Page images
PDF
EPUB

pendant que le regard est immobile sur elle, la pensée court, & revient apprendre ce qu'elle sçait au desir, pour l'enflınmer davantage.

Poscia al desio narra, è le descrive

O ne le fue fiamme piu vive. Toutes ces pensées que nous appellons froio des , le font en effet, parce qu'elles n'ont pas le principe de la vie, qui est le Vrai fimple. Ainsi l'on met au nombre de ces pensées celle de Corneille sur des cadavres,

Que la nature force à se venger eux-mêines,
Et dont les tronės pourris exhalent dans les vents
Dequoi faire la guerre au reste des vivans ..

Pompée.

parce que les cadavres ne pourrissent pas pour se venger; & comme il est également faux que. lc fang d'un homme qu'on'tue, fume de colere, on condamne aulli ces Vers ::

Ce sang qui tout versé fume encor de courroux, De le voir répandu pour d'autres que pour vous.

Mais, on auroit peut-être tort de condamner ces deux autres d'Héraclius,

La vapeur de mon sang ira groffir la foudre Que Dieu tient déja prête à te réduire en poudre: parce que le tonnerre étant formé des exhalai. fons qui s'élévent de la terre, le Poëte a trouvé un fondement à son image.

Lorsque Phédre dit à. Hippolyte, en lui montrant son cœur,

Impatient déja d'expier son offense,
Au devant de ton bras je le sens qui s'avance,

[ocr errors]
[ocr errors]

ce qu'elle dit n'est pas vrai, mais la passion le · rend vraisemblable. Dans le trouble où elle est, elle s'imagine que l'agitation de son cœur est le mouvement d'un criminel qui va au-devant de son supplice. Mais rien n'est plus froid que de donner du sentiment à des cæurs séparés des corps, comme fait M. Fléchier, en disant des cæurs des Princesses qui sont au Val de Grace: Ces ceurs font desfeclés , moins par la mort, que par le défir d'être ranimés , pour aimer Dieu éternellement.

Si toute pensée qui n'est point fondée sur le Vrai, nous déplaît , combien devons-nous condamner ces endroits où les Auteurs cherchent à briller par d'insipides jeux de mots, comme l'Auteur du Pastor fido , quand il cherche le rapport du nom d'Amaryllis avec l'amour & l'amertu. me? Pétrarque lui-même est tombé dans cette faute , quand il dit au Cardinal Colonne : 0 Coo Lonne qui soutient l'Etat; ou quand il fait des alJusions du laurier avec le nom de Laure. On trouve chez les Poëtes Grecs des jeux de mots, mais plus excusables , parce que les noms en Gréce étoient souvent donnés à cause de leur fignification. Comme celui d'Oreste signifie quelque chose de fauvage & d'affreux, on ne peut que trouver naturelle cette allofion qu'Orefte dans Euripide fait à son nom, lorsqu'il se jette aux pieds de Ménélas. Ses malheurs l'ont si changé, que Ménélas, qui croit voir un phanto. me, s'écrie:

Dieux, que vois-je ? quel spectre à mes yeux se

présente! Quel est celui des morts dont l'aspect m'épouvante!

ORES.

OR E S T E.

Je vis ; mais tu dis vrai: proscrit & rejetté,
Au nombre des vivans je ne suis plus compté..

MENELAS.

Tous ses cheveux épars couvrent son front ter

rible.

OR E S T E.

Mes actions, hélas ! me rendent plus horrible..

MENE L A S.

Quel funeste regard, & quel ceil égarés.

ORES T E.

Non, non, mon corps n'est plus, la mort l'a de

vore: Mon nom, mon trifte nom, est tout ce qui me:

reste.

J'ai rapporté cet exemple, parce qu'il et rare d'en trouver de pareils chez les Anciens. Ceux: qui les méprisent ne les accusent pas de chercher de faux brillans, ils les accusent au contraire de n'être point assez brillans. Elonnés de leur fimplicité, ils ne font pas attention qu'ils nous rappellent toujours à ce Vrai, qui est la base de toute perfection, & qu'on doit avec raison don. ner à nos Poëtes ce même conseil qu'on donne à nos Peintres, d'étudier l'Antique. Ce n'est pas : que nos Poëtes puissent trouver chez les Anciens la même perfection que nos Peintres y trouvent: les statues antiques font parfaites, parce que les

I

Sculpa

Sculpteurs avoient devant leurs yeux des modé. les admirables, qui par la juste proportion des membres formoient un tout-ensemble parfait: les exercices du corps alors en usage, contribuoient à donner aux membres cette juste proportion. Les Poëtes représentent les âmes , & ceux de l'Antiquité n'ont pas eu des modéles plus admisables que ceux que nous avons; mais comme ils ont été les premiers imitateurs, ils ont suivi de plus près la Nature , & ils nous la font mieux connoître. Ceux qui sont venus après eux ont été obligés d'orner davantage la Nature, ce qui fait que nos meilleures Tragédies ne sont pas fi fimples que celles des Anciens. Le Vrai fimple en est toujours le fondement; mais la Nature et plus embellie, & le doit être.

Je ne sçais, par exemple, si nous verrions sur notre Théatre une Tragédie aulli peu chargée d'événemens, d'intrigues, & d'Acteurs, que le Philoctéte de Sophocle. L'action se passe entre trois hoinmes à l'entrée d'une caverne. Cepen dant quand nous lisons Sophocle, la peinture de ce héros malheureux, couché devant la caverne, vêtu de haillons, déchiré par une horrible playe, nous intéresse par la vérité; & parce que Je Poëte lui met dans la bouche toutes les paroles que la Nature lui doit inspirer. Je n'en citerai que cet endroit du premier Acte.

Lorsque Philoctéte , qui depuis si long - tems n'a point vu d'hommes, en apperçoit, & reconnoît sur eux l’habit Grec, quelle joie pour lui de revoir non seulement des hommes i mais des compatriotes!

[ocr errors]

Quel malheur vous conduit dans cette Ile sau.

vage,
Et vous force à chercher ce funeste rivage! :
Vous que sans doute ici la tempête a jettés,

Dc

De quel lieu, de quel peuple êtes - vous écartés ?
Mais quel est cet habit que je revois paroître ?
N'est-ce pas l'habit Grec que je crois reconnoi-

tre?
Que cette vue, ô Ciel, chere à mon souvenir,
Redouble en moi l'ardeur de vous entretenir!
Hátez-vous donc, parlez. Qu'il me tarde d'enr

tendre
Les fons qui m'ont frappé dans l'âge le plus ten-

.

[ocr errors]

dre,

Et cette Langue, hélas ! que je ne parle plus !
Vous voyez un mortel qui de la Terre exclus
Des hommes & des Dieux fatisfait la colere.
Généreux inconnus, d'un regard moins severe,
Considerez l'objet de tant d'inimitié,
Et soyez moins saisis d'horreur que de pitié.

A peine Néoptoléme a-t-il répondu : Nous formes. mes Grecs,.que Philoctéte s'écrie :

[ocr errors]

Réponse favorable à mon impatience!
Chere & douce parole après tant de silence!
C'est donc toi que j'entens: quoi, mon fils, je te

vois !
Quel deftin, quel hasard, quel vent heureux pour

moi
T'a conduit jusqu'ici , confolateur aimable,
Pour essuyer enfin les pleurs d'un misérable ?

Néoptoléme lui répond qu'il est le fils d'A •chille, & qu'il retourne à Scyros. Philoctéte ree prend aussi · tôt :

[ocr errors]

Fils d'un pere fameux, digne appui de fon nom,
O du vieux Lycoméde illustre nourrisson,
Habitant d'un pays fi doux à ma mémoire,
Hélas ! est-ce toi-même? oserai-je le croire?

[blocks in formation]
« PreviousContinue »