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Oublions les hockets. Du fruit des nobles veilles Mieux que moi sur la toile edt trouvé l'art de rendre Des Racines et des Corneilles,

Ce que je vais risquer en vers. b J'ai garni le coffret que tu brûles de voir. a

Tes Miltiades, tes Socrates Un artiste de Gand, de Bruxelles ou d'Anvers,

Sont livrés au plus triste sort. c Héritier des Rubens , des Vateaux, des Crayerts,

Voltaire ne parle que du seul Condé, de Colbert, de Turenne ; Corneille ne parle que du grand Scipion, que de Caton qui mourut à Utique ; François de Neufchâteau que de Jean Racine, etc. ; Gresset que de Miltiade et de Socrate, etc.

Telle était sur-tout la manière de Boileau. Elle est au moins aussi facile à expliquer que celle qui a prévalu. Les Virgiles aurait signifié Virgile, comme dans certaines phrases nous est employé pour dire moi.

Il y aura du bruit dans LANDERNAU. Presque tous les grammairiens prétendent qu'on doit écrire les deur Racine, les deux Corneille.

Il ne faut donc pas s'étonner que l'estimable M. Giraud Duvivier nous ait blåmé d'avoir écrit dans notre première édition les deux Tarquins, les deux Catons, les deux Corneilles, car il a fait la grammaire des grammaires, et nous fesons celle des auteurs.

AUTEURS. Les deux Gracques, en flattant le Deux ou trois Grignans vinrent me peuple, commencèrent les divisions qui voir hier matin. i ne finirent qu'avec la république. d

Dis-lui que l'amitié, l'alliance et l'amour
Le séritable Amphitryon

Ne peuvent empêcher que les trois Curiaces
Est l'Amphitryon où l'on dine.... e

Ne servent leur pays contre les trois Horaces, k Est - il possible que vous ne recon

J'ai oublié de dire qu'il y a des Escobaissiez pas le meilleur ami de la famille

bars de différentes impressions. I des Pourceaugnacs ?.... Il n'y a pas un Pourceaugnac à Limoges que je ne con.

Sire Guillaume était armé de sorte baisse. f

Que quatre Andrés n'auraient pu l'étonner, m Qa'est-ce que tous ces Grignans-là ?

Homère est encore et sera toujours ; Pourquoi n'êtes - vous pas unique en les receveurs de droits ont ils été ?.... votre espèce?

Que deviendront les Fauconnets? IrontLes deux Mithridates , père et fils,

ils aussi loin dans la postérité que Destondèrent celui (le royaume) de Cap- cartes, né français et mort en Suède ? n padoce. h

. Fr. De Nir.Fabl. 1.3.prol,
b Ibid. l.
EGET. Ode sur Pingra-

titude.
d Bon. Hist. wnis, le, part.

e Mol. Amph. 35.
f Id. Pourceaug. 1, 6.
& Mad. DX Sév,

11 octobre
1671.
h Boss. Hist. univ. le. part.

i Mad. De Sér. 11 oct, 1671.
* Conx, Horaces.
I Pascal. Lettr. pror.
m LA F.
n LA BWVY, 6.

Gentil Bernard dont ła mu se féconde

Deux Bouillons tour-a-tour ont brillé dans le monde L'autre Bernard est l'enfant de Plutas;
Par la beauté , le caprice et l'esprit;

Et le troisième est l'enfant de Phébus,
Mais la première eùt crevé de dépit,
Si par malheur elle eût vu la seconde. a

Doit faire encor łes delices du monde,
La gloire de Trajan, la vertu des

Quand des premiers on ne parlera plus. c deux Antonins, se firent respecter des Tu fais le gentilhomme ! Hé! Dandin, mon ami, soldats. b

Regarde dans ma chambre et dans la garde-robe Dans ce pays trois Bernards sont connus.

Les portraits des Dandins; tous ont porté la robe, d L'un

Il faudrait un volume pour rassembler tous les passages où les auteurs ont suivi presque invinciblement l'analogie, et la voix qui leur criait que les deux Gracques, que les deux Antonins, que les trois Bernards, les quatre Andrés, etc. ne sont pas un seul Gracque, un seul Antonin , un seul Bernard, un seul André. Les éditeurs de La Fontaine ont donc eu un double tort en écrivant:

Quatre Nathusalem bout à bout ne pourraient

Mettre à fin ce qu'un seul désire, e car en s'écartant de l'analogie, ils se sont encore écartés de l'usage ordinaire de l'auteur (208).

M. Duvivier, pour mettre au singulier des noms qui sont présentés sous l'idée plurielle, cite les exemples suivants :

L'Espagne s'honore d'avoir produit taient une givre dans leurs armes. & les deux Sénèque, Lucain, Pompo- Les Montausier ont rendu leur nom nius, Columelle, Martial, etc. f célèbre dans le siècle des beaux arts, h Les Visconti ducs de Milan por

Et pourquoi ne dirait-on pas les deux Sénèques comme on dit les deux Catons, les deux Tarquins? Et comment serait-il possible dans la phrase de Voltaire de démêler s'il est question d'un ou de plusieurs Montausiers ? D'ailleurs il serait facile ici d'opposer Voltaire à Voltaire. Rien ne le forçait à écrire les deux Bouillons, les trois Bernards.

On objectera : si l'on parlait de plus d'un Pascal, de plus d'un Réal, on dirait donc les Pascaux, les Réaux. Mais pourquoi passer si brusquement d'une extrémité à l'autre ? les Pascals, les Réals ne suffisent-ils pas pour représenter l'idée de pluralité ?

(208) Dans l'édition de Coste, faite sur l'édition de 1678, où La Fontaine a mis lui

même un errata , on lit les quatre Mathusalems. ,

f Raysouard. Lang, rom.

a VOLT. Poes, mêlées.
b MONTEV. Grand, at décad.

des Romains, 16.

« VOLT. Poés, melees.
d Rac. Les Plaid, 1,11.
e La P. 8, 25,

& ACAD.

h Volt. cité

par Girault,

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d

Du nombre après A.
On dit avec le singulier,

On dit avec le pluriel, Il lui a donné un soufflet à main Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne, renversée. a

La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. Tu to prends à plus dur que toi,

Lecteurs vulgaires , pardonnez-moi Petit serpent à táte foll.. b

mes paradores; il faut bien en faire Quand les Français é téte folle , etc. o quand on réfléchit; et, quoi qu'on

puisse dire, j'aime mieux être homme

à paradores qu'homme à préjugés. e Il est sûr que quand les substantifs paraissent sans les adjectifs le, la, les, ou autres qui ont coutume de les accompagner, nous avons souvent plus de peine à reconnaître le nombre; tant il est vrai, comme l'a si bien démontré Condillac, que les mots nous servent à exprimer non-seulement ce que nous pensons, mais A PENSER!

Lorsqu'on a des vers à juger , qu'on veut savoir si les règles du langage y sont observées, Voltaire conseille de les mettre en prose; nous donnerons un avis à peu près semblable :

Lorsque le nombre est difficile à démêler, traduisez votre pensée par des mots dont la forme vous aide à en pénétrer le sens. Ce conseil peut s'étendre à beaucoup d'autres circonstances.

Donner un soufflet à main renversée, c'est donner un soufflet avec la main renversée.

Des hommes à tête folle sont des hommes qui ont la tête folle. Ici tête se prend pour une faculté. C'est ainsi qu'on dit : Des hommes à tête éventée.f Des hommes à tête faible. i à tête écervelée. &

à tête de linote, k à tête rassise, le

à tête froide. I Un homme à paradoxes est celui qui a des opinions contraires aux idées communes,

mais qui peuvent être conformes à la vérité. Galilée passa d'abord pour un homme d paradoxes. Un homme d préjugés est celui qui admet sans examen telles et telles opinions.

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i ACAD, k Id,

« Acad,

La F. 5, 16.
• Velt. Poes, mêlées.
d Coas. Lo Ment, 1, 1:

« J.J.R. Emil. 2,
f Acad.
g Id.
hid,

IId,

A-t-on pu dire indifféremment,

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Avec le singulier ?

Avec le pluriel ?
Nuit et jour, à tout venant,

Sans mentir l'avarico est une étrange chose;
Je chantais, ne vous déplaise, a

Dira cet autre fou nou moins privé de sens

Qui jdte furieus son bien à tous venaats, d Je souhaite votre soleil à tout mo- Et ne voyais-tu pas dans mes emportements ment, peut-être que vous souhaitez ma que mon cæur démentait ma bouche à tous mom

ments ? pluie, 6 De voleur à voleur on parle probité ;

Et qui ne rirait pas Linjustice on appélo à ses droits légitimes; A voir la gravité, la morgue , l'importance Mais elle invoque l'équité

De tous ces grands fripons qui s'en vont aujourd'hui
Pour elle et non pour ses victimes, c En mener un petit à la même potence,

Dont ils sont plus digues que lui?
De larrons a larrons il est bien des degrés!
Les petits sont pendus et les grands sont titrés. f

Nous croyons que sans la rime Boileau et Racine auraient dit à tout venant, à tout moment. Mais il nous semble

que

le sens exigeait dans les vers de M. François de Neufchâteau la différence qu'on y observe. Pour parler de probité entre voleurs, il suffit du voleur qui porte la parole et du voleur qui écoute. Mais

pour

établir bien des degrés entre les larrons, il faut comparer des larrons avec d'autres larrons.

ARTICLE VIII.

Nombre après DE.

Singulier.

Pluriel. Rien ne fait mieux comprendre le Nous désirerions peu de choses avec peu de chose que dieu croit donner ardeur , si nous connaissions parfaiteaux hommes en leur abandonnant les ment ce que nous désirons, h richesses, que la dispensation qu'il en fait et le genre d'hommes qui en sont pourvus. 8

On voit que l'idée seule peut guider l'écrivain. Quand il s'agit du peu de valeur de la chose, c'est l'idée du singulier qui règne. C'est celle du pluriel lorsqu'il est question du petit nombre de choses.

a LAF. 1,1.
| Mad. de Sev. Sept. 1671.
c Fu. De Nxuz. Pabl. 7, 64.

li

d Boil, Satire 4.
« Rac. Androm. 5,3.
f Fr. Da Naur. Fab.7, 35,

.

& LA Bruy. 6.
h LAROCZE. Max. 461.

Singulier.

Pluriel. Ce sont des jeux de prince , J'aurais vu massacrer et mon père et ma mère, Da respecte un moulin , on vole une province. a Et dans un même jour égorger à-la-fois,

Quel spectacle d'horreur! quatre-vingis fils de

rois! Il n'y a pas assez de bouillon dans le Vous ne prenez pas assez de bouilpotage. 6

lons, et vous vous étonnez après cela

si vous êtes maigre. f L'aumône est une action d'homme Ne me laisse pas dans un désert où qui connait la valeur de ce qu'il donne, il n'y a aucun vestige d'hommes. & et le besoin que son semblable en a. c

Un lac de cette étendue avait été Jusqu'ici j'ai vu beaucoup de mas. fait de main d'homme sous un seul ques , quand verrai - je des visages prince. d

d'hommes ? h Que serviraient ici des périphrases? Quiconque ne peut distinguer ces nuances ainsi opposées, n'entendrait pas

mieux nos raisonnements.

Malheur à celui qui a plus de vo- Il y a dans chaque Etat trois sortes lonté que de pouvoir. i

de pouvoirs, la puissance législative,

| la puissance exécutive, etc. k On dit avoir des pouvoirs et avoir du pouvoir ; les rois faibles n'ont ni volonté ni pouvoir. Ces ambassadeurs ont exhibé leurs pouvoirs, Il n'y a point de liberté sans la distinction des pouvoirs. Dans cette dernière phrase il est question des pouvoirs dont parle Montesquieu.

Mais M. François de Neufchâteau n'a pas pu dire:

Plus de distinction de pouvoirs ni de rangs.....
Enfin chacun de vous doit en valoir un autre. L

car il ne s'agit point là des trois pouvoirs qui se balancent dans les gouvernements représentatifs, mais du pouvoir ou du droit qui devra être sans distinction entre les membres soumis au nouveau pacte, d'après lequel

Le lièvre n'a plus peur à l'aspect du mâtin,
A côté du milan le pigeon peut paraître,
Le tigre et le chevreuil côte à côte vont paitre, m

On voit qu'on ne peut trop s'attacher à l'idée. Mais souvent il est

& ANDREUL. Meunier de Sans

Souci,
B Acad.
CJ.J. R. Emil. 2.
d Bosco. Hist. univ. 3e. part.

Rac. Ath. 2, 7.
f Mad. de Sév. 30 déc. 1671.

Finél. Télém. 15.
h J. J. R. Noue. Hil.

i J. J. R. Emil. a.
k Monteso. Esp. des Lois. 11.
I Fr. De Neus. Fabl. 2,14

m Id.

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