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La ftérilité vint ensuite, et la famine étoit dans tous les pays: mais il y avoit du blé en Egypte. Le peuple préffé de la faim, demanda à Pharaon de quoi vivre. 11 leur dit: Allez à Joseph, et faites tout ce qu'il vous dira. Josèph donc, ouvrant tous les gréniers, yendoit du blé aux Egyptiens et aux autres peuples,

Jacob l'ayant appris, commanda à fes enfans d'y aller. Ils partirent au nombre de dix: car Jacob avoit retenu Benjamin auprès de lui, de peur qu'il ne lui arrivât quel. que accident dans le chemin. Etant arrivés en Egypte, ils parurent devant Joseph, et l'adorèrent. Joseph les reconnut d'abord; et en les voyant profternés devant lui, il se souvint des fonges qu'il avoit eus autrefois: mais il ne fe fit point connoître à eux. Il leur parla même fort durement, et les traita d'espions qui venoient pour. examiner le pays. Ils lui repartirent: Seigneur, nous sommes venus ici pour acheter du blé. Nous sommes douze frères, tous enfans d'un même homme, qui demeure dans le pays de Chanaan. Le dernier de tous eft demeuré avec notre père, et l'autre n'est plus au monde. Hé bien, reprit Joseph, je m'en vais éprouver fi vous dites la vérité. Envoyez l'un de vous, pour amener ici le plus jeune de vos frères: et cependant les autres demeureront en prison. Il se contenta néanmoins d'en retenir un seul. Pénétrés de frayeur et de regret, ils se disoient l'un à l'autre en leur langue: C'est avec justice que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons péché contre notre frère. Nous le voyions accablé de douleur, lorsqu'il nous prioit d'avoir pitié de lui: mais nous ne voulûmes pas l'écouter. C'est pour cela que ce malheur nous est arrivé. Ruben, l'un d'entre eux, leur disoit: Ne vous le dis-je pas' alors, de ne point commettre un si grand crime contre cet enfant? cependant vous ne 'm'écoutâtes point. C'est son sang maintenant que Dieu vous redemande. Josèph, qui les entendoit, sans qu'ils le fûssent, ne put retenir ses larmes. Il se retira pour un moment, et revint ensuite leur parler. Alors il fit prendre Simeon, et le fit lier devant eux, puis il commanda sécrètement à ses Officiers de remettre leur argent dans leurs facs. Ils partirent donc avec leurs anes chargés de blé.

Second Voyage des Enfans de Jacob en Egypte.

en Egypte. Joseph reconnu par les Frères. Gen. ch. 43, 44, 45. LORSQUE les enfans de Jacob, au retour de leur voyage, lui eurent raconté tout ce qui leur étoit arrivé, l'emprisonnement de Simeon, et l'ordre exprès qu'ils avoient reçu de mener Benjamin en Egypte, cette triste nouvelle le 'perça de douleur, et renouvella celle que la perte de Joseph lui avoit causée. Il refusa longtems de laisser partir son cher Benjamin, qui seul feloit toute sa consolation. Mais enfin, voyant que c'étoit une nécessité, et qu'autrement il le verroit périr de faim avec lui, il consentit à fon depart sur les assurances réitérées que lui donnèrent les autres enfans de le lui ramener. Ils partirent donc tous ensemble avec des, présens pour Josèph, et le double de l'argent qu'ils avoient trouvé dans leurs sacs.

Etant arrivés en Egypte, ils se présentèrent devant Josèph. Lorsqu'il les eut aperçus, et Benjamin avec eux, il dit à son Intendant: Faites entrer ces gens-la chez moi, et préparez un feftin, parce qu'ils mangeront à midi avec moi. L'Intendant exécuta l'ordre, et les fit entrer. Eux, tout furpris d'un tel traitement, s'imaginoient qu'on alloit leur faire un crime de l'argent qui s'étoit trouvé dans leurs face. Ils commencèrent donc par

se justifier auprès de l'Intendant, disant qu'ils ne savoient pas comment cela étoit arrivé; et que, pour preuve de leur bonne foi, ils reportoient cet argent. L'Intendant les rallura, en leur disant: Ne craignez rien: c'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a fait trouver l'argent dans vos facs: car pour moi, j'ai reçu celui que vous avez donné. Aussitôt après, il leur amena Simeon leur frère. On leur apporta de l'eau: ils se lavèrent les piés, et attendirent l'arrivée de Josèph.

Dès qu'il parut, ils se profternèrent devant lui, et lui offrirent leurs présens. Josèph après les avoir falués avec bonté, leur dit: Votre père, ce bon vieillard dont vous m'aviez parlé, vit-il encore? comment se porte-t-il? Ils répondirent : Notre père, votre serviteur, ett encore en vie, et il se

porte

bien. En même tems ils se prosternèrent de nouveau. Josèph ayant aperçu Benjamin: Eftce-là, leur dit-il, votre jeune frère, dont vous m'avisi

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parlé? Mon fils, ajouta-t-il, je prie Dieu qu'il vous beniffe. Et il se hâta de sortir, parce que la vue de son frère l'attendrissoit fi fort, qu'il ne pouvoit plus retenir sęs larmes. Quelques momens après il vint retrouver ses frères, et ayant commandé qu'on servit à manger, il se mit à table avec eux.

Après que Josèph eut mangé avec ses frères, il donna sécrètement cet ordre à son Intendant: Mettez du blé dans les sacs de ces gens-là, et l'argent de chacun d'eux à l'entrée de leurs lacs; et mettez ma coupe d'argent dans le fac du plus jeune. L'Intendant fit ce qui lui étoit ordonné. Le lendemain matin ils partirent avec leurs ânes chargés de blé. Mais à peine étoient-ils fortis de la ville, que Joseph envoya son Intendant après eux, pour leur faire des reproches de ce qu'ils avoient vôlé sa coupe. Ils furent fort surpris de fe voir accusés d'une a&ion s noire, à laquelle ils n'avoient pas seulement pensé. Nous vous avons reporté, dirent-ils, l'argent que nous avions trouvé à l'entrée de nos sacs : comment se pourroit-il faire que nous eussions dérobé dans la maison de votre Maitre de l'or ou de l'argent? Que celui qui se trouvera coupable de ce vôl, meure; et nous demeụrerons tous esclaves de votre Maitre. L'Intendant les prit au mot. On les fouilla tous en commençant par les plus âgés; et enfin la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin.

Ils retournèrent à la ville fort affligés, et allerent se jetter aux piés de Joseph. Après quelques reproches, il leur déclara que celui, dans le sac de qui on avoit trouvé la coupe, demeureroit fon esclave.

Alors Juda ayant demandé permission de parler, représenta à Joseph que s'ils retournoient vers leur père fans ramener avec eux ce fils qu'il aimoit tendrement, ils le feroient mourir de chagrin. C'est moi, ajouta-t-il

, qui ai répondu de lui à mon père: que ce soit moi, s'il vous plait, qui demeure esclave en sa place. Car je ne puis retourner sans lui, de peur d'être témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.

A ces paroles, Joseph ne put plus fe retenir. Il commanda qu'on fît sortir tout le monde. cilors, les larmes lui tombant des yeux, il jetta un grand cri, et dit à ses frères: Je suis Josèph. Mon.père vit-il encore? Aucun d'eux ne lui répondit, tant ils étoient saisis d'étonnement. Il leur parla avec douceur, et leur dit: Approchezvous de moi. Lorsqu'ils se furent approchés, il dit: Je suis Josèph votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Egypte. Ne craignez point, et ne vous afiligez point de ce que vous m'avez traité ainsi: car c'est Dieu qui m'a envoyé ici devant vous pour vous conserver la vie. Ce n'est point par votre conseil que cela est arrivé, mais par la volonté de Dieu. Allez dire à món père que Dieu m'a établi far toute l'Egypte. Qu'il fe hâte de venir. 11 demeurera auprès de moi; et je le nourrirai, lui, et toute sa famille: car il reste encore cinq années de famine. Vous voyez de vos yeux que c'tit moi qui vous parle. Annoncez à mon père le haut rang ou je suis élevé, et tout ce que vous avez vu dans l’Egypte. Håtez vous de me l'amener. Après leur avoir parlé ainsi

, il se jetta au cou de Benjamin, et l'embrafía en pleurant: il embrassa de même tous ses autres frères; et après cela ils fe raffurèrent pour lui parler.

Cette nouvelle se répandit auffitôt dans toute la Cour. Pharaon en témoigna la joie à Josèph, et lui dit de faire venir au plutôt toute la famille en Egypte. Josèph fit partir ses frères avec des vivres pour le voyage, et des voitures pour transporter leur père, leurs femmes et leurs enfans. Lorsqu'ils furent arrivés dans le pays de Chanaan, il ydirent à Jacob: Votre fils Joseph est vivant, et il a autorité dans toute l'Egypte. A ces mots, Jacob se réveilla comme d'un profond sommeil; et il n'en vouloit rien croire. Mais enfin, ayant entendu le récit de tout ce qui s'étoit passé, et voyant les chariots et les autres choses que son fils lui envoyoit, il dit: Je p’ai plus rien à fouhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore: j'irai, et je le verrai avant que de mourir.

Il partit bientôt après avec toute sa famille, et arriva en Egypte. Après qu'il eut falué le Roi, Josèph l'établit dans le pays de Geffen le plus fertile de l’Egypte, où Jacob vécut encore dix-sept ans.

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HISTOIRE DE CYRUS.

Education de Cyrus.

CYME

YRUS étoit fils de Cambyse Roi de Perse, et de

Mandane fille d’Altyage Roi des Mèdes. Il étoit bien fait de corps, et encore plus estimable par les qualités de l'esprit: plein de douceur et d'humanité, de defir d'apprendre, d'ardeur pour la gloire. Il ne fut jamais ef

frayé d'aucun péril, ni rebuté d'aucun travail, quand il s'agiffoit d'acquérir de l'honneur. Il fut élevé felon la coutume des Perfes, qui pour-lors étoit excellente.

Le bien public, l'utilité commune, étoit le principe et le but de toutes leurs loix. L'éducation des enfans étoit regardée comme le devoir le plus important, et la partie la plus essentielle du gouvernement. On ne s'en seposoit pas sur l'attention des pères et des mères, qu'une aveugle et molle tendresse rend souvent incapables de ce foin: l'Etat s'en chargeoit. Ils étoient élevés en commun d'une manière uniforme.

Tout

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étoit réglé; le lieu et la durée des exercices, le tems des repas, la qualité du boire et du manger, le nombre des Maitres, les différentes fortes de châtimens. Toute leur nourri. ture, auffi bien pour les enfans que pour les jeunes gens, étoit du pain, du creffon, et de l'eau: car on vouloit, de bonne heure les accoutumer à la tempérance et à la fo. briété; et d'ailleurs cette forte de nourriture simple et frugale, fans aucun mélange de fauces ni de ragouts, leur fortifioit le corps, et leur préparoit un fond de santé capable de soutenir les plus dures fatigues de la guerre, jusque dans l'âge le plus avancé comme on le remarque de Cyrus, qui dans la vieilesse se trouva aufi fort et auffi robuste qu'il l'avoit été dans ses premières années. Ils alloient aux écoles pour y apprendre la Justice, comme ailleurs on y va pour y apprendre les Lettres: et le crime qu'on y punissoit le plus sévèrement étoit l'ingratitude.

La vue des Perses, dans tous ces fages établissemens, étoit d'aller au devant du mal, persuadés qu'il vaut bien mieux s'appliquer à prévenir les fautes qu'à les punir: et au lieu que dans les autres Etats on se contente d'établir

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