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de la Physique & de l'Anatomie . On les causes naturelles, étoient plus danne peut faire remonter les commence- gereuses qu'utiles, la nature étant inments de la médecine dogmatique, au compréhensible, & le médecin ne poudelà des temps de Pythagore & d'Hip- vant être guidé que par l'expérience. pocrate. Les Asclépiades ou descen- Pourquoî, ajoutoient-ils, croira-t-on dants d'Esculape qui exerçoient seuls la plutôt Hippocrate, qu'Hérophile , ou médecine avant les prémiers Philoso- Hérophile plûtôt qu'Asclepiade ? ils se plies Grecs, étoient des Empiriques qui contredisent perpétuellement dans les appliquoient sans raisonnement les re- principes & dans les conséquences. Si médes que la tradition leur avoit ensei- l'on demande des cures, fours en ont gnés de pére en fils.

· fait , ou plâtôt la nature, & le temHippocrate[r] fut le prémier qui pérament des malades en ont fait en puisa dans la philosophie,& qui fon- leur faveur, & on ne sçaura de quel da sur ses principes une méthode rais côté se ranger . Si l'on s'en rapporte fonnée,

aux Taifonnements, on les entend die Les Empiriques avoient trois fonde scourir avec une égale probabilicé, ou ments [f] de leur art: l'observation qui bien ceux qui parlent le mieux, & qui consistoit dans ce que chacun avoit ex- ont plus de talent de s'énoncer, l'empérimenté soi-même; l'histoire, ou les portent aux dépens d'une verité qui differents recueils des observations rédi- perafte à se soustraire à nos recherches. gées par écrit; & la substitution d'une Les moïens que la nature emploie , sont chose femblable, qui étoit un nouvel différents selon la nature des lieux ; un esfai qu'ils faisoient, après avoir com- raisonnement quicft bon pour l'Italie, paré une maladie avec une autre mala- 11e vaut rien pour l'Egypte , & il est die, une partie du corps avec une par. peut-être pernicieux pour les Gaules. tie pareille, un reméde éprouvé avec Les Physiciens parviendront-ils à difun reméde de mênie nature . Ils effaic cinguer suivant les differents climats , oient , par exemple, dans les dartres, da nature qu'ils sont fi éloignés de conles remedes de l'hérésipelle ; dans les noître en tout? maladies des bras, ce qui s'étoit prati- Ils demandoient encore aux dogma. qué dans celles des jambes , & s'illeur ciques , fi les raisonnements leur e11manquoit des coins, qui font un fruit feignoient les mêmes choses que les

apre, ils emploïoient les nefes qui ne expériences , ou s'ils enseignoient le Trois prin- le font pas moins. L'observation, l'hif- contraire ? & poussant cette objection cites des coire & la substitution étoient donc les ils disoient, que si les raisonnements cımpiriqucs. trois fondements de leur art;& ce que leur enseignoient les mêmes choses

Glaucias appelloit le trépié [+] de la que les expériences , ils étoient fumédecine.

perflus ; & que fi l'on en inféroit Raisons des

Les Empiriques[ * ] soutenoient que quelque chose qui fâc contraire aux empiriques, toutes les questions qui rouloient sur expériences, ils étoient préjudiciables.

31.'

[r] Democriti autem , ut quidam tra. Cell. pref. lib. 1. diderunt, discipulus Hippocrates Coüs, [s] Hift. de la médic, de le Clerc , pari, primus quidem ex omnibus memoriâ di- 2. liv.2. ch. 2. p. 344. feconde édir, gnis, ab studio fapientiæ disciplinam hanc [1] Teinis Siarents. separavit, vir arte & facundiâ insignis. [w] coll. Pref, libon,

32.

Les Empiriques ne s'embarrassoient ja- n'y a donc point de doute , qu'il
mais de chercher les causes cachées des ne faille raisonner dans la médecine
maladies, & ils ne considércient les cau- rejeccant tout ce qui est obscur , hors
ses évidentes que comme des moïens de de la science, mais non pas hors de la
discerner les espéces des maladies, sans pensée du médecin.
raifonner sur la maniére dont ces cau. Les nouvellesdécouvertesont appor-
ses agissent, & sans se mettre en peine

peine té plus d'ornement que d'utilité à la mé d'autre chose que des remédes que l'ex- decine : depuis que la circulation du périence leur avoit indiqués.

sang a été connuë, depuis qu'on a péResponses Les dogmatiques répondoient que nétré G avant dans le secret de l'aconodes dogma- l'application des remédes ne peut être mie animale, la pratique de la médetiques

que fautive, si elle n'est guidée par le cine n'est devenuë ni plus sure ni plus raisonnement; qu’un reméde quelque heureuse. L'invention d'un spécifique éprouvé qu'il soit ,ne peut être emploié est d'un plus grand fruit à la société,que avec succès, lil'on ne connoît le tem. touts les raisonnements sur les causes pérament du malade , les accidents de cachées des maladies, & que les découla maladie, & toutes les circonstances, verres les plus curieuses de l'anatomie. dont le changement peut rendre perni- On a cherché depuis un très grand cieux, ce qui dans une autre occasion nombre de fiécles la cause de la fiévre , aura été ucile ; que c'est l'étude de la sans avoir pu encore la trouver : le Kinnature qui peut mettre les hommes en kina apporté du Pérou, il y a environ écat de la soulager dans les maux ; & soixante ans, guérit infailliblement les que l'obscurité de ces recherches doit fiévres intermittentes, & fait connoî exciter dans le médecin un zéle d'au- tre d'une maniére fenfible la différence tant plus louable, pour se rendre utile des remédes spécifiques aux raisonneà la société au moïen de ses découver- nents les plus sçavants des médecins. tes.

Après que le médecin a conjecture Le sentiment de Celle [x] sur la dir- par de profondes recherches , que la derece difpur pute des Empiriques & des Dogmati- maladie est causée par une fermentation

ques, est que rien ne contribui plus à excraordinaire du sangl y)& des autres la guérifon des maladies, qui est le vé. humeurs , il ne sera pas plus en état d'y ricable but de la médecine , que les ex- remédier , s'il ne connoît quel eft ce lepériences. Il avoue que les raisonne. vain particulier qu'il doit détruire. Le ments cirés des choses obscures n'appar. médecinsçaura ou croira sçavoir que tiennent pas proprement à l'art degué ce levain est un acide ou un aigre, il rir les maladies, mais que l'étude & la conclura qu'il faut lai oppofer un alkaméditation des choses naturellos con. li , parceque les alkali corrigent les aci. tribuë beaucoup à perfectionner le mé des, en émouflant leurs pointes; mais decin, que files raisonnements crom- il n'en fera pas plus avancé, fi parmi pent, tesiexpériences de leur côté jet- tant d'espéces d'acides & d'alkali,l'expétent quelquefois dans l'erreur ; qu'il rience ne lui indique quel est cet al

Sentiment

Ееее

te.

[x] Cell. prefat. lib 1.

fcentia immodica fanguini & humoribus T] Febris et fermentatio feu efferve. inducta. Yillis de febrib.c.1.1.1.2.05.

Des reme

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contraires

kali spécifique, qui doit être emploïé. Les maximes de la médecine contra

Galien donne un exemple fort remar- dictoirement opposées, ont leur pro- des de pré quable des raisonnements de plusieurs babilité, & leurs partisans. Les uns caution. médecins sur les remédes. Mon maître exhortent à prévenir les maladies par Pélops, dit-il[z], voulant rendre rai. quelque faignées , & médecines de son de l'effet des écrevisses dansla rage, précaution: les autres croient qu'il y a prétendoit que l'écrevisse est utile dans un extreme danger de faire des remécette maladie, parceque c'est un ani. des de précaution, lorsqu'on se porte mal aquatique, & que la rage est cau. bien: car la santé n'étant autre chose sée par unexcés de sécheresse, qui fait que l'harmonic & l'équilibre des difféque ceux qui en font atteints, ont peurrentes humeurs qui composent le corps de l'eau. Il ajoutoit que les écrevisses humain, faire des remédes de précaude riviére sont plus propres en cette oc- tion, c'est le jecter dans un péril évie casion que celles de mer, parceque ces dent de déranger cette harmonic & cec derniéres participent du fel dont l'eau équilibre . marine est chargée , & qui est d'une Macrobe dit [b ] qu'Hippocrate ne

Sentiments nature fort séche. Mais quelqu'un lui peut tromper ni être crompé · Julien aïant fait cette objection, si ce que vous d'Alexandric a composé 48. livres

, pour dans la més

. dites est vrai, d'où vient que touts les prouver qu'Hippocrate dans fes aphoanimaux aquatiques ne sont pas égale. rismes s'est trompé en tout, & pour les ment propres contre ce mal ? il répon- réfuter entiérement. Les livres

que doit que c'est parce qu'ils n'admettent nous avons sous le nom d'Hippocrate pas touts la même préparation , que fe contredisent en tant d'endroits, que les écrevisses dont on réduit les coquil- cette raison fait croire qu'ils sont de dif. les en une cendre, qui étant desséchan- férents auteurs. te consume & absorbe le venin. Pélops, Photius fait mention d'un médecin poursuit Galien , tomboit dans ces con- nommé Denys qui avoit composé ua tradi&tions, par la vanité qu'il avoit livre contenant cent chapitres, donc de vouloir rendre raison de tout; mais il y en avoit 59. qui établissoient chamoi, li je ne suis persuadé que je sçai cun unc opinion particuliére , & so. parfaitement une chose, je n'entreprends autres qui détruisoient ces mêmes fenpas d'en convaincre les autres. timents. Par exemple, dans un de ces

Un célébre médecin parmi les moder. chapitres , il soutenoit que la digelnes [a]fait sur cela cette réflexion : 11 cion qui se fait dans l'estomac est l'effet feroit à souhaiter que touts les méde. d'une chaleur ; dans le chapitre suivant cins suivissent la maxime de Galien ; il prouvoit le contraire. mais la crainte que l'on a de passer pour Si nous nous refroidissons après une ignorant, fait qu'on veut parler à quel- agitation violente , nous sommes en que prix que ce soit, quoique souvent danger de gagner une pleurélie : les l'on ne s'entende pas soi-même. sauvages de l'Amérique[ C]au contrai

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[x] Galen. de fimplic, medicament. facul- Macrob. tarib. lib.is.

[] Lep. Laffitens , meurs des faudag: [ - ] Le Clerc, hift. de la médecine , part. Améric. 1. 2. p.372. in-40. 3. liv. 3.ch. 3. p.682, nouv. édit.

[d] Apan, tridoris , axhen, Xáncok. [6] Quitam fallere quàm falli nescit. [e] Hippocr. de ratione viftus in acuris.

vie.

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riodes des

re , après s'être excités à une sucur fon. Mais n'est-ce pas une maxime gé.
abondance; vont se plonger dans l'eau néralement reçuë[b], qu'il est de con-
froide des riviéres. On connoît par les séquence de s'opposer au commence-
relations du nouveau monde, qu'il n'y ment du mal , & qu'une maladie in-
a point de païs, où les hommes vivent vétérée est bien plus difficile à guérir ?
si sainement , & fi long-temps que ceux c'est ainsi que le malade est continuel.
où la médecine n'est point en usage : & lement agité par des vents contraires,
parmi nous les conditions qui ont le & se voit exposé entre deux écueils
moins de commerce avec les médecins comme entre Scylle & Charibde.
font les plus faines & les plus robustes; Dans une théle [i] soutenuë & im.

38.

De l'usage maisces effets ont apparemment d'au. primée à Caën en 1717. il est dit , que de l'eau de tres causes.

l'eau de vie répare les esprits dissipés Quatre rés Hippocrate distingue quatre pério. léve les obstructions , ouvre les conmaladies.

de dans les maladies; le commencement duits, rend le ressort aux parties rela-
Ed], l'augmentation, la force , & le chécs, corrige ce qu'il y a de grossier
déclin: & il regarde la crise , comme dans les aliments, subtilise les humeurs,
le jugement que porte la nature, pour purifie le chyle, & par une fuite néces-
abloudre ou pour condamner le mala- faire favorise entiérement la circula-
de.

tion du sang & des humeurs. Arnauld
Hippocrate ajoute [e] que la mala- de Villeneuve[k]a fait un grand élo-
die fe cuit elle-même; uod il y a lieu ge de l'eau de vie, comme d'un reméde
de conclure que les remédes qui ne font excellent pour plusieurs maux , & fort:
pas donnés dans la maturité du mal , propre à furtifier les nerfs, L'eau de
doivent l'augmenter considérable- vie, suivant son sentiment , est pro.
ment:

pre par une fimplicité salutaire ; à re-
Aristotef Iparle d'une loi d'Egypte, cevoir les impresions de toutes les sa-
qui défendoit aux médecins de remuer veurs, odeurs , & qualités.
les humeurs, ou de Purger avant le Dans une autre chéle, foutenuë &
quatriéme jour de la maladie, à moins imprimée à Paris en 1729. on fait voir
qu'ils ne voulussent le faire à leurs pe. au contraire que rien n'est plus con-
rils & fortunes . C'est donc une maxi. traire à la circulation que les liqueurs
me importante qu'il faut laisser quel- spiritueuses , soit par leur effet sur
que cours au mal ; que c'est l'aigrir les parties solides, soit par le change-
imprudemment [g], que d'apporter ment qu'elles apportent aux parties
de prompts ruumódes; qu'il est plus avan. Auides. En effet il faut pour cette cir-
tageux de laisser meurir le mal ,.& de culation que les membranes des par-
ne pas chercher à précipiter la guéri. ties solides aïent de la souplesse & du

37. Loi d'Esypte.

Ееее 3

[f] Ar istor. polic. lib.3.c.19.

G] In morbis nihil eft magis periculofum, quàm immatura medicina. Sen rowlol. ad Helv.

[b] Principiis obsta , sero medicina

paratur.
Cum mala per longas invaluere moras.
Ovid.

[i] Journ. des sçav. Décemb. 1729.
[k
] Villanovan.deconservanda juventute,

resort , afin de pousser les humeurs, & meurt à l'instant: qu'on en donne à un que les humeurs de leur côté aient une oiseau, il périt sur l'heure. Le chyle , certaine Auidité , pour občïr à l'action le lait , la lymphe, la bile, la salive , des vaisseaux. Or l'eau de vie & tou, toutes ces liqueurs se coagulent par tes les boissons ardentes raccornissent les l'esprit de vin, & selon l'auteur de la membres, les froncent, & les crêpent, théle , s'ossifient même & se pétrifient. ce qui leur ôte par consequent la rou. Rien n'est plus capable d'épaissir le plesie & le resort qu'elles doivent avoir chyle, & de nuire par cet endroit à la pour agir sur les liquides : l'eau de digeftion, que l'eau de vie: ce qui doit vic outre cela épaissit & coagule les la rendre par conséquent très contraire humcurs, ce qui les prive de leur flui- à la circulation. dité. Comment après cela ne seroit- Pline haïssoit les compositions d'un elle pas plûtôt une eau de mort qu'une grand nombre de médicaments. Il se ré- de Pline eau de vie, étant aussi contraire qu'el. crie [l] contre l'antidote de Mithridate, for less le l'est à la circulation? Que l'eau de où l'on faisoit entrer cinquante quatre vie raccornise les parties solides, l'ex- drogues différentes , parmi lesquelles périence le fait voir , puisque cette il y en avoit dont on n'emploioit que liqueur durcit les corps qu'on y con- le poids de la soixantiéme partie d'un serve , sans quoi elle ne les conserve. denier. Il entroit dans la thériaque roit pas . Qu'elle épaissille & coagule d'Andromachus plus de soixante droles humeurs, l'expérience ne le faic gucs, dont notre thériaque est encore pas moins connoître , puisque si l'on composée aujourd'hui . Hippocrate & jette un blanc d'æuf dans un peu d'eau les fectateurs fe fervoient peu de média de vie, il y prend la même consistan- caments , & ceux qu'ils emploioient éce & la même blancheur , que fi on l'a. toient fort peu composés . Hérophile & voit fait durcir au feu. Il n'y a point ceux qui le suivirent entassérent les difde ville où l'hydropisie , cette mala- férentes drogues dans leurs composidie qui ne vient que de la trop gran- tions. C'est ce que Pline appelle une of de roideur des solides , & de la trop tentation & une perfidie, & l'invention grande viscosité des fluides, régne da. de quelque divinité mal-faisante. vantage qu'à Londres, la ville du mois. Il n'approuvoit pas non plus les re. de, où il se boit le plus d'eau de vie . médes qu'on tire des païs éloignés. Que l'on fasse avaler à un chat une La nature, disost-il[m] ; cette bonne cueillerée d'eau de vie, il entre en fu- mére, cette fage ouvrière, n'a pas fait reur , & meurt peu après : que l'on les emplårres, les antidotes, les colferingue dans la veine jugulaire d'an lyrès. Les ouvrages de la nature se chien deux onces d'esprit de vin , il trouvent tout faits & tout achevés. Les

19. Seatime

[lj Mithridaticum antidotum ex re- Plin. lib. 29.6.1. bus quinquaginta & quatuor componitur ,

[m] Non fecit ceratum, malagmata , interim nullo pondere æquali,& quarum- emplastra , collyria , antidota , parens illa dam rerum sexagesimâ denarii unius im- ac divina reram artifex:officinarum hæc, perata. Quo deorum perfidiam iftam mion- ito verius avaritiæ cominenta funt. Nastrante ? hominum enim subtilitas tanta træ quidein opera abfolata atque perfct. effe non potuit.Oftentatio artis,& porten. ta gignuntur, &c. Plin. lib. 22, 1.24. tofa fcientiæ venditatio manifeita eft

si

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