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Puisqu'on plaide, & qu'on meurt, & qu'on de

vient malade, Il faut des Médecins, il faut des Avocats. Ces secours, grace à Dieu, ne nous manqueront

pas: Les honneurs & le gain, tout me le persuade.

Et à la fin d'une autre Fable:

Il en coute à qui vous reclame,
Médecins du corps & de l'âine.
O tems,.0 mæurs ! j'ai beau crier,

Tout le monde se fait payer. -
Dans ses Ecrits licentieux on n'apperçoit point
cet esprit libertin & ce ceur corrompu, que tant
d'Ecrits du même genre font remarquer dans
leurs Auteurs. On voit un homme qui se laisse
entraîner par un malheureux talent , dont il ne."
prévoit pas les suites funestes, & nous dit fort
sincérement:

Je ne veux être cause
D'aucun abus : que plutôt mes Ecrits
Manquent de fel, & ne soient d'aucun prix.
Ce qu'il disoit alors, il le pensoit(1), Il pouffe

fon

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(1) 'Il étoit bien éloigné de l'esprit d'impiété ; mais quoique dans la jeunesse il eût été quelque tems de l'Oratoire , il étoit tombé pour la Religion dans la même indolence que pour tout le refte. Il eut long-tems: avant sa mort une grande maladie ,, pendant laquelle Boileau & mon pere allerent pour le voir. La femme qui le gardoit leur dit de ne point entrer, parce que fora malade dormoit. Nous venions, lui répondirent - ils, . pour l'exhorter à fonger à sa conscience : il a de grande's fautes à je reprocher. La garde qui ne .connoisloit ni : ceux à qui elle parloit , ni son malade , répondit: Lui,

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fon étonnante fimplicité jusqu'à croire que de paTeils Ecrits n'avoient rien de dangereux. Il reconnut dans la fuite son erreur & il eût bien voulu les pouvoir effacer par les larmes sinceres qu'il répandit.

Il paroît plus difficile de connoître le caractere des Poëtes qui n'ont jamais parlé d'eux-mêmes: je crois cependant qu'on peut connoître aisément celui d'Homere & celui de Virgile.

J'ignore'ce qu'Homere penfoit des Dieux de son tems; mais je ne puis douter, en lisant les Ouvrages, qu'il ne føt plein de respect pour la Divinité. Je vois qu'il avoit une âme noble, & pleine de sentimens de vertu. Il donne des vi. ces à ses héros ; mais par la peinture qu'il fait de ces vices, & des malheurs qu'ils causent, il apprend aux hommes à s'en corriger. Son Achille est un modele de sincérité. Il vante fa valeur; Jes Dieux la lui ont donné: il laiffe l'éloquence aux autres.

la.

Les Dieux m'ont accordé la valeur en partage. Il n'est point de guerrier qui puisse m'égaler : Je laiffe, à qui la veut, la gloire de parler.

Son Ulyfle a l'éloquence en partage: il est un héros dans la diffimulation, mais d'une dillimu. Messieurs, il est simple comme un enfant. S'il a fait des fautes , c'est donc par bêtise plutôt que par malice. Il'fit en effet yenir un Confeffeur, qui l'exhortant à des priéres & à des aumônes: Pour des aumônes, dit la Fontaine, je n'en puis faire, je n'ai rien ; mais on fait une nouvelle édition de mes Contes, & le Libraire m'en doit donner Gent exemplaires. Je vous les donne, vous les ferez verdre pour les pauvres. D. Jérôme , le célébre Prédicateur, qui m'a raconté ce fait, m'a afluré que le Confesseur, presque ausfi fimple que son Pénitent, étoit venu le confülter o pour Igavoir s'il pouvoit ceceroir cette ako mône.

lation prudente, qui ne connoit ni la perfidie, ni la basrefle du mensonge: toutes les âmes nobles détestent le mensonge , & je vois combien Homere le détestoit, quand je lis ces Vers::

Les portes de l'Enfer m'inspirent moins d'horreur, Qu'un mortel qui me parle en trahissant son cœur.

Homere a rempli ses Ouvrages de maximes & d'instructions qui font estimer l'Auteur; mais la lecture de l'Enéïde inspire plus que de l'estime pour le Poëte. On va jusqu'à l'aimer, parce qu'on le persuade qu'il n'avoit que des qualités jaimables, qu'il étoit plein de douceur & d'humanité. Son deffein, il est vrai, a été de peindre un hé. ros parfait; mais on ne peut soutenir toujours un fi beau caractere, sans en avoir un principe en soi-même. On juge de la bonté du coeur de Vir. gile par celui d'Enée, dont la piété ne consiste : pas seulement à respecter les Dieux, mais à remplir tous les devoirs envers son pere, son fils, fa nourrice, ses compagnons, & envers tous les malheureux. Il est huinain & compatiffant. Quand il voit périr Priam , il se rappelle son pere An.

chise. Subiit cari genitoris imago. Quand il voit périr le jeune Laulus, il se rappelle son fils Aro cagne, & patria mentem subiit pietatis imago. Si on lui demande la permission d'enterrer ceux qui ont été tués dans le combat. Me demander, dit. il, la paix pour les morts, à moi qui voudrois pouso voir la donner à tous les vivans!

Pacemne exanimis, & mortis forte peremptis
Oratis ? equidem & vivis concedere vellem.

Virgile place dans son Elisée ceux qui ont fait du bien aux autres. Quique fui memores alios feo gere merendo. Quand il parle de la guerre , on

HO

voit

voit qu'il la détette, Savit amor ferri, & scelerke ta infania belli, &c. Il fait entendre qu'on ne la doit entreprendre que malgré soi. Testaturque Deos se invitum ad prælia cogi. Il est persuadé que des Dieux, & la tranquillité de la conscience, donnent la premiere récompense de la vertu.

Pulcberrima primum Đl, moresque dabunt vestri. Et il regarde la gloire humaine comme frivo. le , lorsqu'en parlant de celle de la nourrice d'Enée, qui donna son nom à une partie du rivage de la mer, il ajoute, Si qua eft ea gloria.

Le Poëte dont il me reste à parler , semble comparable à Virgile par la douceur du caracte TO , comme par la douceur de la versification. C'est ce que je pourrai faire remarquer par plu. fieurs endroits, sans parler de ces morceaux & connus, comme le caractere de Phédre, qui est une peinture si vive des remords d'une âme qui abandonne la vertu, ou comme le caractere de Burrhus, qu'on ne peut avoir inventé sans une difpofition naturelle à peindre la probité.

Avec quel respect & quelle tendresse Iphigénie parle-t-elle de son pere, Scéne 6. Acte 3. Tors. qu'elle veut calmer Achille furieux contre Aga. memnon pour l'amour d'elle? Quel regret elle témoigne de la vivacité avec laquelle elle a parlé à Eriphile ! Moi-même, où m'emportoit une aveugle colere! J'ai tantôt sans respect affligé sa misere: Que ne puis-je aussi bien par d'utiles secours Réparer promtement mes injustes discours!

En demandant la liberté à Achille, elle veut avoir la satisfaction de connoître qu'elle va épou: ser un héros plein d'humanité, qui, non conten de la gloire des armes,

Laita

Laille aux pleurs d'une épouse attendrir fa victoire, Et par les malheureux quelquefois desarmé, Sçait imiter en tout les Dieux qui l'ont formé..

Titus avoue les égaremens de la jeunesse.

Ma jeunesse nourrie à la Cour de Néron
S'égaroit, cher Paulin, par l'exemple abusée,
Et suivoit du plaisir la pente trop aisée...

Qu'a-t-il fait pour mériter l'estime de Béré. nice?

J'entrepris le bonheur de mille malheureux;
On vit de toutes parts mes bontés se répandre:
Heureux, & plus heureux que tu ne peux compren-

dre, Quand je pouvois paroitre à ses yeux satisfaits, Chargé de mille cæurs conquis par mes bienfaits.

C'est en faisant sentir à Néron le bonheur de la vertu que Burrhus tâche de l'ébranler. Ah! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, Seigneur, haïr votre innocence ?.

Ces trois ans de vertus font plus d'impression Sur Néron même, que, toutes les remontrances; & il répond à Narcisse qui lui demande ce qui. peut l'arrêter:

Tout: Octavie, Agrippine, Burrhus, Senéque, Rome entiere, & trois ans de vertus..

Je ferois connoître par beaucoup d'autres endroits le cour du Poëte; mais de crainte que ce morceau, qui me paroît court , ne paroisse trop long à d'autres, je le finis en rapportant de quelle

mao

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