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Ils m'ont fait tous les maux imagi- | Je souffre tous les mans que j'ai faits devant Troie. nables.

Zadig voulut se consoler des mans

que lui avait faits la fortune. 6 Ils nous ont fait tous les maux pos- Mais s'il ose former le dessein de sibles.

commander à des hommes que j'ai faits

mes égaux..... C Vous avez fait des fautes dont vos L'on aura assez d'empressement à ennemis ont profité.

servir, pourvu que vous donniez des couronnes et des statues aux belles aciions, et que ce soit un commencement de noblesse pour les enfants de ceux qui

les auront faites. d Appliquez à tous ces exemples et semblables le même principe, la même règle. Cherchez le cas passif ou accusatif; voyez s'il est exprimé, et s'il l'est à temps, ou s'il est sous-entendu.

Dans la première colonne, premier exemple, le mot passif est sous-entendu. Nous avons fait, on ne dit point ce qu'on a fait. Cependant quelque chose a été fait, et, selon l'expression de Dumarsais, il y a eu quelque chose fait, l'accord se fait donc avec un substantif neutre sous-entendu.

Dans les exemples suivants, on dit bien ce qui a été fait, mais trop tard. J'ai fait un peu de bien, c'est-à-dire, j'ai quelque chose fait.... un peu de bien, vous avez fait une faute, c'est-à-dire, vous avez quelque chose fait.... savoir une faute. L'impatience d'exprimer l'action n'a pas permis qu'on attendit pour savoir quel serait l'objet passif de cette action, on a débuté par dire qu'on avait fait quelque chose, se réservant de spécifier ou de ne pas spécifier ce qu'on a fait.

Dans ils nous ont fait tous les maux possibles, c'est encore la même analogie; ils nous ont quelque chose fait, savoir, tous les maus possibles.

Le nous qui est dans la phrase ne fait rien à l'accord, car il n'es pas le mot passif; il signifie à nous, et répond au cas appelé datif.

Dans la seconde colonne, le substantif passif est exprimé, et

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l'est assez tôt, puisqu'il l'est avant que l'esprit, quelque impatient qu'il puisse être , ait pu penser à un autre (291).

Qu'est-ce qui est fait? LE BIEN, vous, LES MAUX, LES FAUTES, etc.

Quelle est la cause

de ce cas passif ou accusatif, ou régime direct, avec lequel s'accorde l'adjectif passif dans la phrase, Dieu nous a faits pour être heureux ?

Réponse.

Dans notre première édition, nous avons donné d'une manière lumineuse cette solution, mais nous n'avons point été entendus. Car, quoiqu'on ait copié plus ou moins servilement la plus grande partie de cet ouvrage, on a laissé celle-ci intacte pour continuer l'ancienne doctrine que le monde grammatical a coutume de répéter de père en fils avec une fidèle exactitude.

Cette solution est aussi dans plusieurs endroits de ce Cours ; mais nous voudrions rencontrer une forme qui attiråt l'attention et qui réveillåt les

yeux
blasés

par

l'habitude.

Dieu nous a faits.

On dit que nous est le régime de faits , c'est-à-dire que nous est régi, gouverné, commandé par faits, ou que c'est faits qui est la cause de l'accusatif nous.

Cependant nous régit, gouverne , commande l'adjectif faits ; c'est lui, lui seul qui est cause que faits est au masculin pluriel. Voilà donc nous qui est cause et effet de faits, et faits qui est cause et effet de nous. Ce qui est bien, de toutes les absurdités l'absurdité la plus révoltante , quoique, de temps immémorial, elle soit répétée naïvement en d'autres termes par l'universalité des grammairiens. Car ils

(291) Les grammairiens disent : Si le substantif du participe passif construit avec avoir est avant, accord ; s'il est après , point d'accord.

C'est-à-dire point d'accord avec le substantif qui est après. Car l'accord se fait toujours avec un substantif quelconque, exprimé ou sons-entendu.

disent que nous est régime ou complément de faits, et que faits est complément de nous, et en reçoit la loi. Il faudrait ici le canon de la vérité pour se faire entendre.

La doctrine absurde des verbes auxiliaires est la mère de celle-ci. On a vu en latin Deus nos fecit, et l'on a voulu que le verbe avoir, dansj'ai fait, tu as fait, il a fait, nous avons fait, etc., soit un verbe qui aide à conjuguer le verbe faire. Mais fait est-il un verbe, se conjugue-t-il? Il est si peu verbe , il se conjugue si peu, qu'il prend toutes les formes des adjectifs simples, fait, faits, faite , faites, toutes formes évidemment adjectives. On a cru ensuite que les phrases j'ai fait, nous avons fait, répondent aux mots latins feci , fecimus, et l'on en a conclu que l'adjectif dérivé du verbe avait un régime.

Dira-t-on que le même mot, comme faits, dans la phrase Dieu nous a faits , est cause comme verbe de l'accusatif nous, et que c'est en sa qualité d'adjectif qu'il est l'effet ou complément de nous; qu’ainsi il est cause et effet sous différents rapports, ce qui n'est point incompatible ?

Il n'est pas impossible qu'un adjectif ait un régime direct ou accusatif. Tels sont les adjectifs actifs latins en ans et en urus. Anciennerent, tels étaient aussi nos adjectifs actifs ; les modernes mêmes fournissent des exemples de ce double usage.

heureusement nos gens Batrent sans être vus sur le seuil se glissants.

Glissants s'accorde comme adjectif ordinaire avec nos gens, et, comme ayant la force régissante , il gouverne se à l'accusatif, se glissants, ou glissants soi. Mais il est en rapport avec deux substantifs, il est complément ou effet de l'un, savoir de nos gens , et régisseur ou cause de l'autre. Il est donc cause et effet d'objets différents ; faits, au contraire, dans Dieu nous a faits, serait cause et effet du même mot, de nous; ce qui implique contradiction (292).

(292) Supposons presque tout ce que veulent les grammairiens, que l'adjectil passif puisse avoir comme verbe , ou comme tenant de la nature du verbe, la force de régir , dans cette hypothèse même contraire aux faits et à la raison , il faudrait qu'il fat en rapport avec deux substantifs, qu'avec l'un il fat complé. ment et prît le genre et le nombre , et qu'il gouvernât l'autre; c'est ce qui arrive dans nos gens se glissants. Mais jamais il ne pourrait être conçu avec w Quelle est donc la cause

du régime direct ou accusatif dans la phrase citée: Dieu nous a faits?

SOLUTION. C'est le verbe avoir.

CONSTRUCTION : Dieu a nous faits. EN LATIN : Deus habet nos

factos.

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substantif dont il fût en même temps cause et effet. C'est ainsi qu'on conçoit bien Hector comme fils de Priam et comme père d'Astyanax, c'est-à-dire , comme père et fils de deux personnes différentes; mais il est impossible qu'il ait élé père et fils de Priam , père et fils d'Astyanax ; il n'est pas moins impossible que nous soit cause et effet de faits , ou que faits soit effet et cause de

nous.

e Corn. Hor. f La F.

h L. F. 10, 13. i La F.

a Cons. Horaces. 5, 3.

LA F. 10. Prol. c Rac dMu13:32, cité par Bescher.

& Id.

k Id. 11,7

Il avait dans la terre une somme enfouie. a Il avait enfoui une somme dans la

terre (293). L'homme, trouvant mauvais que l'on l'eût con- On dit dans un sens un peu diffevaincu,

rent, avoir gagné sa cause, et avoir Voulut à toute force avoir cause gagnée. cause gagnée (293).

Il l'a, n'en doutez pas, non point Ila gravé cette loi, etc. , présenterait écrite d'encre en de vieux parchemins, une autre nuance (293). mais gravée au fond du cæur, en caractères ineffaçables.

par avoir.

Nous pourrions accumuler les citations ou l'adjectif passif est construit d'après la même analogie, et où le substantif régime est évidemment causé

C'est des Latins que nous avons emprunté la construction de l'adjectif passif avec avoir. Car, lorsqu'ils voulaient donner plus d'énergie à leur pensée, ils disaient habeo divisum , au lieu de divisi, habeo factum, au lieu de feci , habeo positum , au lieu de posui (294). C'est donc de cette phrase, parfaitement parallèle , que les grammairiens

(293) Quoique quelquefois on ait affecté deux sens aux deux constructions, on ne peut point en conclure que l'adjectif passif soit un double mot; ce sont des consécrations qu'on a voulu faire. C'est ainsi qu'on dit, un pauvre auteur et un auteur pauvre, un honnête homme et un homme honnête, etc., sans qu'on puisse en inférer que l'adjectif pauvre , l'adjectif honnête cesse d'être un mot unique. Avoir dans la terre une somme enfouie fait plutôt naître une idée de possession dans le sens propre; avoir enfoui dans la terre une somme, n'indique plus qu'une possession figurée. Dumarsais regarde comme trope cette derniert manière d'employer le verbe avoir. Mais les tropes ne changent point la naturt des mots, ils ne sont que les diverses manières de les employer. C'est pour n'a voir pas compris les tropes, que les grammairiens ont trouvé souvent plu sieurs mots dans un seul, qu'ils ont pris des phrases pour des mots, qu'ils on multiplié les dénominations, qu'ils ont eu des supins, des participes, de verbes auxiliaires ; qu'ils ont cru conjuguer ce qui ne se conjugue point qu'ils ont fabriqué de longues listes de temps qui n'existent point , etc., etc.

(294) C'est ainsi que Cicéron écrivait à Atticus: in fua humanitate POSITA! HABEMUS spem omnem , nous avons toute espérance placée, etc. ; et Virgile divisum imperium cum Jove Cæsar habet, César a l'empire partagé avec Ju piter. De semblables exemples sont très nombreux.

« L. F. 4, 20.

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