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15. Exem tes des apotheofes.

Macrobe [4] rapporte au Soleil toutes les divinités du Paganisme: c'est auf fi l'opinion [b] de Voffius.Le même abus, qui avoit jetté les hommes dans l'adoration des chofes inanimées, dont ils tiroient de grands avantages,comme du Soleil,[c] de la Lune, du feu, les engagea à mettre au nombre des dieux[a]les hommes qui leur avoient fait du bien. Sanchoniaton [e] obferve, que c'étoit la coutume des Phéniciens & des Egyptiens de déifier les inventeurs des chofes néceffaires à la vie.

La premiére apothéofe [f], que l'on connoife, eft celle d'Ofiris,fuivie peu aprés de celle de Bélus. Toutes les divinités des Grecs, Saturne, Jupiter, tous les autres princes de la famille des Titans font beaucoup plus modernes. Dans les temples [g] d'Ifis & de Sérapis, une ftatue méttoit le doigt fur les lévres pour recommander le filence, fuivant Varron, & ordonner, qu'on eût à fetaire fur l'origine mortelle, & purement humaine de ces divinités.

Il y a eu des apothéofes, qui ont peu couté à acquérir. Anna Perenna [b] étoit une bonne femme, qui fournit quelques vivres au peuple Romain, pendant fa retraite fur le mont Aventin, lorfque la république Romaine étoit agitée des difcordes civiles.

[a] Microb. Saturnal. lib. 1.c. 18. & feq. [b] Voff. de idolol, lib. 2.

[c] Deorum numero eos folos ducunt, quorum opibus apertè juvantur, Solem, Vulcanum & Lunam Caf.de bello Gall, lib 6.

[d] Non folùm hæc ætas,fed & tota pofteritas reperti alimenti gratiâ, repertores ut deos omnium clariffimos honoravit. Cic. de nat. deor, lib. 1.

Hic eft vetuftiffimus referendi bene merentibus gratiam mos, ut tales numinibus adfcribant. Plin. lib. 2. c.7.

[e]Sanchoniar. ap. Euseb.praparat.evangel.lib.x c. 6.

[f]M. Abbé Banier, explicat,hiftor, des fab.

Ce bienfait lui valut une place de décise. On célébroit fa fête au mois de Mars,& on lui faifoit des facrifices.

Cicéron [] fait mention des apothéofes d'Erechtée, & de fes filles ; Plutarque [k] & Diodore [] de celle de Théfée; Tite-Live de celle de Ro. mulus; S. Auguftin, de celle [m] de Codrus; Origéne [n] de celle d'Hercule Thébain, fils d'Alcméne, & de celle d'Amphiaraiis. Les Carthaginois anciennement érigérent en divinités deux frères, appellés Philénes, qui avoient été immolés à la patrie. Cyréne & Carthage étant en difpute [o] fur des limites, on convint de part & d'autre, que deux jeunes hommes partiroient en même temps, de chacune des deux villes, & que l'endroit, où ils fe rencontreroient, ferviroit de limites. Les Carthaginois firent plus de diligence, & avancérent fort avant dans les terres de cet état voifin:ceux de Cyréne foutinrent, que les Carthaginois avoient afé de fupercherie, & étoient partis plus matin, qu'ils ne devoient. La difpute s'échaufa, on parla de nouvelles conventions. Les Cyrénéens propoférent de recon. noître le droit des Carthaginois, s'ils confentoient d'être enterrés vifs fur la place, offrant de fubir le même fort, fi

[g] Quoniam verò in omnibus templis, ubicolebatur Ifis & Serapis,erat etiam fi mulacrum, quod, digito labiis impreffo, admonere videbatur, ut filentia fierent; hoc fignificat ut homines eos fuifle tacere tur. S. Aug. de civit. Dei. lib. 18. c. 1.

[b] Ovide croit qu'Anna Perenna étoit la fœur de Didon. Ovid.faft.lib.3. [i] Cic. de nat. deor. lib. 3.

[k] Plutarch.in Thefeo.
[1] Diod lib 4.

[m] S. Aug. de civ. Dei, lib. 18. c.19.

[n] Orig. contra Celf. lib. 3.

[o] Salluft de bello Jugurth. Val. Max, lib. 5.c.6.

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Plaphon[] fe déïfia lui-même par fon perroquet: il l'inftruifit à prononcer, Plaphon eft un dieu. Ille lacha enfuite dans une forêt remplie de ces oileaux, quitous aïant appris à répéser ces mêmes paroles, perfuaderent aux peuples la divinité de Plaphon. Le temple de Tullia, confacré par Cicéron à la fille, prépara la voie aux apothéofes, qui peu après fuivirent à Rome en grand nombre. La divinité des empereurs fut une inftitution d'Augufte. C'est à ce sujet, que l'empereur Julien,dans la fatire des Céfars, appelle Augufte[] faifeur de poupées: parce que,comme les enfants font des poupées, Augufte avoit introduit l'ufage des pou, pées céleftes,ou des nouveaux fimulachres de la divinité.

16. Apothéofes des empe

reurs

Dion Caffius [x] décrit la pompe des funérailles d'Augufte, fon lit de parade, fon effigie de cire, fon oraifon funébre récitée par Tibére: de quelle façon fon corps fut brûlé, comment Livie recueillit, & mit fes os à part, & avec quelle adreffe on fit partir l'aigledu haut du bucher, d'où il fembloit, que cet oifeau de Jupiter portoit au ciel l'ame de l'empereur.

[p] Ammonius, in vit. Ariftorel. [g] Plutarch. in Alex. Juftin. lib.12. [r] 2. Curtius & Arrian. passim. [s] Plin. lib. 7. c. 47.

1 Cal. Rhodig. lib. 3. c. 5.

Hérodien[y]rapporte tous les honneurs fanébres, rendus aux cendres de l'empereur Sévére, transportées d'Angleterre à Rome. L'effigie de cire étoit placée dans un lit d'yvoire, élevé fort haut.Durant fept jours, les fénateurs vêtus de noir,& les dames vêtues de blanc, prenoient féance à la droite, & à la gauche de ce lit.Les médecins vifitoient ré guliérement cette figure,exposée fur le lit de parade, & déclaroient tout haut que le malempiroit. Divers chœurs de jeunes hommes,& de jeunes filles chantoient des hymnes. Enfuite le lit & l'effigie étoient pofés au champ de Mars, dans un tabernacle de face quarrée : les chevaliers Romains faifoient caracoller leurs chevaux par des mouvemens réglés,qu'on appelloit Pyrrhiques; un certain nombre de chariots,chargés de perfonnes qui repréfentoient les grands de l'état,tournoient autour de l'édifice jufqu'à ce que le fucceffeur à l'Empire alumoit lui-même le bucher,& on voïoit en même temps partir de fon plus haut étage l'aigle,que la fuperftition faifoit fervir de véhicule à l'ame de l'empereur.

Le même honneur de l'apothéose fut déféré aux impératrices.Suétone [z] & Dion Caffius [a] le rapportent de LiF 2

[u] χορισλάστη. [x] Die Caff. lib. 56. [y] Herodian. lib. 4. [z] Suet.in Claud c. 11. [a] Dio Call: lib. 60.

vie. Drufille fœur & concubine de Caligula, qui fut mariée en prémiéres nôces à Caffius Longinus, & en fecondes à Emilius Lépidus, reçût tous les honneurs divins. Le fénateur Livius Geminus jura,qu'il l'avoit vû monter au ciel, en la même forme, que Proculus l'avoit autrefois affirmé de Romulus, & Numérius Atticus,d'Augufte.

Ces apothéofes devinrent un fujet de railleries.Sénéque fit une fatire fur celle de Claude.Néron appelloit les champignons les morceaux des dieux, à caufe de l'empoifonnement de cet empereur,que fa ftupidité avoit fait fort méprifer pendant la vie,& qui ne fut pas plus révéré après fa mort, malgré fon titre de dieu.

Vefpafien tombant en défaillance,dit: Je penfe,que je deviens dieu,ou peu s'en faut.Pline parle ainfi de ces apothéofes dans fon panegyrique de Trajan: [b] Tibére confacra Augufte,pour augmenter la majefté de l'Empire; Néron fit rendre le même honneur à Claude par dérifion; Tite plaça dans le nombre des dieux Vef pafien fon pére, & Domitien déifia fon frére Tite, l'un & l'autre pour s'honorer eux-mêmes dans les apothéofes d'un pére, & d'un frére: Pour vous; Trajan, vous avez élevé votre pére Nerva au rang des immortels, par le pur motif d'exalter la vertu.

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pect des peuples pour les faux dieux.Ces
nouvelles divinités qui avoient paru peu
auparavant fur la terre, & qui avoient
été fouvent des perfonnes infâmes par
toute forte de vices,comme un Antinous
déifié par Adrien,n'infpiroient aux peu-
ples que du mépris.On trouve des dieux.
menacés,maltraités, punis. Eft ce à moi de
craindre les dieux[d],difoit Néron, puif-
que j'ai le pouvoir de les faire: Caligula
appelloit Jupiter en duel [], & jettant
des pierres vers les nuës, il s'écrioit:
Ote-moi du monde, ou je t'en ôterai. 17

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Alexandre à la mort d'Hephæftion Dieux p [f] fit brûler le temple d'Efculape. homines, Augufte aiant perdu fa flotte par une tempête, [g] défendit de porter en proceffion l'image du dieu Neptune, avec celles des autres dieux. A la mort de Germanicus les ftatues des dieux furent lapidées, les autels renversés, les dieux Pénates jettés par les fenêtres. Le pere le Comte dans fes mémoires de la Chine, décrit plaifamment le courroux des Chinois contre leurs idoles.,, Comment, chien d'efprit, lui » difent-ils quelquefois, nous te lo- ». geons dans un temple magnifique » tu es bien doré, bien nourri, bien » encenfé; & après tous ces foins que » nous prenons de toi, tu es affez in- „ grat pour nous refufer ce qui nous eft » néceffaire? Enfuite on le lie avec des » cordes & on le traîne par les ruës, » chargé de boues & de toute forte, d'immondices, pour lui faire païer les paftilles dont on l'avoit auparavant » parfumé. Que fi durant ce tems là, » ils obtiennent par hazard ce qu'ils

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fouhaitent,alors ils rapportent l'idole en cérémonie dans fa niche, après l'avoir ,, bien lavée & bien effuiée, ils fe profter,,nent même en fa préfence & lui font di. verfes excuses. A la vérité lui difent-ils, » nous nous fommes un peu,trop preflés; ,, mais au fond,n'avez-vous pas tort d'être fi difficile:Pourquoi vous faire battre à » plaifir? Vousen couteroit-il davantage d'accorder les chofes de bonne grace?cependant ce qui eft fait eft fait; n'y fon,,geons plus, on vous redorera, pourvû » que vous oubliez tout le paffé. Un Chi»nois aïant perdu fa fille unique malgré ,, les prières & les offrandes qu'il avoit fais à une idole, dont les Bonzes lui a » voient vanté le pouvoir,forma fa plainte devant le juge du lieu, & conclut, vû la foibleffe ou la malice de cette ido le,à ce que fon temple fut rafé,fes Miniftres honteufement chalés, & elle-mê» me punie en fa propre & privée perfon,, ne. L'affaire parut au juge de confé»quence, il la renvoïa au gouverneur, lequel ne voulant rien avoir à démêler » avec les gens de l'autre monde, pria le » vice-roi de l'examiner. Celui-ci, après », avoir écouté les Bonzes,qui paroiffoient fort allarmés, appella leur partie, & lui » confeilla de fe défifter de fes pourfuites. ,, Vous n'êtes pas fage, lui dit-il, de vous » brouiller avec ces fortes d'efprits; ils font naturellement malins, & je crains » qu'il ne vous jouent un mauvais tour. ,, Cet homme protefta toujours qu'il péri» toit plutôt que de rien relacher de fes droits. Le vice-roi ne pouvant plus re» culer, fit inftruire le procès, & en donna cependant avis au confeil fouverain de Pékin, qui évoqua l'affaire à lui,& cita » inceffamment les parties. Elles compa» rurent peu de temps après. Après plu

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[b] Voff. de idolol, lib. 2. c. 5. [i] Hérodot, liv. 7. Polymn. [k] Hérodot. liv. 4. Melpomen,

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18. Culte cruel

fieurs inftances l'accufateur gagna hautement fon procès; l'idole fut con- " damnée, comme inutile dans le roïau-, me, à un éxil perpétuel, fon temple, rafé & les Bonzes qui repréfentoient fa perfonne furent rigoureufement chatiés, fauf à fe pourvoir contre les », autres efprits de la province, pour fe faire dédommager du chatiment qu'ils » avoient reçû qour l'amour de celuici. », Rien n'eft plus honteux à la nature humaine que le culte cruel des des fauffes fauffes divinités. La ftatue de Moloch divinites. avoit fept retranchemens, pour fignifier les fept planétes.[b] Dans le prémier on facrifioit les fruits; dans le fecond, les tourterelles; dans le troifiéme, les bre bis; dans le quatrième, les boucs; dans le cinquiéme,les veaux; dans le fixième, les bœufs; dans le feptième, les enfants. Ce dernier retranchement étoit confacré au Soleil, & ils croïoient qu'au plus grand des dieux il falloit offrir la plus noble des victimes.

Ameftris, femme de Xerxés[i], facrifia aux divinités infernales treize jeunes garçons des meilleures maifons de Perfe; les Pélafgiens aïant voué la dixme de leurs fruits, fe crurent obligés de facrifier la dixme de leurs enfants.

Les Thraces [k] de cinq ans en cinq ans dépêchoient quelqu'un d'entr'eux vers leur dieu Zamolxis.Ce député étoit choifi au fort. Après lui avoir donné fes inftructions,ils le jettoient en l'air, en forte qu'il retombât fur des javelines qu'ils tenoient droites, & la pointe en haut.S'il s'enferroit bien à plomb,& qu'il mourut promptement, c'étoit pour eux une preuve de la faveur divine.

Céfar [& Strabon [m] rapportent que les Gaulois faifoient un coloffe d'oF 3

[Caf. de bello Gall. lib. 6.

[m] Strab. lib. 4, Lucain dit que les

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Gaulois facrifioient des victimes humaines
Mercure & à Mars.

Et quibus immitis placatur fanguine cæfo Theutates, horrenfque feris alta ribus Hefus. Lucan. lib. 1. [n] Plutarg. de la fuperftition. Tertull. apologet. Minut. Felic. Octav.

[o] Den. d'Halic. liv. 1.

[p] Vos quoque di patrii, quorum delubra piantur Cædibus, atque coli gaudent formidine matrum, Huc lætos vultus,totafque advertite mentes,&c. Sil. Italic. lib. 4 [q] Tertull. Apologet.

l'abolir, fe fût fervi d'un moïen fort efficace,qui fut de faire attacher en croix les prêtres, qui immoloient ces innocentes victimes.

On lit dans la fainte écriture [r] que le roi de Moab facrifia fon fils aîné.

Ariftoméne Meffénien égorgea en l'honneur de Jupiter [s] Ithométe, trois cents-hommes.Théopompe roi de Lacédémone étoit la principale victime.

On peut mettre au nombre des facrifices humains, les dévouemens volontaires de Codrus, de Curtius, & des Décies.A chaque journée de triomphe lorf que la marche étoit arrivée au Capitole, les Romains immoloient folemnellement les prifonniers à Jupiter.Tite-Live rapporte,qu'après la bataille de Cannes, on enterra à Rome quelques victimes vivantes.

Les Locriens [1] dans une guerre dangereufe, firent vœu de proftituer toutes leurs filles dans une fête de Venus.

Héliogabale[]facrifioit à fes dieux les plus beaux enfants qu'il pouvoit trouver,& pendant que fes magiciens immoloient ces jeunes victimes, il examinoit lui-même leurs entrailles. Les démons demandoient [x] le fang le plus illuftre, comme on peut en juger par les exemples d'Iphigénie, de

[r] Reg. lib. IV. c. 3. v. 27. [s] S. Clem. Alex. in protreptic. [] Cùm Rheginorum tyranni Leo phronis bello premerentur Locrenfes, voverunt,fi victores forent,ut die festo Veneris,virgines fuas proflituerent.Juft.l. 21. [u] Lamprid. in Heliogab.

[x 1 Les facrifices des victimes humaines font atteftés par Caf.de bello Gallic.lib 6. Denys d'Halic. liv. 1. Lucain. liv. 1. Pompon. Mel. liv. 3. Juftin. liv. 18. Strab. liv. 4 Plutarch. in Themiftocl. Pelopid. & Marcell. Tertullian. apologet. Hérodot. Euterp. Diod. Sic. lib. 5. Athén. deïpnosoph.liv. 13. Porphyr. de abftinent. lib. 2. Paufan, in Laconic. Eufeb. praparat. evang. c.

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