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Les Phyficiens molernes donnent des dont chacun porte la couleur partiexplications fort différentes à cette mo- culiére : sçavoir , rouge , orangé, jau. dification de la lumiére.Dans l'hypothé- ne, verd, bleu , indigo, violet; en forte fe Cartésienne que je viens d'expliquer, que le raïon qui porte une couleur n'en c'est l'insinuation ou la réflexion diffé porte jamais d'autres.,,Exposez , dit-il, » rente des globules du second élément, aux raions du Soleil un prisme triangu- , Suivant une autre opinion allez semblà. laire à une cercaine distance d'un pa. „ ble, c'est une modification de la lu- pier qui pujsle renvoïer les ražons rom- » miére , par les facettes différemment pus & séparés ; vous voiez sur le pa- » arrangées sur la fuperficie des corps. pier sept couleurs bien distinctes, & di- » Le pére Mallebranche explique la cou. Sposées dans l'ordre qui vient d'être re- » leur par une vibration plus ou moins marqué, de la couleur rouge, orangée, prompte des raïons lumineux. Un Phy- jaune, verte, bleue, indigo,& violette. ficien moderne (0) ajoûte à cette hy- Newton aobservé que lesespaces ocpothéle , que les couleurs sont des vie cupés par les couleurs sur le papier ne brations de raïons lumineux, plus ou font pas égaux, mais dans la même raimoins fortes, & plus ou moins inter- fon que les nombres, qui expriment rompuës ou mêlées d'ombres. Ainli le les intervalles des sept cons de niusique. blanc consiste dans des vibrations vi- Conyenance merveilleuse & cependant pes de raïons non interrompus ou fort très vraisemblable , puisqu'il est natu. peu mêlés d'ombres. Une certaineme. rel que les différentes modifications de diocrité de vibrations & d'ombres en la vûë & de l'oüie se répondent. tremêlées fait le verd, c'est pourquoi M.de Mairan [g] a poussé plus loix il fatte doucement les yeux. Le noir la conjecture ; il a établi dans le fluiconfiste dans des vibrations fort fois de de l'éther des particules, qui à caubles de raions souvent interrompus, se de leur différente consistance ou de ou mêlés de beaucoup d'ombres. Le leur diftérente grosscur, se meuvencou blanc & le noir sont en quelque façon frémissenc differemment & avec des vila matiére des autres couleurs,qui sont tesses inégales, & produisent ainsi les différentes à proporcion qu'elles par- differentes couleurs. Il a expliqué paticipent du blanc & du noir, par des reillement le fon par des particules d'un vibrations plus ou moins vives, & plus air moins subcil, lesquelles aïant un ou moins mêlées d'ombres, llac Vor- rellort différent, se trouvent à l'unif. fius [p] attribuë les couleurs au chaud son avec les corps fonores d'un ressort ou au froid, & il observe que le blanc proportionne & ne frémissent que domine dans le grand froid.

quand elles sont ébranlées par eux. CetNewton établic une espéce de gam- ce hypothése mec dans l'air des partime des couleurs, pour ainfidire, élé- cules pour chaque tour, comme il y en mentaires. Il met l'origine des couleurs a dans l'écher pour chaque couleur ; & dans les raïons de lumiere , & pose il n'est plus étonnant que l'air trans. pour principes sept espèces de raions, mette en même temps & sans confusion

[0] Nouveaux entretien's Physiq. t. z. en- C. 24. ITET. 23•

[9] Hist. de l'Acad. des sciences , ann. [2] if. Vol. de natur, doo proprier, lucis, 1720. g. 11,

différents sons, ou l'écher différentes question de nom : il ne confidere pas le couleurs.

feu & la lumiere comme des substan Faites au papier une pecite ouvertu, ces réelles & distinctes , mais comme de re qui ne laisse passer qu'une espéce de fimples modifications. raïons , qui porte , par exemple, le Aristote regarde la lumiére comme rouge ou le violet; rompez de nouveau une qualité; plusieurs modernes comle rajon evec un second prisme, avec me des particules émanées du Soleil , un troifiéme ; faites les courner sur & des autres corps lumineux; Descar. leur axe ; le raïon différemment rom. tes comme l'impulsion des globules du pu , refléchi différemment, présente second élément, par le mouvement de toujours la même sorte de couleur : la matiére subtile, qui est dans les corps Dans cette hypothese le blanc résulte lumineux. Ces globules doivent être du mêlange des sept couleurs princi- fort deliés , puisqu'ils pénétrent des pales; & les corps paroissent différem- corps d'un ciilu trés serré , comme ment colorés, parce que la figure de le verre : & la matiére lumineuse leurs pores, la cissure & la consistan- doit être composée de parties sphérice de leurs parties refléchissent une plus ques ou rondes, puisqu'elle se reflégrande quantité de raions d'une certain chit comme les corps sphériques , à ne espéce, tandis que les interstices de angles égaux d'incidence & de réfle. ces corps transmettent la plậparc des xion. autres ražonsou qu'ils les absorbent. Descartes croit que la lumiére fe com

Observons en passant [r] que le noir munique dans le même instant parsignifie la persévérance ; que le bleu ex- tout où elle peut pénétrer. Il se sert prime le zéle; le rouge représente la d'une comparaison fort juste [t], au colere & la vengeance; la couleur d'or sujet de la rapidité prodigieuse de la dénote la joie ; le verd est la livrée de lumiére, en disant que la continuité l'espérance : le blanc de la pureté. des globules du second élément fait le

La lumiére est un feu rare, diffus & raïon de lumiére, & que l'impulsion tions fur la subtil, de même que la vapeur est une de ces globules est la même que celle

eau subcilisée : & comme la vapeur se d'un bâcon, quelque long qu'il soit, peut rassembler par l'alambic, être con- qui ne peut être poussé par un bout ; denséc, & redevenir eau ; de même les que le corps sur lequel porte le bouc raïons de la lumiére réunis par le mis opposée ne le sente en même temps. Def. roir ardent , forment un feu qui en. cartes donne cette explication de la lu. flamme les matiéres combustiles , & miére pour une force preuve qu'il n'y fond les métaux. Ifàc Vossius [s] qui a point de vuide, & il prétend que fi a nié que le feu fût corporel donnc en- les globules poussés par les corps lumicore moins une nature corporelle à la neux , & reflechis par les corps opaJumiére:mais fi le feu & la lumiére neques avoient à traverser les espaces imfont

pas des corps, quelle peut donc menses qui sont entre ces corps , & être leur substance, & comment agif- l'ail qui en est frappé, la rapidité de la lent-ils sur des corps ? Ce n'est qu'une lumiére feroit inconcevable. En effet

59. Observa.

ju miérs.

[r] Agripp. de vanit. scientiar.c.18.

[s] Cùm ignis five flamma uon fit cor. porea, multo minus lumen corporeum.

Isac, Voff. de nat. do propriet, lucis, cap: 3.

[] Defiare, tr. de la lum.ch. 14.

Calcul du

Saturne étant éloigné du Soleil de trois répondre à cette objection, par l'exem? cents trente millions de lieuës , la lu- ple d'un fleuve dont leseaux font clai. miére qui part du Soleil, & quiest re- res, & le cours extrémément rapide. fléchie par Saturne , a non-seulement Cette rapidité de son cours n'empêche cet espace à parcourir , mais encore pas d'appercevoir fort distinctement du tout celui qui est entre Sacurne & nous, fond de son lit , les plus minces objets qui eft aug nenté de toute la distance qui font au-dessus de les eaux : & il n'y qui cft entre le Soleil & la terre , lorf- a cependant aucune comparaison à faique le Soleil est entre Saturne & later- re des eaux de ce fleuve, qui font beaure. La lumiére doit être d'une prodi- coup d'impression sur nos sens, avec la gieuseforce [u], & Sacurne bien pro- matiére imperceptible & très déliéc , pre à la refléchir. Celle qui vient des qui compose les courants des tourbilétoiles, de ces soleils qui sont au centre lons , & qui eft infiniment plus facile à des tourbillons séparés du nôtre par une traverser que les eaux du fleuve. infinité de tourbillons intermédiaires, Plusicurs Philosophes sont contraires a des espaces incompréhensibles à tra- au sentiment de Descartes, que la lu- progrés de vérser. Cette lumiére est directe à la miére se répand tour à la fois & dans

la lumiére. vêrité, mais quels obstacles ne rencon- le même instant. Ils soutiennent qu'el tre-t-elle point dans les divers courants le fe communique avec un progrés prodes tourbillons, dont elle doit franchir digieusement rapide, mais luccelfif . les limites [x]? Eft-il possible d'imagi- Ils ont mêmeentrepris de le calculer , ner que desglobules venus de la loin & d'en mesurer la vitesse . Romer & & dont la force a été craversée sur la quelques autres, ont observé ce progrés route & rompuë en tant de maniéres par les éclipses des satellites de Jupiter. différentes , arrive néanmoins jusqu'à ils ont remarqué que lorsque la terre notre tourbillon & le remplisse de elt entre Jupiter & le Soleil , ces éclie

sorte que l'écoile soit.apperçûë de quelpses arrivent environ septou huit mique point où l'æil soit placé. Les Phy- nutes plûtôt, qu'elles ne devroient ar:siciens même qui nient la mobilité de river suivant les tables , au lieu qu'elles la terre , soutiennent que fi la terre arrivent sept ou huit minutes plus tard tournoit & entraînait avec elle un ach- qu'elles ne devroient , quand le Soleil mosphére, ou un courant de mariére est entre Jupiter & la terre[y] . La Auide, nous ne pourrions appercevoir raison en eft, disent-ils, que la lumié. le Soleil d'aucun endroit de nottre Glo- re qui vient des satellites , doit faire be, parceque.la lumiére qu'il nous en- dans le dernier cas un chemin plus - voie seroit décournée, & rompuë par grand que dans le prémier , de tout le l'athmosphere ou le tourbillon de la diamétre de l'orbite de la terre. terre, Les Carréfieds peuvent aisément Suivant ce principe, le progrès de

la

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P.56.

[] Hist, de l' Acad. des scienc, ann.1716. Descartes, part.4.p.382.

[y] Nevuton , optic, lib.2. paet. 3. pro[*] L. P. Daniel, vojage du monde de po 11.

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61.

de la facul.

la lumiére, le chemin qu'elle fait dans différentes hauteurs des masses d'eau &
l'espace du diamétre de l'orbice de d'air, on trouve, par exemple , que
la terre, étant évalué à une durée de l'eau de la mer doic perdre toute sa
sept minuces & demie ou de 450. se- transparence lorsqu'elle a 256, piésde
condes, & cette distance ou le dia- profondeur, & que nous serions plon.
métre de la terre étant estimé sur le gés dans une nuit continuelle, fi l'ath.
pié de soixante-six millions de lieuës, la mosphére de notre globe conser-
lumiére parcourt environ cent trente voit la même densité & épailleur, qu'il
mille lieu ës dans une seconde.

a ici bas , pendant deux cents vingt-
Sur le fondement de ces mêmes écli. fept licuës communes.
Le piogrés
de la lume-pses des satellites, Huguens dans son

Les Physiciens ont eu des opinions diferentes Se fix cents craité de la lumiére, conclut qu'elle se fort opposées sur la maniére , dont'explications plus vite transmet environ six cents mille fois la faculté de voir peut être exercée .

té viluelle, que celui plus vîte que le son, dont le progrès Les Stoiciens l'expliquoient par l'élon

el de cent quatre-vinges toises dans le mission des raions visuels qui partent
temps d'une seconde. Les propriétés de des yeux . Galien [b] ajoûtoit à l'é.
la lumjére, suivant Isac Vossius [z], million des esprits visuels , la jonction
sont d'échauffer, de produire les cou- de l'air extérieur, qui leur sert com-
leurs , de porter & de répandre par- me d'un instrument, par lequel ils
tout les espéces visibles des objets , de discernent les objets visibles , en sorte
changer la disposition des pores dans que l'air est aux esprits visuels ce que
les corps qui reçoivent ses ražons, de les nerfs sont au cerveau . Les Epi-
causer ainsi la fécondicé des germes & curiens ont fait consister la vûë dans
les effets les plus salutaires à la santé la chute des raïons visuels sur les ob-
jusqu'à rappeller quelquefois & rame. jets, & dans le renvoi de ces ražons
ner entièrement la chaleur naturelle. par les objets vers les yeux. Les Pé.

Où ne se portent point les efforts de ripatéticiens dans l'infinuation & la la nouvelle la nouvelle Physique? Boyle a préten- réception des espéces visibles au, deBylique. du pousser les expériences jusqu'à dé. dans des yeux. Empédocle a compo

terminer & calculer ( a ) le poids de la sé la vision en partie des ražons lu-
flamme . Dans un nouvel essai d'op- mineux, & en partie des inages ou
tique on a supputé quel affoiblisle, espéces visibles . Democrice soutenoic
ment est causé à la lumiére par la cranf. que les objets visibles produisoient
parence des corps ; on y a décerminé leur image dans l'air, que cette ima-
l'épaisseur qu'il faudroit donner aux ge en produisoit une seconde , la fe
corps transparents pour les rendre opa- conde une troisiéme toûjours plus pe-
ques. On a compté les degrès de di- cite ; & qu'enfin la dernière en pro-
minution que souffre la luiniére par les duisoit une toute femblable dans
Tom. I..

Q99

6. Erorts de

1

[<] 18. Voff. de vit.do propriet, lucis,p.3. [6] Galen. in Hippocr. prognoflic.comment,

[x] Roberf, Boyle, de flamma ponderabia 1. text. 23. Idem de Hippocr. Plaron. decres li: are . Idem , de ponderabilibus partibus ris, lib.7.c.5. Idem de usu pariin, lib 10. flamus.

do lib. de oculis.

en forte

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l'ail . Platon , pour former la vie morceau de papier assez mince pour fion , faisoit concourir ensemble l'é. être transparent , & placez cet oil mission des ražons visuels , la rencon- au trou d'une fenêtre cre des images ou espéces visibles que la prunelle soit à l'air , & quc & la transparence lumineuse de l'air le derrière de l'ail soit dans la intermédiaire . Hipparque représen. chambre , qu'il faut bien fermer ; toit les yeux embrassants les objets par alors on verra toutes les couleurs leurs ražons visuels , comme les mains des objets qui sont hors de la chams'étendent vers les objets . Les Géo. bre, répanduës sur le fond de l'ail; métres se trouvant bien dépourvus de & ces objets paroissent peints à la leur certitude ordinaire, ont imaginé renverse : ce qui est vraisemblable. des pyramides ou des cones doubles . ment commun aux yeux de l'hom. La pyramide extérieure, qui vient de me & de couts les animaux . Cet. l'objet, a la base dans la prunelle ; te expérience , en faisant connoître & des raïons de cette pyramide il s'en que l'objet extérieur qui occafion. forme une feconde , opposée par la ne la sensation de la vûë, vient base à la prémiére , & dont le some se peindre au fond de l'ail , conmet aboutit à un point de la rétine. firme l'opinion Péripatéticienne de Ainsi le jugement que nous faisons de la réception des espéccs visibles au la distance des objets est tiré par une dedans des yeux. Mais la maniére espéce de Géométrie naturelle , du dont la faculté de ce sens peut plus ou du moins d'étenduë qu'ont être exercée n'en devient pas plus Jes angles des raïons visuels.

intelligible. Il semble que nous aïons une preu. Quiel Physicien pourroit expliquer ve sensible que la vision s'opére en nous comment une infinité de raïons & par la réception des espéces visibles de couleurs différentes, qui se crojau dedans de nos yeux , & non parlent en un point , transmettent par l'émission des ražons visuels . Fermez ce même point toutes leurs différenles yeux après avoir regardé le soleil , tes impressions sans se confondre ? vous voicz une lumière dont l'éclat De quelle maniére comprendre que s'efface peu à peu , prenant succesli. toutes les espéces de ce grand nomvement différentes couleurs , comme bre d'objets qui sont dans le ciel & le rouge , le verd, le bleu , le vio. sur la terre ; se puissent réduire à let. N'est-ce pas une marque qui ap- un point d’où elles sont apperçuës , proche de l'évidence, que la violence puisque ces espéces visibles étant des ražons solaires s'insinuant dans l'or- matérielles sont impénétrables, touts gane de la vûë avec une force qui le lcs Physiciens convenant que l'imbleffe , y fait des impressions , dont pénétrabilité est de l'cllence de la l'effet dure long-temps après avoir matiére ? N'ef-il pas contre toute même fermé le passage de la lumié- apparence de vérité , que les espére? Prenez un vil de bæuf nou- ces visibles de touts les objets qui vellement cué , dont on ait ôté les peuvent être apperçus , se renconpeaux qui sont à l'oppofice de la pru- trent dans chaque point des espanelle , à l'endroit où est le nerf opti- ces immenses , d'où l'on peut apque : mettez à leur placc quelque percevoir ces objets ? Est-il conce

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