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mes.

qui étoit la deux cents trente-sixié principaux dogmes, & elle peut pal-
me, il se brûleroic . Il cine effe&tive fer pour fille de la le&te Cynique : N
ment parole. Les jeux de cette année y eut toujours beaucoup d'union en-
( qui répondoit à la cent soixante & tre les Cyniques & les Stoïciens . La
huitiéme de l'ére Chrétienne ) étant fierté des uns, & l'idée de leur sage ;
finis[k], il fit dresser un grand bu. l'effronterie des autres , & leur mépris
cher , & pendant la nuit il vint y met. pour les opinions des hommes, avoi-
tre le feu,

suivi de plusieurs Cyniques, ent pour principe le même fond d'or-
il quitta sa besace, son manteau & son gueil.
bâton, jetta de l'encens dans le feu,& Zénon de Cittie', ville de l'ille de
dic tourné vers le midi : Démons de Chypre , aïant pérdu tout son bien De ztaon.
mon pére & de ma mére , recevez. sur mer se livra entiérement à la
moi favorablement . Aussitôt il fauta philosophie , & il dic [a ] que jamais
dans le feu, & ne parut plus , aïant il n'avoit fait de navigation li heureu-
êté environné & englouri par les flam- fe , que lorsqu'il avoit fait naufra-

ge. Il fut d'abord disciple de Polé.
Saint Augustin [ ]] observe que de mon [b], philosophe de l'ancien.
son temps, il y avoit encore des Cy- ne Académie, en même temps qu'Ar-
niques, mais qu'ils n'auroient pas osé céfilas qui fut chef de la secon-
impunément offenser les yeux du pu- de.
blic, par leur impudence.

La lecte Scoïcienne toute dogma

tique , & remplie de l'esprit de déCosta BransoW3D cision, fut crés-opposée à la seconde

& à la troisiéme Académic, au PyrCHAPITRE HUITIÉME. thonisme , & même à cette maniére Des Stoïciens,

irrésoluë de philosopher , dont so

crate avoit donné l'exemple. Carnéa. SOMMAIRE.

de partisan de l'indécision regardoit

Zénon, comme un redoutable adver-
1. Meme orgueil dans les Cyniques faire [[ ]; & lorsqu'il se disposoit à

O dans les Szorciens. 2. De disputer contre lui, il se purgeoit
non. 3. De Cleanthes 4. De chry. avec de l'ellébore , pour se fortifier
fippe. 5. Des lettres de Sénéque à le cerveau .
Saint Paul.6. De la doctrine Stoj.

Zénon s'attacha à Cratés le Thébain,
que .

ou le Cynique; il eut depuis plusieurs

autres maîtres, & il fonda la secte peu A fe&te Stoïcienne, quoi que fort de temps aprés la mort d'Aristote. Il me venoit cependant avec elle dans les nes orné des peintures du célébre. Po.

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Quanto venari quàm lapuitte mi- 14 S. Aug. de civit. Dei, l 14.6.20..
nus.

[4] Νύν εύπλ λα, ότε νοναυάηκε.
L'épigramme Grecque d' Antipater eft rap- [6] Cic. Acad.gwaft, lib.i.
portée dans l'Anthologie. 1.3. rir. Ei's yuvai. [s] Aul. Gell. lib. 17. cap. 15. Suivant
3485

Valére Maxime, c'éroit pour disputer contra
[] Eufeb. Chrom Lucien , de la mort de Chryfippe, Val. Max. lib.8.6.7.
Pérégr.

lygnote: & le mot Grec[d] , qui fi- j'ai de me rendre prés de vous, mais gnifie portique, fit nommer les disci- je vous envoie deux de mes disciples , ples de Zénon Stoïciens :

ausquels il ne manque rien du côté des Antigonus rui de Macédoine écrivit biens de l'ame , & qui me surpassent à Zénon une lettre pleine d'estime , beaucoup par les avantages du corps. Diogéne de Laërce[e] nous l'a trank Si vous leur donnez une sérieuse atmise avec la réponse: Le roi Antigo- tention ,'ils vous mettront dans leche nus, au philosophe Zénon. Si la fortu. min de la sagesse & du véritable bonne & la gloire m'ont mis au-dessus de heur. vous, je reconnois que vous me sur- Il envoïa Perséc & Philonidas à Anpassez en science & en félicité : c'est tigonus. Ptolemée roi d'Egypte dépupourquoi je vous invite à venir à ma ta un ambassadeur à Zénon, comme à Lour, pour me communiquer les biens un souverain. Les Athéniens firent un dont vous jouissez . Faites réflexion decret, pour lui déférer une couronne que vos enseignements ne seront pas d'or, lui construire un tombeau , aux seulement utiles à un grand roi , mais frais du public , & élever deux coà toute la nation des Macédoniens,car fonnes , sur lesquelles ce decret fut .celui qui forme le roi à la vertu , rend gravé. toute une nation vertueuse , puisque Zénon mourut dans la cent vingtvous n'ignorez pas quelle est la force neuviéme Olympiade [f], âgé de de l'exemple du monarque.

quatre-vingt-dix-huit ans. Les uns diZénon lui fit cette réponse. Zénon, fent que ce fut d'une mort naturelle, au roi Antigonus. J'applaudis à cette les autres, d'une mort volontaire ,.0Cardeur, qui vous porte à préférer une casionnée par le chagrin qu'il conçut science vraie , utile , & nécessaire de s'être rompu un doigt en tombant. telle qu'est la philosophie à une politi- Plusieurs personnages illustres ont faic que fausse & artificieuse , étude que la honneur à cette seđe, comme Cleanplupart des rois jugent seule digne thés, Chryfippe, Stilpon , Panatius, d'eux, & qui est si souvent fatale aux Caton, Brutus, Sénéque , Thraseas peuples'. Celui qui suit la philosophie, Pætus, Helvidius Priscus , Epiftéte, & qui s'éloigne de la volupté , joint l'empereur Marc.Auréle Antonin.Les bientôt les doux fruits de la vertu , dames Romaines au milieu du luxe & aux heureuses disposicions que la na. de la mollésse [g], se piquoient de turca mises en lui, & qu'on peut ap- morale Stoïque. peller la véritable noblesie. Un travail Cléanthes vainqueur de la pauvre. modéré, & de bons enseignements , le té, tiroit & portoit de l'eau , [b]

De Cléans

, thés. conduisent bientôt à la perfe&ion . pendant la plus grande partie du jour, Mon âge de quatre-vingts ans pallés, pour gagner la vie , & emploioit la & la foiblesse de ma santé, sont des nuit à l'étude de la philosophie.ll a vé. obstacles insurmontables au désir, que cu[i]quatre-vingts ans.

Chryfippe A] Ered.

Jacere pulvillos amant?Hor. Epod.s. ] Diog. Laërr. in Zen. Cin.

[b] Cleanthes Pfeev 28, id eft , pu[f] Lucien, de ceux qui ont long-temps teos exhaurientis cognomen tulit, Dios, vécu.

Laërr.in Cleanth. [8] Quid, quod libelli Stoïci inter fe- [i] Diog, Laërr in Cleaneh, Luciano in ricos

Longav.

3

4.

De Chry.

Chrysippe natif de Solos ville de Ci- tées [p] par touts les critiques. Leur
licic, & selon d'autres , natif de Tarse, supposition doit être fort ancienne ,
fue disciple de Cléanthés qui succé. puisque le pape faint Lin , faint Jérô.
da à Zénon. Valére Maxime rappor- me, & faint Augustin les ont regardées
te [k] que Chryfippe, à l'âge de qua- comme véritables." Il est auni fait men-
tre-vingts ans, acheva son trente-neu- tion,dans les actes de saint Lin [9],
viéme traité de logique. Diogéne de de l'amitiéqui étoit entre faint Paul &
Laërce [?] fait monter le nombre des Sénéque.
traités de diale&ique, composés par Le témoignage attribué à faint Lin
Chryfippe, à crois cents onze. Cette n'est d'aucune considération, parce-
logique de Chryfippe, & des Stoï- que son livre des actes de saint Pierre
ciens, passoit pour être fort supérieu- d'où il est tiré, est faux au jugement
re à celle d'Aristote, & des Péripaté. de Bellarmin & de Baronius. Quant à
ticiens, qui régne encore aujourd'hui faint Jérôme & à saint Augustin ,01
dans les écholes.Chryfippe, selon quel- pcut dire, ou qu'ils n'ont paseu le loi-
quesauteurs[m], mourut à force de fir de bien examiner ces lettres, ou
rire, de ce qu'aïant vû un âne, qui qu'il y en avoit de véritables de leur
mangeoit des figues dans un plat, il temps, ausquelles on en a iubstitué de
avoit dit à sa servante de servir du vin fausses, ou que saint Jérôme & saint
à cet animal dans une coupe.

Augustin n'ont pas jugé à propos de
Les Stoïciens enseignoient à recher- s'opposer à une croïance, qui étoit
cher la vertu pour elle-même, sans au- répanduë.
can motif d'espérance, ou de crainte, Sénéque a parlé fort clairement [r]
disant qu'il n'y a point d'autre bien de la sainte Trinité, ce qui ne peut
que la vertu, ni d'autre mal que le vi- être rapporté qu'à ce qu'il vivoit dans
ce, Saint Augustin touché de la belle un temps, ou le Christianisme étoit
morale d'Epictéte, a fait des væux fort connu.
pour son salut. Saint Jérôme trouvoic Néron envoïa prononcer à Sénéque
beaucoup de rapport [n] de la philo- l'arrêt de la condamnation, parce qu'il
sophie Scoïque à la religion Chrétien- étoit soupçonné d'être complice de la

ne. Il met Sénéque au rang des écri- conjuration de Pison [s]. Sénéque reet tes vains Ecclésiastiques [o], obligé, dit- çut cet ordre, & fe fit ouvrir les veines ald.si Paul .il, de l’y insérer, à cause des lettres avec beaucoup de fermeté.

de Sénéque à saint Paul, & de saint On a reproché aux Stoïciens, da.
Paulà Sénéque. Ces lettres sont rejet- voir égalé leur sage [1] à Jupiter ,d'a. De la doc-

. 1
Tom. I.

V

6.

trine Stoique

dicor, in Chry?

[k] Val. Max. lib. 8. c. 7.

ille Deus eft potens omnium, five in[l] Diog, Laërt, in Chryfipp.

corporalis ratio ingentium operum ar-
[m] Petr. Caftellan de vitis illuftr. me. tifex, five divinus spiritus per omnia

maxima , minima , æquali intentione
[n] Stoïci cùm nostro dogmate in diffusus. Sen. confol. ad Helv.
plerisque concordant. S. Hieronym, in [s] Tac. Annal. lib, 15,

[1] Sapiens vicinus proximusque diis
[O] S. Hieronym. de scriptorib, ecclef. confiftit, exceptâ immortalitate similis
[p] Tillemont, hift. ecclés.r. 1. p.303. Deo, Sen, de constanr. (apiont.c. 8.
[9] Baron, t. 1. ad ann. 66.

Jupiter quo antecedit bonum virum?
fr] Quifquis formator universi fuit, five

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voir enseigné que l'ame étoit une par- gnent :l'utilité même s'y oppose, l'uti-
tie de la divinité, & que les hommes lité, dis-je, qui est la mére de la juf-
pouvoient disposer de leurs vies, & se tice & de l'équité,
donner la mort. Les Scoïciens ont foû. La raison ne permettra jamais [z]
tenu l'égalité des vertus & des vices: qu'un homme, qui n'aura dérobé que
voici les raisons sur lesquelles ils se des choux dans un jardin, ait fait un
fondoient.Il n'y a pas différents degrés aussi grand crime, que celui qui aura
de vérité, il n'y en a pas non plus, pillé un temple. Les Scoïciens ou.
dans ce qui est honnête ou honteux. troient la morale. Cicéron, dans la
Comme un pilote, qui par l'ignoran- critique ingénieuse qu'il fait de Caton,
ce de son arc fait échouer un vaisseau & de la lecte Stoïque , en plaidant
chargé de paille, n'est pas moins indic pour Murena , dit que ces philoso.
gne d'être emploié que celui , qui fait phes [a] étendent les devoirs au delà
perdre un vaisseau chargé d'or : de des bornes qui leur sont prescrites par
même celui qui bat, sans raison un es- la nature.
clave, péche autant que celui qui tue Scilpon aïant perdu sa patrie, fa

femme, & ses enfants , nioit [b ] qu'il Les Stoïciens rapportoient cette opi- eût perdu aucun bien véritable. Sénénion à Socrate [n], quoique toute que avance gravement [c] que les l'Académie fûc dans des principes [*] remparts des villes peuvent être ébran. fort différents. Ceux qui veulent, dit lés par le bélier, que les tours peuHorace, que toutes les fautes soient vent être renversées par des mines', égales[y], fe trouvent en peine, quand mais que la vertu eit hors de toute on remonte à la source de la vérité: caratteinte. L'abregé de Xiphilin [d] rele sens commun & les mæurs y répu- proche à ce même Sénéque d'avoir

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son pére.

horti,

diutiùs bonus eft. Sapiens nihilo fe mi

sus, moresque repugnant, noris æstimat , quòd virtutes ejus fpatio Atque ipfi utilitas julti propè ma. breviore clauduntur. Quemadmodum ex ter, & æqui. Hor. lib. 1. Sar. 3. duobus fapientibus qui senior deceflit , [z] Nec vincet ratio hoc; tantumnon est beatior eo , cujus intra paucio. dem ut peccet, idemque , res annos terminata virtus eft: fic Deus

Qui teneros caules alieni fregerit non vincit fapientem felicitate, etiamfi vincit ætate. Sen. epift. 73.

Et qui nocturnus divům facra leHoc mihi philosophia promittit , ut me

gerit. Hor, ibid. Deo parem faciat. Sen. epist. 48.

[a] Stoïcos fines officiorum paulo lon[u] Idem esse Socrates dicebat veri- gius, quam natura vellet, proculiffe tatem & virtutem : quomodo illa non Cic. orat. pro Muræn. crescit, fic nec virtus quidem, Sen. [6]Sen. epift. 9. epift. 71.

[c] Adíum hoc vobis probaturus : sub (x] Illa paradoxa primâ fpecie admi- isto tot civitatum everlore munimenta rationem, re explicatâ risum movent. incursu arietis labefieri, & turrium alCir, Academ. quaft. lib. 4.

titudinem cuniculis ac latentibus foffis Cicéron a tourné les Srožciens en ridicule repentè considere, & æquaturum edi. daris les paradoxes, dgn dans l'oraison pour tislimas arces aggerem crescere. At nulMurena,

la machinamenta poffe reperiri quæbe. [y] Queis paria esse feré placuit pec- nè fundatum animum agitent, Sen. quod laborant,

in sapient, non ennemiyr.c.6. Cùm ventum ad verum eft, fen. [d] Xiphil, « Dion. lib. or. og 62,

cata,

mené une vie crés-contraire à ses écrits, compris: ce que notre bon pére Chryd'avoir corrompu Julie & Agrippine, fippe a voulu dire. Le sage ne se fait & d'avoir ensuite trempé dans la mort jamais ni souliers ni pantoufles; le lage de la derniére, d'être monté sur le est pourtant bon cordonnier. Come théâtre avec Néron, par une flaterie ment cela? par exemple, comme Herbasse & indigne de la gravité qu'il af- mogéne; quand il ne dit mot, ne fectoit . Son avarice & lon luxe sont laisse pas d'être un excellent musicien, cxaggérés à tel point par le même au- qui chante & compose parfaitement ; reur, que Sénéque est représénté,com- comme Alfenus encore, cet habile jume la cause des révoltes de l'Angleter- risconsulte , étoit toûjours fort bon corre; qui ne pouvoit plus souffrir les donnier , quoiqu'il eûc fermé boutique usures. Il paroît cependant que les Ro- & renoncé au métier; il en est de même mains du temps de ce philosophe, du sage; il est seul bon arcisan en tou. avoient une faute idée de la vertu , te forte d'ouvrages. Il est roi, quoi. puisque Juvénal en parle [e], comme qu'il n'ait point de roïaume.Oui, mais d'un contraste qu'il oppose aux mon- des que vous sortez dans la ruë, les enftrueux débordements de Néron. fants courent aprés vous pour vous ar

Horace est plein de traies de raille- racher la barbe; & fi vous ne vous ferrie de la secte Stoïque. Le sage, dit-il, vez de votre bâton, pour écarter cette [f] ne voit que Jupiter au dessus de troupe folêtre, dans un moment vous lui; il est riche, libre, comblé d'hon. en étes accablé, & cout grand roi que neurs, beau & bienfait; & pour la vous étes, vous vous tuez à force de fanté, elle est merveilleuse, à moins crier. qu'il ne soit incommodé de la pi- Plutarque[h] a porté les coups les tuite.

plus morcels à la recte Scoïque. Il reSi le sage est riche [8], s'il est bon présente le Lapiche Stoïcien , formé cordonnier, s'il est seul beau & seul d'un acier impénétrableaux passions & roi, pourquoi souhaitez vous ce que à la douleur, & bien plus merveilleux vous avez? Oh! vous n'avez pas bien que le Cænée de Pindare; qui étoit

V 2

[e] Libera si dentur populo suffragia ,

quis tam Perditus, ut dubitet Senecam præ

ferre Neroni ? [f] Ad fummam , sapiens uno minor

est Jove; dives, Liber, honoratus, pulcher , rex

denique regum; Præcipuè fanus,nisi cùm pituita mo

lefta eft. Hor. lib. 1. epift. 1. [] Et futor bonus, & folus formo

fus, & eft rex; Cur optas quod habes? non poftri

quid pater, inquis, Chryfippus dicat: Sapiens crepidas

fibi nunquam, Nec soleas fecit, lútor tamen eft fa.

piens: quo?

Ut, quamvis tacet Hermogenes,

cantor tamen gatque Optimus eft modulator; ut Alfenus

vafer , omni Abjecto instrumento artis, claus.

que taberna Sutor erat: sapiens operis fic opti

mus omnis Elt opifex , fic rex folus : vellunt ti

bi barbam Lascivi pueri,quos tu nisi fuste coërces Urgeris turbâ circum te ftaute: mic

serque Rumperis, & latras magnorum ma

xime regum. Hor. l 1. Sat. 3:

traduét, de Dacier. [b]Plutarchade Srożcor.repugn.d comment. quo oftend, Stoicos quàm poë, absurdjor dicer

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