Page images
PDF
EPUB
[ocr errors][ocr errors]

seulement à lui, suivit l'autre , vous y serez bien-toft: Il vaut donc mieur , adjouta-t'il, que je lui porte mes recommandations moi-mcfme.

Au Royaume de Narsingue encores aujourd'hui, les femmes de leurs Prestres font vives ensevelies avec le corps de leurs maris. Toutes autres femmes s font brullées aux funerailles des leurs : non conftamment seulement, mais gayement. A la mort du Roi, fes femmes & concubines, les mignons & tous ses officiers & serviteurs , qui font un peuple, se presentent fi allegrement au feu où son corps

s Dans les Indes, dit Ciceron, comme les hommes épousent chacun plusieurs femmes, le mari niort , elles difpucent qui a été la plus chérie; & celle qui reinporte la victoire , ravie de joie, et brûlée fur un même bûcher avec son mari. Tufc. Quajt. L. V. c. 27. La même chose a été pratiquée chez un peuple de Thrace, comme le témoigne Herodcte, L.V, p. 331, & est encore en tsagedans l’Indoufian, comme nous l'allure Bernier pour

l'avoir vu de ses propres yeux. Voyez les Mémoires sur l'Empire du Grand Mogol, où il traite des Gencils de l'Indoustan, Vol. II, p. 131 & suiv,

[ocr errors]

eft bi usé, qu'ils montrent prendre à grand honneur d'y accompaigner leur mailtre.

Pendant nos dernieres guerres de Mi5 at lan , & tant de prises & recousses, le peahas ple impatient de fi divers changemens de

fortune, prit telle resolution à la mort,

que j'ai oui dire à mon pere, qu'il y vit te pot nir compte de bien vingt & cinq maistres

de maison, qui s'estoient deffaits euxbH mesmes en une semaine : Accident appro& chant à celui des Xanthiens, 6 lefquels orto assiegez par Brutus, se precipiterent pelle orps

melle hommes, femmes & enfans à un fi furieux appetit de mourir, qu'on ne fait sien pour fuir la mort, que ceux-ci ne fifa fent pour fuir la vie:en maniere qu'à peine peut Brutus en sauver 7 un bien petit nombre.

Toute opinion est assez forte , pour le faire espoufer au prix de la vie. Le pre

et

01705

6 Plutarque , dans la Vie de Marcus Brutus, s, VIII.

1 Cinquante seulement, qui furent fauris nalgré cum , dit Placarque.

mier article de ce courageux ferment, que la Grece jura, & maintint en la guerre Medoise, ce fut , que chascun changeroit plustot la mort à la vie , que les Loix Persiennes aux leurs. Combien voit-on de monde en la guerre des Turcs & deş Grecs, accepter plutoft la mort très-aspre, que de se descirconcire pour se baptiser ? Exemple dequoi nulle forte de religion eft incapable.

Les Rois de Castille ayants banni de leur terre les Juifs, le Roi Jean de Portugal leur vendit à huit escus pour teste, la retraicte aux fiennes pour un certain temps : à condition, que icelui venu, ils auroient à la vuider : & leur promettoit fournir des vaisseaux à les trajecter en Afrique. Le jour arrive , lequel paísé il eftoit dit, que ceux qui n'auroient abei, demeureroieni esclaves : les vaisseaux leur furent fournis 8 efcharcement: & ceux qui s'y embarquerent, rudement & vilainement traitez par les passagers : qui oun, ,

& Aree trop d'épargne, chichement.

tre plusieurs autres indignitez les amuferent sur mer , tantost avant , tantost acriere, jusques à ce qu'ils eussent consumé leurs victuailles , & contraints d'en acheter d'eux si cherement & fi longuement, qu'on ne les mit à bord, qu'ils ne fuflent du tout en chemise. La nouvelle de cette inhumanité, rapportée à ceux qui estoient en terre, la plupart se refolurent à la fervitude: aucuns firent contenance de changer de religion. Emmanuel , succelieur de Jehan, venu à la couronne, les mit premierement en liberté, & changeant d'advis depuis, leur ordonna de sortir de ses Pays, assignant trois Ports à leur passage. 11 efperoit, dit l'Evefque Osorius non mefprisable Historien Latin , de nos siecles; que la faveur de la liberté, qu'il leur avoir renduë, ayant failli de les convertir au Christianisme, la difficulté de se commettre, à la volerie des mariniers, d'abandonner un pays , où ils estoient habituez, avec grandes richesses, pour s'aller jetter en region incagnuü & estrangere, les v ratneineroit. Mais le voyant decheu de son esperance, & eux tous deliberez au paffage: il retrancha deux des Ports, qu'il leur avoit promis : afin que la longueur & incommodité du traject en reduilit aucuns: ou qu'il eust moyen de les amonceler tous à un lieu pour une plus grande commodité de l'exccution qu'il avoit destinée. Ce fust, 9 qu'il ordonna qu’on arrachaft

Mariana, célebre jésuice , nous dic dans son Histoire d'Elpagne , qu'en vertu d'un nouvel Édic de ce Prince , ou baptisa ces Enfans par force. Jus dæis paulò poft , novo Edicto filii sunt detracti quatuor deciin annis minores: atque jalutaribus aquis per vim adhibiti; c Edit cruel, ajoute ce bon Jéluite , touca » à-fait contraire aux loix & adx maximes chréti» ennes. » Infolens Decretuin à legibus & inftirua tis Chriftianis abhorrens mariinė.cc Quoi, dir-ilen. 5) core, employer la violence pour obliger les hoinw nies à embrasser la Religion Chrétienne : & fur 3 l’aftaire la plus inportante du monde, ravir la » liberté, présent céleste, à ceux que Dieu à voulu » rendre maîtres d'eux-inêmes. C'eit un crime hor» rible que d'en venir là,aufii-bien que d'arracher » dans cette vue les enfans d'entre les bras de leurs » peres. La nation Portugaise pécha pourtauc dans '3 ces deux points, ayant entraîné les enfans au hap» tême par force , & sans le consentiment de leurs » peres: & ayant engagé les personnes plus avan» cées en âge à faire profesion du Chriftianisine , ») en les accablanç d'injures & de mauvais traite

« PreviousContinue »