , qu'il la leur
une quintessence extraite des raïons donnoic de bon cæur à prendre sur ce
du soleil, & de la lumiére , source de qui se trouveroit par leur moïen.
l'or potable, & de la poudre de pro Les chimistes eux-mêmes [g], tels
jection, ou de la pierre philosopha- que Roger Bacon, André Libavius ,
le . Ils ne promettent pas moins [d] Jean Bohnius , Robert Boyle, Herman
que de rajeurir l'homme par l'un , & Boërhaave, & plusieurs autres ont pu-
de lui procurer des richesses inépuisa- blié, & condamné les abus de cet ari.
bles par l'autre.

Beaucoup d'auteurs[b]se sont égarés Mais la présomption outrée , ou la à décrire les arcifices de ces alchimistes tes utiles de mauvaise foi de quelques alchimistes plus altérés par les besoins de la natula Chimic. ne doit pas préjudicier à une science,qui re, que par leurs fourneaux.

a fait de très utiles découvertes, & qui Cédréne[:] rapporte qu'un impolpeut en faire touts les jours encore. Car teur qui se disoit chimiste , après avoir il arrive quelquefois, comme dit Quin- trompé plusieurs personnes, eut la hartilien[e], que celui qui se propose un diesse de présenter à l'empereur Analobjet excessif, & auquel il ne parvien- tase un mords de cheval , qu'il disoit dra jamais, fait dans son chemin des d'or mallif, & garni de pierreriesmais progrès imprévûs,& auxquels il n'avoit que l'empereur aïant découvert que le jamais pensé. Vérulam cstime que nul- tout étoit faux, le fit enfermer dans le science n'est fi capable de faire con une prison, d'où il ne sortit jamais. noître la nature, que la chimie.

Un autre chimiste aïant dédié à Les alchimistes convaincus le plus Léon X. un livre, dans lequel il se vanSuperche

souvent de leur propre ignorance, ne toit d'enseigner la maniérede faire de Chimistes. cherchent qu'à dupper , & à embar- l'or[k], ce pape lui envoïa une gran.

quer des gens riches . Ils colorent de bourse vuide , & lui fic dire que leur pauvreté de quelque mensonge puisqu'il sçavoit faire de l'or, il n'avoic honnête : & après avoir excusé leur mi- besoin que d'unlieu , où il put le serrer. sére le mieux qu'il leur est pollible, ils On conte qu'un alchimiste avoic une étalent les richesses inépuisables en idées, verge de bois ou de fer creuse en dequ'ils ont en leur disposition. C'est le dans, remplie de limaille d'or & bou. cas d'appliquer la réponse [f] d’En. chée avec un peu de cire , ou de la nius . Il se mocquoit de quelques de- sciure fine du même bois. Il la metvins de son temps , qui demandoient toit dans le creuset, sous prétexte de

remuer

11.

ries des

[^] Quis dubitat quin omne fit hoc ra- rores suos expurgante,

tionis egestas? Lucrer.lib.1. [h] Erafm. in colloq. Agripp. de vanit. [e] Evenit nonnunquam , ut aliquid scientiar.c.yo. Barclaïsis in Euphorm. sariric, grande inveniat , qui femper quærit , part.1.Mémoir de l'Acad.des scienc.ann.1722 quod nimium eft. Quintil.inftir.lib.2.c.12. Naudé, apol.ch.12.14.17.18.6 20. [f] Cic. de divinas. lib.i.

[i] Cedren, hift.compend, in Anaff.imper, [a] Hermann. Boerhaave de chemia er. [k ] Bayle républ.des lettr.Juin 1684.Art.6.

1

remuer les matiéres exposées au feu,& Quelques-uns [m] en ont imposé,
d'examiner le degré de leur sublima- avec des cloux moitié fer, & moitié or,
tion. La cire étant aussi-tôt fonduë, ou moitié argent . Ils font accroire
ou la sciure consumée, il versoit par qu'ils ont fait une véritable transmu-
ce moïen dans le creuset la quan- tation de ces cloux , en les trem-
tité d'or, qu'il avoit promis d'y faire pant à demi , dans une prétenduë
trouver. .

teinture. Il y a toute apparence que
Les imposteurs chimistes [ /] se fer- les fameuses histoires de la transmu-
vent souvent de creusets ou de cou- tation des métaux en or ou en argent,
pelles doublées', dont ils ont garni par le moïen des la poudre de projec-
je fond de chaux d'or & d'argent; ils tion , ou des élixirs philosophiques,
recouvrent ce fond, avec une pâte fai- n'étoient rien autre chose, que l'effet de
te de poudre de creuset, incorporée quelque supercherie : d'autant plus
avec de l'eau gommée, ou un peu de que ces prétendus philosophes n'en
cire: ce qu'ils accommodent de ma- laissent jamais voir qu'une ou deux
niére, que cela paroît le véritable fond épreves , après lesquelles ils dispa-
du creuset, ou de la coupelle. D'au- roislent. Ce qui peut en imposer le
tres fois ils font un trou dans un char- plus, dans les histoires suprenantes
bon, où ils coulent de la poudre d'or qu’on a racontées de ces chimistes,
ou d'argent, qu'ils referment avec de c'est le désintérellement qu'ils mar-
la cire , ou bien ils imbibent des char- quent dans quelques occasions, où ils
bons, des dissolutions de ces métaux, abandonnent le profit de ces transmu-
& ils les font mettre en poudre pour tations , & l'honneur même qu'ils
projetter sur les matiéres qu'ils doi pourroient en retirer : mais ce faux
vent transmucr. Ils mêlent d'une in- désintéressement est une des plus gran-
finité de maniéres différentes l'or & des supercheries, car il sert à répandre
l'argent, dans les matiéres sur lesquel- & à entretenir l'opinion de la polli-
les ils travaillent:car une petite quan- bilité de la pierre philosophale, qui
tité d'or ou d'argent ne paroît point leur donne moïen par la suite d'exer-
dans une grande quantité de mercure, cer d'autant mieux leurs supercheries,
de régale , d'antimoine, de plomb, de & de se dédommager amplement de
cuivre, ou de quelque autre métal. On leurs avances.
mêle très aisément l'or & l'argent en Antoine Bragadin exécuté en Bavie-
chaux , dans les chaux de plomb, d'an- re en 1591. pour crime de fausse mon-
timoine , & de mercure. On peut enfer. noïe, avoua qu'il metroic dans les
mer dans du plomb des grenailles, ou creusets de l'or véritable, parmi les
des lingots d'or & d'argent. On blan- matiéres qu'il promettoit de conver-
chit l'or avec le vifargent, & on le fait cir en or, pour faire croire qu'il sça-
passer pour de l'étain, ou pour de l'ar- 'voic composer ce métal.
gent: on donne ensuite pour transmu Il se trouve aulli des alchimistes de

Raisonne tation, l'or ou l'argent qu'on retire de bonne foi, qui le persuadent, que ments les ces matiéres.

comme les semences de végétaux chan-plus foeTom. I.

liii

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12.

ci с

1

[1] Mémoir, de l'Acad. des scienc. Ann. 1722, p.62,

[m] Mémoir de l'Acad, des soient, ann. 1722. p.69.

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