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PARIS. - IMPRIMERIE GAUTHIER-VILLARS

Quai des Grands - Augustins, 55.

DES

ASSURANCES

REVUE MENSUELLE

FONDÉE PAR M. EUGÈNE REBOUI., *
CONTINUÉE PAR U. ALFRED THONEREA U

PRINCIPAUX COLLABORATEURS

E. LEVASSEUR, , membre de l'Institut; EDMOND ABOUT, (). ;

H. CERNUSCHI; LOUIS JOURDAN;

H.-F.-G. ADAN, docteur en droit, etc.;
MAURICE BLOCK, C. M; G.-W. KILFORD; ARTHUR J. COOK;
H. BAUDRILLART, ; membre de l'Institut; ALFRED ASSOLLANT

FRANCISQUE SARCEY; G. DE SERBONNES;
E. COUTEAU, docteur en droit, avocat à la Cour d'appel de Paris;

L. BERGERON; F. VERSIGNY, ancien avoué;
A. BELLIER, , chef de division aux chemins de ser du Midi; G. HUBBARD

L. FOUZÉS; ÉMILE SOREL; A, LAGUÊPIERRE;
ÉDOUARD VERMOT, ; LIONEL BÉNARD, chimiste;

A. VAUZANGES, avocat,

A. BÉCOURT, ME

TOME QUINZIÈME

PARIS
BUREAUX : 93, RUE DE RICHELIEU

Entrée par la rue d'Amboise, no 1.

1883

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MONITEUR

DES ASSURANCES

N. 172. – 15 janvier 1883. – 16° année.

LES PRIVILÉGIÉS DE L'ASSURANCE.

Qui nous délivrera des amis officiels de la classe ouvrière ? Qui délivrera la classe ouvrière de ses amis officiels ? Amis adroits, sans doute, tout au moins pour eux-mêmes, lorsqu'on considère certains résultats électoraux; amis maladroits, si l'on cherche quelle parcelle d'amélioration ils ont apportée, jusqu'à ce jour, à la condition des ouvriers.

Pour les amis officiels des ouvriers, notre Société se divise en deux classes : celle des travailleurs, c'est-à-dire de ceux qui font quvre de leurs dix doigts, et qui, au moyen de leur travail manuel, créent à eux seuls la richesse nationale; celle des citoyens qui ne travaillent pas exclusivement de leurs mains et qui, naturellement, ne créent rien.

Ne travaillent pas et ne créent rien : les ingénieurs, les mathématiciens, les inventeurs, les marchands, les négociants, les industriels, les capitaines de navires, les entrepreneurs de toute nature; ne travaillent pas et ne créent rien : les militaires, les marins, les magistrats, les avocats, les médecins, les banquiers, les employés, les fonctionnaires, les hommes de lettres, les artistes, ajoutons-y les propriétaires de la ville et de la campagne, sans compter tous ceux que nous oublions dans cette énumération, riches et pauvres, bourgeois affaires et même ouvriers paresseux.

Nous sommes tentés d'y ajouter aussi les amis officiels des tra. vailleurs qui ne font pas grand'chose, ou ne font rien qui vaille et ne paraissent pas contribuer pour beaucoup à la création de la richesse nationale.

Ils s'y essayent pourtant, rendons leur cette justice. Ils ont fait la remarque que, par un renversement de toute bonne logique, les créateurs de la richesse nationale sont ceux qui reçoivent le moins, qui possèdent le moins, tant qu'ils sont occupés à créer. Ils voudraient donc que ceux qui possèdent le plus, s'inquiètent du bien-être des travailleurs moins favorisés. Ce desideratum est fort juste en soi; il n'est pas nouveau, et il nous semble que la civilisation moderne a beaucoup fait pour toutes les classes vraiment laborieuses ; qu'elle a réalisé à leur profit beaucoup de progrès, beaucoup d'améliorations. Elle en réalisera beaucoup d'autres; c'est la loi même et la condition de l'existence de toute société. Nous sommes tous d'accord sur ce point. C'est sur la question du mode de réalisation que des dissidences se produisent. De bons esprits, et ce sont les plus nombreux, pensent qu'il y faut un effort commun et le temps; les socialistes de toute école réclament pour eux-mêmes et contre tous une transformation inimédiate et radicale; les amis des ouvriers, moins exigeants que les seconds, plus impatients que les premiers, appellent des innovations et des réformes, bonnes à réaliser successivement, non toutefois par un effet commun, mais par un sacrifice d'une classe au bénéfice de l'autre.

Dans sa séance du 4 mai 1882, la Chambre des députés a discuté une proposition de M. Martin Nadaud, tendant à créer une caisse nationale de retraites pour les vieux ouvriers de l'industrie et de l'agriculture. M. Nadaud, qui a été ouvrier et ne l'a pas oublié en devenant bourgeois, est resté un excellent homme des plus sympathiques, peu ami des utopies et des procédés trop expéditifs. Lorsqu'il demandait la création de la caisse nationale de retraites pour les invalides du travail, il y faisait encore contribuer les ouvriers pour une part, laissant une seconde part à la charge des patrons, une troisième à la charge de l'État. La proposition n'eut pas de suite; mais la discussion donna lieu à un discours remarquable de M. Marcel Barthe, qui, pas plus que nous, n'aime que les grandes institutions de prévoyance soient fondées sur la contrainte et sur l'autorité de l'État. Il préfère l'intervention de l'initiative privée; et il pense que plus le but à atteindre est utile et généreux, plus cette initiative sera féconde. Indiquant les résultats qu'il était possible d'espérer, il se demandait par quels moyens il fallait chercher à les obtenir, et disait à la fin de son discours :

« Mais comment? Est-ce en recourant à la loi, à la contrainte, à l'autorité de l'État?

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