Page images
PDF
EPUB

ventions plus propres à disputer, qu'a fait perdre de vûë l'objet du raisonné. découvrir la vérité, le charactére de ment; souvent les définicions sont inuces Sophistes étant bien plus , de nour. tiles, obscures , & pleines de confurir une guerre perpétuelle entr'eux, fion : il arrive

fion : il arrive que l'attention du lec. que de chercher de bonne foi à s'int- teur est épuisée

teur eft épuisée par des préliminaires truire.

de définitions & de divisions , & par La philosophic scolastique ne s'est des explications superfluës, avant que presque occupée , que d'opérations de d'entrer en matière. Les livres phi. l'entendement , de concepts , de pré- losophiques de Cicéron sont sujets à cisions. La subtilité des raisonements ce défaut. a été épuisée sur les questions les plus On ne peut définir les idées simples, frivoles . Le bel esprit d'Abélard (ki ni expliquer les notions naturelles , étoit fort infecté de cette contagion fans leur faire perdre beaucoup de leur dialectique. C'est lui qui a introduit clarté. On prétend me faire connoître les peties logicaux . Vivés a heureuse. la chose définie , par fon

genre & par ment terrassé toutes ces vaines subtili- ses differences : fi je connois le genre, tés pédantesques & scholastiques.

& les différences d'une chose , je conQuant à la nouvelle dialectique de nois encore mieux la chose même , au. Raymond Lulle, on a dit aprés lui- lieu qu'il arrive souvent que je connois même [1], qu'elle seroit fort bonne du une chose, sans connoitre son genre temps de l'Antechrift, pour répondre & ses differences . Définir , c'est sou. en termes amphibologiques, aux ques. vent multiplier les difficultés. Car fi tions qui seroient faites par cet impof. vous définiffez l'homme un animal rai. ceur ou de la part . Comme si l'on de- fonnable, je demande ce que c'est qu'amandoit: Quelle est votre croïance ? en nimal, & quc raison . Si vous me défi- . Dieu. Pourquoi ? parceque j'en juge nissez l'animal ane substance qui a du ainsi. Pourquoi en portez-vous ce ju- mouvement & du sentiment, je degement ? parce qu'il est Dieu. Qu'eft- mande , ce que c'est que substance ce que Dieu? c'est ce qui est déïfié . que mouvement & que sentiment Pourquoi est-il déïfié? parce que c'eft Chaque définition aiant un genre , & son essence . La logique de 'Raymond une ou pluGeurs différences , le genre Lulle n'est qu'un jargon , un arran- & les différences auront toujours begement de mots , dans un ordre arbi- foin de définitions nouvelles , & ainfi traire[ m]& qui n'a rien de réel. le progrés de la difficulté ira à l'infini.

Lalogique doit tendre à la justesse C'est une généalogie, qui n'a que deux & à la clarté du discours. Sa méthode quarciers au prémier dégré, & qui eft de diviser & de définir eft bonne : mais chargée de cent vingt-huit quartiers quelquefois la subtilité de ses divisions dés le septiême degré.

[ocr errors]
[ocr errors]

Pour

>

[k] Effatis in titulo Petrus jacet hic [m] Pierre Montuus prétend que cerAbelardus,

te méthode peu senyée a été copiée d'un Cui foli patuit scibile quidquid erat. philosophe Arabe nommé Abezebron qui

Ses erreurs en théologie furent condamnées la proposoit comme un moïen propre à em. dans le concile de sens, auquel Louis le jenne baraller l'Anthechrift , quand il viendroit allista en 1140

au monde. Perr, Monruus de upius legis (1) Naudé, Apolog.c.14.

veritare , 6.55.

par les

Pour juger de l'obscurité & de la Descartes, est l'analyse, qu'il emploie confasion qui résulte des définitions, à décomposer, pour ainfi dire, les il n'y auroit qu'à subfticuer les termes objets du raisonnement, afin de les de la définition aux chofes définies , en mieux connoître. Sa méthode consiste exprimant les pensées les plus fimples: à conduire les pensées par ordre , alpar exemple , pour demander à un paf- lant des plus simples, aux plus comsant s'il a rencontré un homme monté posées. sur un cheval, si je m'expliquois ainsi: Puisque les hommes sont bien plus O animal mortel & raisonable, as-tu trompés par les faux principes, que rencontré un animal rifible , aïant les par les faufles conséquences, la véritaongles larges , capable de science & de ble logique [o] est de nous montrer politique, dont la substance consistant les fources de nos erreurs; de déracien longueur, largeur & profondeur , ner les préjugés introduits, ou par l'é& qui a du mouvement & du senti- ducation , ou par les passions; de nous ment, fâc portée par un animal à qua: tenir en garde contre les féductions do tre piés, aïant la faculté de hennir: l'amour propre; de nous affranchir de ne seroit-il pas ridicule de réduire cet l'autorité des opinions vulgaires; de homme par ce galimacias , à ne fça- nous apprendre à évicer la précipicavoir que répondre à une questionfi tion de nos jugements, & à mesurer claire en elle-même ? Le goût de ces les degrés de notre convi&ion fubtilités a inspiré beaucoup de vanité degrés de l'évidence: car quoiqu'une aux diale&ticiens de profession , com- chose ne puisse pas être en foi plus me fi la faculté de raisonner qui distin- vraie l'unc que l'autre, il est certain gue l'homme de la bête [n]excelloit que la force plus ou moins grande des en eux.

preuves ou des présomptions , doie Les raisonnements de la plâpart des nous déterminer à y ajoûter plusou hommes seroient fort éloignés de tou- moins de croiance. La véritable logite erreur, fi la dialeétique d'Aristote que doit bannir l'opiniâtreté, & nous avoit apporté autant d'utilité, qu'elle faire éviter la ressemblance de ces péa fait des progrés. La plâpart deser- dants pointilleux, que Cicéron appelreurs ne consistent pasà tirer des mau- le des hommes [p] livrés à l'opinion', vaises conséquences, mais à porter de & qui, selon Quincilien [9] , regarfaux jugemenes, dont s'ensuivent les dent comme un crime de changer de mauvaises conséquences. C'est à quoi sentiment, comme s'ils y étoient atl'ancienne logique a peu cherché de re- tachés par les liens d'un ferment, oui médes.

par les entraves de la superstition. Le grand principe de la logique de Le successeur d' Aristote dans le Lyo de Théo

S

phraste. [n) On attribuë à Saint Bruno deux vers, non timet ergò. par lesquels il semble qu'il metre än rang des [o] Logig. du Portroial, grenouilles dans des corbeaux , routs ceux qui [p] Opiniosiffimi homines, Cic. Acad. font ignorants en logique. Ces deux versrio quaft.lib.4. més de leonins font marqués au coin des fiécles [g] Quique velut Sacramento rogati, les plus grossiers de les plus barbares, vel eciam superstitione conftri&ti, nefas

Linquo Coach ranis ,Cras corvis va- ducunt à susceptâ femel persuasione disceAaque vanis :

dere, Quintil, inftit

. oratoriar, lib, 12, 4, 11, Ad logicam pergo , quæ mortis

Tom. I.

[ocr errors][merged small][merged small]

cée a été Théophıraste d'Erése , ville aïant été accusé d'impiété, Agnonile
de l'ifle de Lesbos. C'est celui, dont son accusateur courut risque d'être pu.
il nous reste des charactéres traduits par ni lui-même de la témérité, qu'il avoit
la Bruyére, à la tête des characteres de euë de susciter cette accusation: & le
ce siécle. Il se nommoit Tyrtame , mais même peuple, qui avoit fait mourir
fou éloquence lui fit donner [r] le Socrate, qui avoit condamné plusieurs
nom de Théophraste [s]. Il paffa fa autres philosophes, & dont Aristote
vie à Athénes, & Cicéron, dans le li n'évita la rigueur que par la fuite, bien
vre des orateurs illustres, fait mention loin d'être susceptible d'aucun soupçois
de la douceur de son style. Il lui arriva contre Théophraste, ne lui marqua au
cependant une avanture un peu morti- sujet de cette accusation, que de l'af-
fiante. Après avoir vieilli à Athénes , il fection & de l'estime. Il fuc chéri de
demanda le prix de quelque légume, Caliandre , qui régna en Macédoine
à une vendeufe d'herbes dans le mar- aprés Aridée frére d'Alexandre le
ché: O étranger [1], lui répondit cette grand; il eut aussi part aux bonnesgra-
femme, qui s'apperçut qu'il lui man- ces du roi d'Egypte Prolémée, fils de
quoit je ne sçai quoi d'Actique. Théo- Lagus.
phraste connut ainsi, que la plus longue Cicéron [w] rapporte que Théo-
application ne pouvoit acquérir, ce que phrafte en mourant , fe plaignit de la
la nature donnoit aux personnes mêmes nature , de ce qu'elle avoit accordé aux
les plus viles , parmi ce peuple poli. . corneilles & aux cerfs une vie si lon-

Théophraste avoit plus de deux mil. gue & fi inutile , au-lieu qu'elle avoit te disciples dans le Lycée. Les plus re- borné les hommes à une vie trés-cour. nommés furent Straton de Lampla- te, dont le peu de durée leur ôtoit les que, & Démétrius de Phalére. L'Ar. facultés d'atteindre à la perfection des chonte Sophocle [u], fils d'Amphic fciences & les arts. Diogene de Laërce clide , fous prétexte d'une éxacte pa fait l'énumération de plus de deux lice, & d'empêcher les assemblées cu- cents traités différents composés par multueuses , défendit à peine de mort Théophraste. à aucun philosophe d'enseigner dans Aristote , avant que de mourir gavoit les écholes. Mais l'année suivante, Phi- confié ses écrits à Théophraste, avec Sors des fon aïant succédé à Sophocle, le peu. défenfe de les rendre publics: car on riftote ple abrogea cette loi odieufe , condam- n'enseignoit que par tradition dans le na Sophocle à une amende de cinq Lycée. Théophraste transmit les ouvra. talents, & rétablit Théophraste & les ges d'Aristote à Nélée, avec la mêine autres philosophes, dans la liberté condicion de les tenir secrets. Athénée d'enseigner.

[x] rapporte que Prolémée PhiladelCe disciple d'Aristote plus heureux phe acheta de Nélée les ouvrages d'Aque son, maître & que plusieurs autres ristote, mais Nélée ne vendit à ce roi philosophes, qui l'avoient précédé, que des écrits supporés , & les vérita

10.

[r] Strab. lib. 13. Diog. Laërt. in Theophr. [w] Sophocle fils d' Amphiclide ne doit pas Hesych.de philosophis.

être confondu avec Sophocle le poëte tragiques [s] Théophraste en Grec fignifie parleur qui est plus ancien. dirin..

[n] Cic. Tuscul quest. lib. 3. [] Cic. declaris or Arorit,

[x] Arhén, depnol. liv.in

[ocr errors]

bles demeurérent cachés dans un ca- forme de dialogue à la maniére d'Aril. veau, en proie aux mitces & aux vers. : cete, & qu'il imite encore ce philosoLong-temps après, les ouvrages d'A- phe en mettant, comme lui, des préristote furent vendus à un Athénien[z], faces à la tête de les ouvrages. On ne nommé Apellicon , & Sylla s'étant retrouve plus aujourd'hui dans Aristo-, rendu maître d'Athénes , environ deux te, ni cette forme de dialogues, ni ces) cents cinquante ans après la mort d'A. préfaces. ristote, il s'empara de la bibliothéque Curion ancien auteur a cru qu'il n'y [a] d’Apellicon, & fit transporter à avoic de véritables ouvrages d'AristoRome les écrits d'Aristote , avec ceux te que l'histoire des animaux, le li. des autres philosophes qu'Apellicon vre du ciel, & la réchorique: mais avoit rasiemblés. Aprés la mort de plusieurs critiques modernes rejettent Sylla [b], les écrits d'Aristote tom- le livre du ciel, comme contraire aux bérent entre les mains d'un grammai. principes d'Aristote, & ils attribuënt rien, nommé Tyrannion, qui les avoit la rhétorique à Anaximéne de Lampconnus par la liaison, qu'il avoit euë faque, qui fut aussi précepteur d'Aleavec le bibliothécaire de Sylla; & Ana xandre ; au-lieu que le livre de l'indronicus Rhodien, qui avoit été éle- terprétation, les analytiques, la phyvé dans le Lycée, étant venu à Rome, fique, les livres sur l'ame leur paroisacheta ces écrits, & s'appliqua à les sent pleins de ce génie d’Aristote, que tirer de la confusion & du désordre, les sçavants y reconnoissent. Jean-Fran & à rétablir plusieurs endroits corrom- çois Pic comte de la Mirandole a follpus & effacés, du temps de Cicéron tenu [d] qu'il étoit trés-incertain , qui dit à Trébatius, au commence- qu'Aristote eût composé aucun des liment de les Topiques, que parmi les vres, que nous avons lous son nom. philosophes même, il y en avoit très. François Patricius, noble Vénitien [e] peu qui connussent Aristote. Cicéron aprés une profonde recherche & une témoigne une grande estime [c], pour grande discussion, conclut qu'il n'y a cette philosophie Péripatéticienne qui que quatre traités hors de doute & de embrafie, dit-il, toute la nature. soupçon; sçavoir celui des méchani.

On ne reconnoît plus les ouvrages ques, & les trois contre Zénon, Gor. d'Aristote, à la description que Cicé. gias, & Xénophane. Ammonius dans fon & Diogene de Laërce nous en ont son commentaire sur les Catégories obtaillée. Cicérou dans les lettres à fon serve qu'on voioic dans la somptueuse frére Quintus, à Lentulus, & à Atti- bibliothéque des Prolémées à Alexan. cus, dit qu'il compose ses craités en drie, quarante différents traités d’Ana.

S 2

[y] Strabon les appelle xatáx1156 BiBrix Sed quis omnium doctior ? quis acutior? parce qu'ils de meurérent long-temps enfer. quis in rebus vel inveniendis , vel judicanmés sous la clef. Salmal. in Teriall. de pallio. dis acrior Aristotele fuit?Cic. [z] Strab. lib. I 13.

Cùm omnis ratio diligens differendi · [a] Plutarch. in Sylla.

duas habeat partes, unam inveniendi , [b] Rapin.compar. de Plaron d'Aristor. alteram judicandi, utriusque princeps , ut réfllexi sur la philos

mihi quidem videtur, Aristoteles fuit.Cic. [c] Naturam à Perripateticis fic inve- · [d] Joann. Francis, Mirandul, de exam. stigatam , ut nulla pars cælo, terrâ, ma

genr. lib.4.6.5 rique prætermifia fit.Cic, de faib. lib. s. [c]Francis.Patrit,difcuf Peripatet fou,lib.3. [f] Averroës non tain fuit Peripateti- sa préparation évangélique ; S. Athanase con. cus, quàm philofophiæ Peripateticæ tre Macédonien ; S. Bafile dor S. Grégoire de depravator, S. Thom. opufcuil. 16.conır. Nyple contre Eunomius; S. Grégoire de NaAverroit.

[ocr errors]

11. Revolu.

lyriques, qui couts portoient le nom mille volumes composés sur la seule d'Aristote , quoiqu'il n'en eût com- philosophie d'Aristoce. Les siécles de posé que quatre. Plusieurs sçavants grossiéreté & d'ignorance en Europe, croient que nous n'avons aucun des furent des siécles d'érudition , pour ouvrages originaux d'Aristote, mais l'Arabie & pour l'Egypte. La philoqu'aïant été traduits en Arabe, avant sophie y fut conservée, & ces philoque les originaux Grecs fullent per- fophes Arabes s'appliquoient surtout dus, ils ont été remis en Grec, lur à la logique, à la médecine , & à l'af. la traduction Arabe.

tronomie. Il s'y forma une foule de Le plus célébre des commentateurs commentateurs d'Aristote, Alfarabe, d'Aristote parmi les Grecs, a été Alé- Algazel , Albumazar, Maimonide , xandre d’Aphrodisée;& parmiles Ara. Alkind, Avicenne. Jean François combes, Averroès qui a été nommé simple. te de la Mirandole assure que les Arament le commentateur par excellence. bes aïant connu Aristote, abandonné

S. Thomas [f] témoigne beaucoup reut touts les autres auteurs. de mépris pour ses ouvrages. Vivés La lecte d'Aristote a passé par bien , conformément à l'opinion de saint des révolutions. Les Chrétiens des trois tions de la Thomas , traite le commentateur com- premiers siécles furent moins favora- philofophie me un ignorant , qui a entiérement dé- bles à Ariftote , qu'à Platon. Origene, figuré & corrompu la philosophie d’A- dans son traité contre Celle, décria riftote. Aléxandre d'Aphrodisée vivoit Aristote parmi les Chrétiens. La pluvers le commencement du troisiéme part des péres de l'église[h] entrérent siécle, Averroës vers le millieu dụ dou dans les mêmes sentiments. Aristote zieme. Les autres commentateurs d'A. paroisloit donner crop au raisonneriftote , les plus renommés ont été The- ment, & éloigner les disciples de la miftius, surnommé Euphradés, à cause soumisfion que la foi demande. Le de l'élégance de son style, qui a vécu charactére pointilleux de sa diale&tique du temps des empereurs Jovien, Va. étoit rédouté ; les hérétiques s'en serlens,&Valentinien; Olympiodore phi. voient pour soucenir leurs erreurs.S. losophe d'Alexandrie, qui a vécu vers Ambroise, dans le premier livre des l'an 480. tous les empereurs Leon & offices, dit que le Lycée est plus à Zenon; Proclus de Lycie disciple d'o- craindre , que les jardins d'Epicure. lympiodore; Philoponus contemporain Plusieurs faints & illuftres docteurs de Proclus ; Ammonius, disciple de trouverent cependant cette philofoProclus; & Simplicius [g]qui a vécu phie solide , & utile à la religion. peu aprés sous l'empire de Justinien. Anatolius, qui fut depuis évêque de

Patritius compte plus de douze Laodicée ,' enseigna la doctrine d’A

d'Aristote.

.

zianze dans fes graisons 26. do 3 3. S. Epis w] Suid. in voc. Aando xias.

phane au liv. 2. des hérésies ; Faustin contre b) s. Juftin, dialog, contre Tryphon , Les Ariens; S. Chryfoftome sur l'épitre aux S. Clém, d'Alex. dans l'exhorrar. aux Gena Romains; S. Cyrille contre l'empereur Julien . tils ;S Irénée contre les hérésies ; Eusébe dans

« PreviousContinue »