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maniere Acomat veut disliper un scrupule de Ba.jazet.

Le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéïr aux sermens: Consultez ces héros que le droit de la Guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la Terre. Libres dans leur victoire, & maitres de leur foi,. L'intérêt de l'Etat fut leur unique loi; Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise, & rarement gardée. Je m'emporte , Seigneur.

Plus d'un Politique débiteroit peut-être de pareilles maximes à son Maître dans de pareilles circonstances. Cependant ces deux mots, je m'em. porte, font juger de ce qu'en pense l'Auteur, quoiqu'il les mette dans la bouche d'un GrandVisir.

Je répéte donc que tout Poëte , sans y pen. fer, laisse échapper des traits qui font connoitre son caractere ; qu'il se peint toujours dans ses Ouvrages; & que comme ce portrait de son âme le fera toujours micus connoitre que les traits de son visage, conservés dans le tableau le plus reffemblant,

tout Poëte en comparant son propre Ouvrage avec celui du Peintre qui a fait son portrait, peut dire comme Martial: Certior in noftro carmine viltus erit.

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EN examinant la nature de la Poésie, j'ai fait

voir jusqu'ici les diversités qui se trouvent dans les loix de la Versification, dans l'usage des figures, & dans l'iinitation des meurs; diversités qui ont pour cause, les unes la différence des langues, les autres la différence des tems & des mations : mais comme dans tous les tems & dans : toutes les nations, la Poësie a eu un agréable empire sur les hommes, je vais chercher sì, indépendamment du génie des langues , du goût des nations, & des modes passageres, elle ne doit pas cet empire à une beauté certaine & invariable.

M. Pascal femble avoir cru qu'elle n'en avoic aucune qui fût certaine, si l'on juge de son senti. ment par l'une de ses pensées, où l'on eft étonné de lire: Qu'on ne dit point beauté géométrique , mais qu'on dit beauté poëtique, parce qu'on sçait bien quel est l'objet de la Géométrie, mais qu'on ne sçait pas en quoi consiste l'agrément qui est l'objet de la Poësie.O13 ne sçait, ajoute M. Pascal, quel est ce modèle qu'il faut imiter. Faute de le connottre, on a inventé cero tains termes bifarres , fiécle d'or, bel astre, & or sa appellé ce jargon beauté poëtique.

Il y a apparence que ce jargon méprisable, qui étoit encore fort commun du tems de M. Pascal, lui avoit inspiré un mépris général pour toute Poësie; & ce mépris, quoiqu'injuste , & conçu faute d'examen, ne deshonoreroit pas un fi grand

gé. génie, toujours plongé dans des études plus pe rieuses. On peut cependant mieux expliquer cet te pensée, qui n'est pas assez développée , & laquelle, comme à plusieurs autres, l'Auteur n'a pas donné tout le jour qu'elle devoit avoir.

L'objet de la Géométrie est de convaincre; celui de la Poësie est de plaire; & l'on n'appelle beauté que ce qui plaît. On ne dit point d'une proposition géométrique , Voilà qui est beau, on dit, Voilà qui est vrai; & ce jugement est pro. noncé par notre raison sur des principes certains. Dans les choses d'agrément nous disons : Voild qui est beau., c'est-à dire, Voilà, qui nous plaît , & ce jugement est prononcé par l'imagination fans examen; ou plutôt nous ne jugeons point, parce que nous n'examinons point li cette chose a le droit infaillible de nous plaire. Nous assurons seulement que dans le moment même elle nous plaît, ce qui ne prouve pas qu'elle doive nous plaire également dans la suite, parce que la raifon que le tems & la réflexion appellent , réforme souvent les jugemens précipités de notre imagination.

L'Architecture Gothique qui nous parut belle autrefois , ne nous le paroit plus depuis que le tems nous a fait connoître celle qui prend la na. ture pour modéle: nous vantons encore la hardieffe de l'Architecture Gothique, elle nous étonne; mais comme elle ne nous plait plus, nous ne disons plus qu'elle est belle nous disons seule. ment qu'elle est hardie. Ce modéle qu'il faut imiter, fuivant les termes de M. Pascal , est le même pour la Poësie ; & depuis que nous le sçavons, nousi n'appellons plus beauté, comme autrefois, un ridicule amas de métaphores outrées. Cepen. dant il nous arrive encore de nous tromper, parce que l'imagination promte à adınirer ce qui la fatte , prend quelquefois une beauté fardée pour

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une beauté véritable; mais c'est alors l'objet qui nous trompe. Nous l'appellons beau, parce que faute d'examen nous le croyons conforme au modéle qu'il doit avoir; & quand nous avons reconnu qu'il n'y est pas conforme, nous cellons de l'appeller beau, parce que nous sommes per-suadés que la beauté poëtique confifte, dans le .vrai de l'imitation.

On distingue dans l'imitation deux sortes de Vrai, le simple & l'idéal. Le premier représente la nature telle qu'elle est ; le second l'embellit, non en lui prêtant une parure étrangere, mais en rassemblant dans le même point de vue sur le mê. me objet plusieurs beautés qu'elle a dispersées sur des objets différens. C'est dans la réunion de ces deux Vrais, c'est-à dire, dans le Vrai compose, que consiste la perfection de la Poësie & de la Peinture.

Mais il est très important d'observer, que quoique ces deux Arts qui paroissent si sembla. bles, ayent le même point de perfection, ils n'ont pas tous deux la même obligation d'y atteindre. En effet plusieurs Peintres, comme le Titien, le Baslan, &c. font fameux, quoiqu'ils n'ayent posfédé que le premier Vrai, au lieu qu'on ne peut nommer aucun Poëte fameux qui n'ait eu que le même mérite. Il est aisé d'en dire la raison.

La Peinture imitant avec les couleurs , & ne parlant qu'aux yeux, peut se contenter de repré: senter les objets tels qu'ils sont : la Poësie qui imite dans un langage divin; & parle toujours & \'esprit, doit enchanter par son merveilleux. Ainsi le Vrai composé lui est toujours nécessaire. Si son merveilleux n'étoit pas vrai, elle ne seroit plus une imitation ; & fi son Vrai n'étoit pas merveilleux, elle ne seroit plus un langage divin.

En suivant cette division, je ferai voir que son imitation consiste nécessairement dans la réinion

dc.

de ces deux Vrais; que le Vrai idéal est nécessaire dans les sujets les plus simples, & que le Vrai fimple est nécessaire dans les sujets les plus grands.

ARTICLE I.

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De la nécesité du Vrai idéal dans les sujets les plus

fimples. 'Imitation nous fait songer à deux choses, a

, qu'un objet imité par la Peinture n'a rien qui soit capable de plaire, nous admirons toujours l'art de l'Imitateur, quand par la justesse de son dessein , & la vérité de son coloris , il s'est ren. du admirable. Ainsi des tableaux qui ne repré. sentent que des arbres, des bâtimens, des animaux, ou des fruits , sont estimés quand l'imita. tion est vraie, parce que lé Peintre peut se borner à plaire aux yeux. Il n'en est pas de même du Poëte: il doit parler à l'âme, & l'enlever. Si l'objet qu'il imite n'a rien de grand ni en soimême ni dans la maniere dont il est imité, loin d'admirer l'Imitateur, nous le condamnons d'avoir employé le langage de la Poësie pour ne dire que des choses communes.

Des Idylles dans le goût de la quatriéme de Théocrite, trouveroient peu de Lecteurs. Qu'un Berger se plaigne qu'une grande épine lui est en. trée dans le pied, & que són camarade, en la lui Otant, lui recommande de ne pas aller nuds pieds dans les montagnes; un pareil sujet, quoique traité aufli parfaitement que Théocrite l'a traité, n'offre

l'âme rien qui l'attache : mais ce même sujet peut fournir à un. Peintre un tableau charmant.

La

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