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il répondit à Ulysse qui le félicitoit de ce qu'a. près une vie si glorieuse, il avoit dans les Enfers l'honneur de commander aux morts:

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J'aimerois mieux cent fois, chargé de fers pesans,
Obéïr sur la Terre aux plus-vils artisans,
Que Roi de tous les inorts jouir dans ces lieux

sombres,
Du chimérique honneur de commander aux om-
bres.

Odylée" 14. On ne connott le prix des choses que quand on les a perdues : Achille avoit facrifié la vie à l'opinion des hommes ; après fa mort il reconnoit sa folie. Peut · être Homere eût - il mieux fait de ne point mettre dans la bouche d'un héros fi fa. meux, un sentiment, qui, quoique vrai, est dan. gereux pour le commun des hommes , comme

on l'a remarqué; mais il vaut mieux encore suivre, comme Homnere, la nature jusques dans ses foiblesses, que de s'écarter d'elle trop loin, en cherchant un merveilleux qui lui est contrai. re, comme Corneille, quand il dit que Pompée ! dans le moment même qu'il est percé de coups par des affaftins, Immobile à leurs coups, en lui-même rappelle Ce qu'eut de beau sa vie, & ce qu'on dira d'elle, Et croit la trahison que le Roi leur prescrit, Trop au.deffous de lui pour y prêter l'esprit. Le plus grand-homme n'est point indifférent & un pareil moment, il ne croit pas qu'il soit audeffous de lui d'y penser: & Voiture, quoiqu'en badinant, disoit la vérité. au grand Condé, malade de la fiévre :

Mon

Monseigneur, en ce triste état
Avouëz que le cour vous bat,
Comme il fait à tant que nous sommes,
Et que vous autres demi - Dieux,
Quand la mort vient fermer vos yeux,

Avez peur comme d'autres hommes. Il me seroit aisé de montrer par plusieurs pas. sages de l'Ecriture sainte, qu'elle exprime 3uffinaïvement que les anciens Poëtes Grecs , cette crainte de la mort si naturelle à tous les hommes.' Pour s'ep convaincre , il suffit de lire le Cantique d'Ezechias : il le prononça après la guérison; mais dans le moment que le. Prophéte lui annonco qu'il mourra de cette maladie, l'Ecriture sainte représente ce Roi, qui tourne le visage du côté de la muraille, fait une courte priere, & répand beaucoup de larmes, & fieuit Ezecbias fietu magno. I. XXXVIII.

Les Anciens ne croyoient pas devoir, comme nous, déguiser des sentimens, qu'intérieurement nous avons comme eux. Je n'examine point s'ils avoient raison d'être sur ce point plus finceres que nous, & si leurs mours plus conformes à la nature que les nôtres, sont plus eftimables; j'ai voulu seulement prouver que ceux qui méprisent les Poëtes anciens, où ces meurs sont dépein. tes , ont tort, puisque les Poëtes imitent les meurs de leur tems & que par conséquent, quand même nos meurs ne seroient pas meilleu. res en elles mêmes, il suffit qu'elles soient les nôtres, pour que les Poëtes qui travaillent pour nous plaire, rapprochent de nous les héros de l'Antiquité, sans leur ôter néanmoins les traits caractéristiques qui font leur ressemblance. Achille eft violent, Agamemnon est fier; voilà leurs traits caractéristiques: le Poëte François leur conserve ces traits dans la Tragédie d'Iphigénie. Ils se que

rellent,

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rellent, mais non plus comme du tems d'Homese: Achille ne se sert point de ces termes dont la dureté offenseroit nos oreilles; & comme une pareille dispute , quoique moins vive, doit nous faire attendre entre deux guerriers les voies de fait, Achille semble les annoncer par ce Vers : Voilà par quel chemin vos coups doivent passer.

Notre Iphigénie est prête à rendre à son pere tout le fang qu'elle a reçu de lui; mais sa vertu, ni son courage, ne l'empêchent pas de donner à la nature ce qu'elle lui doit. Peut-être assez d'honneurs accompagnoient ma vie, Pour ne pas souhaiter qu'elle me fat ravie, &c. Si elle fait quelques tentatives pour détourner le coup qui la menace, ce n'est point par la crainte de ce coup, c'est pour fa mere & pour Achille. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter, Pour prévenir les pleurs que je leur vais couter.

C'est ainsi qu'on rapproche les moeurs ancien. nes des nôtres, & qu'on accorde avec la nature nos idées de grandeur d'âine. - Corneille a étg souvent un peintre trop exact des meurs de l'Antiquité. La scéne dans Serto: rius, entre Pompée & Aristie, est adunirable pour un homme qui sçait se transporter au tems de Pompée; mais elle ne paroit pas vraisemblable au plus grand nombre des spectateurs, qui ne peu. vent comprendre qu'un mari dise à fà femme: Non, ne vous jettez point, Madame, en d'autres

bras : Plaignez-vous, haïssez ; mais ne vous donnez pas, Demeurez en état d'être toujours ma femme.

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Pompée pour prouver à son ancienne épouse, que la nouvelle qu'il vient de prendre, reste toujours attachée à son premier époux, s'exprime ainsi:

Elle porte en fes flancs un fruit de cet amour,
Que bientôt chez inoi-même elle va mettre au

jour.
Elle paroit ma femme,

& n'en a que

le nom.

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A ces paroles , qui étonnent un spectateur peu
instruit des incurs Romaines, Aristie fait cette
réponle non moins étonnante pour lui :
Rendez-le moi, Seigneur, ce grand nom que je

porte,
Et que sur mon tombeau ce grand titre gravé,
Prouve à tout l'avenir que je l'ai conservé.
J'en fais toute ma gloire & toutes mes délices;
Un moment de la perte a pour moi des fupplices:
Vengez-inoi de Sylla qui me l'ôte aujourd'hui,
Ou souffrez qu'on me venge & de vous & de lui.
Qu'un autre hymen me rende un titre qui l'égale;
Qu'il me reléve autant que Sylla me ravale,
Non que je puisse aimer aucun autre que vous ;
Mais pour venger ma gloire il me faut un époux.

Pour sentir la beauté de cette réponse, il fau. droit presque être un ancien Romain. Le ta. bleau est ressemblant, mais il l'est trop. Il est des occasions où une ressemblance trop exacte ne convient pas, comme je le ferai voir encore, parlant des caracteres.

Pourquoi les Poëtes seroient-ils obligés de nous représenter exactement les mæurs antiques puisque même . ils ne peuvent nous représenter celles de nos ayeux telles qu'elles ont été. Trois ou quatre siécles de différence nous les feroient

pa

en

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méd

paroltre trop grollieres. Nous oferoit-on repre tenter dans un Poëme François Premier appellant tous en duel Charles-Quint, en ces termes du cartel qu'il lui envoya : Si vous nous accusez de choses qu'un ques Gentilbonme ne doit faire, nous disons que vous avez inenti par

la gorge, & qu'autant de fois que vores HO le direz, vous mentirez. 'Un Poëte qui prendroit ca Saint Louis pour le Héros de fon Poëme, lui feratie roit. il dire, pour preuve de son zéle pour la Reo cui ligion: Que quand un Chevalier en entend parler de mal, il faut qu'il la défende de brave épée trancbante, med qu'il doit enfoncer dans le corps du médisant; tant sem qu'elle y peut entrer. Maxime que ce bon Roi re. quc pétoit souvent à Joinville , & qu'il appuyoit de la l'exemple d'un vieux Chevalier, qui pour prou.mier ver la Religion Chrétienne à un Juif, ayant de les mandé la permission de disputer contre lui, com

comotion mença & termina la controverse par les coups de bâton, dont il assomma son adversaire. Ces meurs qui nous paroîtroient étranges aujour

. d'hui, si l'on nous en présentoit de fidelles co. pies , étoient celles d'un tems où le zele des guerres saintes avoit persuadé les hommes que de le grand argument de la Religion étoit au bout de leurs épées.

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Virg dans

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ARTICLE II.

Des Cara&teres..

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li de 100

De

Je

e m'étendrai moins sur les caracteres , parce odi qu'on peut y appliquer une partie de ce que je te viens de dire sur les meurs. L'imitation d'un dre grand cara&ere toujours routenu, est le chef.com d'euvre de la Poësie. C'est par elle que les Poë

.

ce

tes

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