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4.

ne autre manière par laquelle on půc accire, l'autre retient , &c. Dans le
expliquer le méme effet. Or il est roman de la rose, la nature dit en
très difficile, pour ne pas dire impos parlant de Dieu.ii
sible de pouvoir jamais s'assurer de ce
point, & le Physicien de bonne foi Cettuigrand fire tant me prise,
doit avouer ; qu'on ne peut avoir une

Qu'il m'a pour sa chambriére prife,
connoissance absoluë & pofitive de la

Pour la chambriére certes, voire

Pour connetable, ou pour vicaire. nature des corps.

Descartes, dans son traité de la lu. Mais c'est plutôt un tour poëtique Un fy miére, a la fincerité de convenir qu'une opinion sérieuse, qui falle de losophie eft qu'un systéme de Philosophie est un la nature un être intelligent, distinct un Boman.

roman, ou une fable. Mais il con- de Dicu même, & exécutant ses com-
tredit ailleurs [c] un sentiment firai- mandements. Les uns ont entenda
sonnable , en disant qu'il croiroit ne par elle un agent aveugle , qui for-
sçavoir rien en Physique, s'il sçavoit moit toutes choses au hazard , les
seulement expliquer comment lescho- autres l'ont regardée, comme la ma-
fes peuvent être , sans prouver qu'cl. tiere animée par un esprit universel;
les ne peuvent être autrement. quelques uns l'ont prise pour Dieu mê-

Définition Presque tous les: Philosophes ont me ; & il y en a bien peu qui en de la nai Erreurs des échoué, pour ainsi dire ; en s'embar

aing dire, en s'embar. aïent eu une idée asez jufte , & af ". fur la natu, quant. Ils ont ignoré ce que c'étoit sez claire , pour la définir , comme ral. en génér en général, que cette nature dont ils un poëte moderne (8):

La loi imprétendoient expliquer les operations. muable établie par le Toutpuissant Aristote [ d ) définit la nature le prin- dès la création du monde , suivant cipe du mouvement & du repos; Cæ- laquelle la différence des formes est lius Aurelianus attribue à Asclepiade appliquée à la maciére. [] ce dogme des Stoïciens, que tout L'ancienne Physique étoit un alse fait par des loix naturelles & né- semblage de termes embrouillés & cations de cessaires; & que la nature n'est autre obscurs, qui ne signifioient rien. Au bocicate choses que la matiére, & le mouve- lieu d'explications elle substituoit des étoient des ment. Hippocrate au contraire [f] mots qui n'avoient aucun sens, comparloit de la nature comme d'un prin-me les termes généraux, n'acte, de cipe intelligent , & lui attribuoit des puissance, de proprietés spécifiques , facultés, dont l'une repousle, l'autre de facultés occultes, de vertus in

trin

5.

7. Les can

foos vaides deters.

[c] Descart. 1. 2. epift. 37.
[d] Aristor. physicor. lib. 2.6, 1.

[e] Omnia fieri neceffitate , & nihil
'fine caufa, & neque naturam a'iud esse
quàm corpus, vel ejus motum. Cal. Aure-

lign. de morbis acutis do chronicis, lib. 1,6.14
: [f] Galen.facule, naiural. lib. 1.6. 12.
[gi Naturam verò appello legem on-

Cunctis imposuit rebus, juflitque te

neri
Inviolabiliter , dum mundi fæcla

manerent,
Nam legem hanc rerum formis Deus

indidit, unde
Cùm rebus dant cffe, Dei mauuata

libenter
Efficiunt formæ, & nequeunt hanc

nipotentis Supremique patris, quam primâ ab

origine mundi

fallere legem. Marcell. Paling. Zodias, lib, 11,

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tote,

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trinséques, de qualités naturelles, de Si le dellein d'Ariftote eût été de

Principe de
formes substantielles, d'accidents, de n'enseigner que des choses utiles , il la privation
sympathie & d'antipathie , de puis- n'eût pas établi la privation pour prin- dans Arif
sance attractive ou expultrice, decipe : ce qu'il prouve par l'exemple
causeséquivoques ou'univoques, d'at- d'une facuč, que l'ouvrier ne peut
trait vers le centre, de crainte du faire sans choisir une matiére qui ne
vuide , & autres oxpressions inutiles. soit pas encore cette ftatuë qu'il se

Descartes , dans ses Méditations propose de faire.
Métaphysiques , défie les Peripateti- Aristote soutient que la forme est

Paralogismc
ciens les plus zélés, de montrer au- une substance veritable, un être réel d'Ariftote
cune vérité qui ait été déduite des qui a une existence distinguée de l’e- fur la for-
principes physiques d'Aristote. Cette xifence de la matiére; que la matiére
ancienne Physique donnoit des paro- delire la forme qui est enfermée en
les pour des raisons : c'est comme si elle, non pas actuellement, mais en
l'on disoit, qu’une houssine avec la- puissance : & il ajoûte que la forme
quelle on bac un habit; en chasse la est tirée de la matiére , comme s'il
poudre , parcequ'elle a une faculté étoit possible de cirer réellement d'u-
expulcrice. On ne s'accommode pas ne chose , ce qui n'est pas actuelle-
de cette explication dans les choses ment en elle. Il vaudroit autant di-
claires par elles-mêmes, & qui sontre qu'une bourse ne contient pas ac-
du ressort des sens; mais pour les ef- tuellement dix louis , qu'elle ne les
fets qui nous sont imperceptibles , cet- contient qu'en puissance , par la ca-
te maniére de discourir a été bien pacité quelle a de les contenir ; & que
reçûë pendant un grand nombre de cependant on tire ces dix louis de cet-
siécles, & on regardoit .comme sça. te bourse.
vants ceux qui disoient que la rhu. Cet exemple fait connoître com-

Contrarié. barbe purge la bile , parcequ'elle a une bien les recherches embrouillent fou- tes des phy: faculté purgative. M. de Fontenelle vent les notions les plus simples, & fciens, Jar suppose [6].que les anciens sages, les plus naturelles. Les modernes ex- ments: un Platon, un Pythagore , un Ari- pliquent avec beaucoup de netteté, ftote , fussent à l'Opera & vissent le que la forme n'est autre chose que vol de Phaëton. L'un d'eux diroit : l'arrangement des parties de la maCest une vercu secréte qui enleve tiére. Phačton; l'autre, Phaëton eft com- Quelles contrariétés parmi les Phi. posé de certains nombres qui le font losophes ; quelle diversité d'opinions monter; l'autre , Phaëton a une certai- touchant les éléments! Thalés établis-ne amjeié pour le haut du théatre, il soit l'eau pour principe général: il se n'eft point à son aise quand il n'y est pas; fondoit sur cette raison [i], que tout l'autre Phaëton n'etoit pas fait pour vo. dans la nature jusqu'au Soleil même ler, mais il aime mieux voler que de se nourric de l'humidité. Cette doclailler le haut du théatre vuide. trine étoit cirée des Phéniciens , Nu. Tom. I.

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[b] M.de Fontenelle,pluralité des mondes, prémier soir, P.17,

[:] Stanl. bit. philof. in Thaleco 6.

menius l'appuyoit fur ces paroles de formité de sentiment avec les anciens, Moïse [k]: L'esprit de Dieu étoit por- ni entreux , Gaflendi n’admet pour té sur les eaux, Comme si par les eaux principes généraux que la divinicé, & on eût dû entendre l'universalité de la le mouvement ; Flud, la lumiére & matiére. Mégasthéne [1] attribuoit les ténébres; Descartes, la matiére du la même opinion aux Philosophes In- prémier élément ou la matiére subdiens;

tile, celle du second élément ou les Phérécyde ne reconnoisloit d'élé- globules, & celle du troisiéme , ou ment que la terre ; Anaximandre, les partiesbranchuës ; les éléments des l'infini; Anaximéne, l'air ; & Diogé. Chimistes sont le mercure, le soufre, ne Apolloniate , disciple d'Anaximé le sel, le flegme , & la tête morce; ne, [m] soutenoit que l'air n'étoit le à quoi Paracelse ajoûte la quinte ef. principe général, que parcequ'il étoit sence ; un nouveau Physicien prend doué d'une portion de la raison divi- pour prémiers principes de toutes chos ne ; Xenophane mettoit le premier ses les acides, les alkalis, les soufres, principe dans l'unité ; Anaxagore, les flegmes, & la terre. Selon lui, la dans les parties homogénes; Pythago- différence des uns & des autres n'est re, dans les nombres ; Empédocle; que dans la grosseur, & la figure des dans l'amour ou la sympathie ; Héra. parties. Il donje aux acides beaucoup clite & Archelaus, dans le feu; Epi- de solidité & plusieurs angles aigus, cure , dans les atomes; Parménide, & aux alkalis beaucoup de pores & dans le chaud & le froid; Athenée le fort ouverts. Par-là, il rend raison de médecin [n], dans les quatre premié- la fermentation qui arrive quand ces res qualités ,chaud, froid , humide, deux corps se mêlone. Voilà bien des & sec: il ajoûtoit un cinquième élé- formes d'éléments ; quel arbitre entre ment , l'esprit qui pénétre touts les tous ces philosophes pourroit déineler corps & les conserve dans leur état la véritable ? & l'opinion la plus plau. naturel.

fible de toutes , ne seroit-elle point Leucippe & Démocrite , faisoient que la nature pourroit bien avoir em. confifter les éléments dans le plein & ploié dans la structure de l'univers, le vuide; Platon, dans la divinité, quelque méchanique qui nous échaples idées & la matiére; Aristote dans pe absolument? la matiére, la forme & la privation; Il a plû à quelques philosophes, sans

Proportion Zénon, dans le destin, le feu, l'air, aucune preuve, de mettre une propor- décuple de la terre , & l'eau ; Pline [0], dans le tion décuple entre les éléments; & ils Félateur feu, l'air, la terre, l'eau & le sel. ont avancé que le feu eft dix fois plus meats. Parmi les modernes il n'y a ni con- léger que l'air ; l'air dix fois plus lé

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C. 2.

[4] Et fpiritus Domini ferebatur super ex eo fieri poffet. S. Aug. de civit. Dei. lib 8. a quas. Gen, in. init. [1] Meg asth. ap. Strab. lib. 15.

[n] Athénée le medecin , que Galien cire [m] Diogenes quoque Anaximenis ale souvent,

est différent d'Athénée le grammaia ter auditor,

aërem quidem dixit efle ma- rien, auteur des Deipnosophistes, teriam de quâ omnia fierent , sed eum effe [0] Plin. lib. 31.6.7. compotem divinæ rationis , fine quâ nihil

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ton.

ger que l'eau ; & l'eau dix fois plus chargement [g] dans toutes les parlégére que la terre , .

ties de la matiére , les unes perdant La Géométrie de Platon [p] prise leurs angles, les autres s'unissant & Explication des cinq de Pythagore, désignoit par le cube s'accrochant ensemble. corps régu, ou hexaëdre la solidité de la terre; par La terre est composée de parties du

le tetraëdre ou la pyramide, la péné- troisiéme élément , qui font serrées, tration du feu ; par l'octaëdre ou & de figure crochuë ,ce qui fait la focorps à huit faces réguliéres, la mo- lidité de la terre : leur union néanbilité de l'air ; par l'icofaëdre ou corps moins n'est pas si intime qu'elles ne à vinge faces réguliéres, la fluidité soient pénétrées par la mariére du préde l'eau ; par le dodecaëdre formé de mier & du second élément. L'air est douze pentagones, la supréme sphére composé de parties du troisiéme éléde l'univers, comme renfermant les ment, mais éloignées les unes des au. quatre éléments , les sept cieux des tres, & forc déliées, en sorte qu'elles Planétes, & le firmament. Tel est le sont pliées aisément par la matiére du myftere des cinq corps réguliers de prenijer & du second élément, qui crits par Platon, mais inventés par y abonde : ce qui fait le mouvement Pythagore.

& l'agitation de l'air : l'eau est comLes éléments de Descartes ne dif- posée de parties du croisiéme éléer ligation, ferent que par la forme plus ou moins ment , longues , unies , molles & plian. de Descar- déliée de leurs particules impercepti- tes , de la figure des aiguilles : &

bles. Ainli le premier élément ou la la mariére du prémier élément qui macićre subcile, n'eit proprement que s'y mêle, les entretient dans un mou. la raclure la plus mince du froillement vement continuel , qui fait que n'étant des corps qui se meuvent. La macie- pas propres à s'accrocher les unes aux re du second élément est une matiére autres, leur fluidité ne peut être arun peu plus solide, arrondie , & rêcée que par un corps dur & solide, émoufléc

par le froissement ; ce font qui les empêche de se répandre. L'eau des petits globes d'une force & d'une de la mer outre ces parcies molles & activité mitoïenne , entre la matiére pliantes , en a de roides & inflexibles du premier & croisiéme élément. Ce qui font le sel; & ces eaux étant fildernier est la matiére la plus folide, crées par des sables s'y desalent, parqui a le mieux réfifté au froillement, ceque leurs parties roides y sont bri& qui a conservé des figures bran- fées. chuës & irréguliéres, plus propres à M. Boërhaave[r] routient au conformer par leur accrochement le vo- traire que les particules de l'eau font lume compact & mallif des corps les aussi inflexibles , & aulli dures que plus grossiers. Il se faic un continuel diamant ; ce qui paroît s'accorder avec

LES.

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[p] Σχήματα πέντε Πλάτωνος, ά Πυ- [9] Descart, er de la lumiére, 6.6. θαγόρας σοφός εύρε .

[o] Hermannus Boërhaave , in eleIlusajápas copos süpe, naáruw da sipi- mentis chimiæ. Journal desfçauants Avril dna isisazer,

1732 Ευκλείδης έπι τοίσι κλέος περικαλ

λές έτιυζεν.

14.

de l'air & de l'eau.

les effets surprenants qu'elle produit, fervir de nourriture à lui-même : lorf
lorsqu'elle dilate les pores du bois , que le second élément s'insinuë dans
puisque, les tailleurs de meules de les interstices d'un corps solide, con-
moulins n'ont pas de meilleur možen jointemept arec le premier , il en tem-
pour séparer une meule d'avec le roc, pére l'extrême ardeur , & il empêche
après l'avoir taillée, que d'enfoncer que ce corps folide ne foit enflammé;
des chevilles de bois dans des trous mais lorsque les pores d'un corps so-
horizontaux, qu'ils font entre la meus lide sont dispofés de façon, que la ma-
le & le roc, puis de mouiller ces che. ciére du premier élément est seule mê-
villes , car alors l'humidité qui les lée avec les parties groffiéres du troi-
pénétre, les fait enfler de maniére, fiéme élément, qu'elle y domine par
qu'en peu de cems la meule le crou. une agitation assez forte, pour com-
ve séparée.

muniquer son mouvement aux parties L'air a une parfaite analogie avec plus compactes , & que les globules du Amaitople l'eau ; l'athmosphére de l'air, quien- fecond élément, ou n'y sont pas admis,

vironne le globe de la terre, est com- ou n'y peuvent résister à la force de la
me un grand fleuve, dans lequel les matiére subcile, alors ce corps brûle
hommes & tous les animaux terres jusqu'à ce que le mouvement de la ma-
tres, ou aëriens vivent à leur manié. tiére fubtile ait divisé toutes ses parties.
re comme les poissons dans l'eau. Les La seconde opinion est que le feu
parties de l'air s’unident & fe désunit- est un fluide particulier, qu'il s'at-
sent avec autant de facilité que cela tache à plusieurscorps, & fournit mê.
les de l'eau; l'air comme l'eau et luf.

me quelque chose à leur compofition:
ceprible du chaud & du froid, de mês qu'il conserve toûjours sa propre essen-
mc il s'empreigne aisément des odeurs cc & fa figure, neceffant jamais d'être
bonnes & mauvaises, il coule & s'in feu, quoiqu'il ne brûle pas toûjours.
finue comme l'eau, dès qu'il trouve. Cette feconde opinion et contraire à
le moindre passage ; & je 100 doute l'hypothéfe du plus grand nombre des
pas qu'il ne puisse être revêtu , & philofophes, qui regardent toute forte
teint de toute forte de couleurs, com- de matiére comme propre

à recevoir me on co fajc quelquefois prendre à toute forte de figures ; en forte que l'eau.

touts les éléments sont conversibles l'an 35. Il y a deux principales opinions fur dans l'autre, par le changement de la Dedx pripcipales opi- la nature du feu; la première qu'il n'est configuration des parties, & la dif

que

le mouvement rapide de toute férence du mouvement. forte de matière. Il est important d'ob- Le pére Castel', dans son craité de fervis ici que le premier élément de Physique , a soutenu que le feu est le Descartes est trop subcil, pour que son plus pelant de touts les corps. mouvement feul puisse donrer quel- Ifac Voffius [s] ne considere le four que constance au feu, que cet élé- que comme l'effet de la pression, & il ment seul ne peut s'enflammer , ni se ne le met pas au rang des corps.

nions sur le feu .

Opinion lit guliere d'I. lắc Volux lur le feu.

[s] Ignis nafcitur foli compressione vel relucis, 6,1. Igais non eft corpus. c. 2. attritione. Ilác, vol. de natura e proprieta

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