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DANS LE JOURNAL DES DÉBATS, DEPUIS 1800 JUSQU'A 1819

INCLUSIVEMENT :

RECUEILLIS ET PUBLIÉS

PAR L'AUTEUR DES MÉMOIRES HISTORIQUES SUR Louis XVII,

Ne sint ludibria ventis.

TOME DEUXIÈME,

DE LIMPRIMERIE D'A. CLC,

A PARIS,

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MARADAN, LIBRAIRE, RUE GUÉNÉGAUD, NO. 9;
LENORMANT, LIBRAIRE, QUAI DE COnti, No.

5.

M D CCC XVIII. .

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Sauthon 3-13-50

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LA critique n'a presque à examiner aujourd'hui que des ouvrages anciens : on parle beaucoup de littérature, et il paroît fort peu de livres nouveaux; nulle époque n'a peut-être jamais été plus stérile; car il ne faut pas compter ces malheureuses productions de quelques petits romanciers ou de quelques petits poëtes , qui n'ont un moment d'existence que pour être aussitôt replongées dans le néant par le ridicule. La dernière moitié du dix-huitième siècle, quoique frappée de médiocrité, fut infiniment plus féconde : où sont maintenant les écrivains qui aient remplacé les Thomas , les Marmontel , les Laharpe, les Champfort , les Bailly, les Barthélemy, auteurs qui sûrement ne tiennent pas un rang,

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parmi les honımes de génie, mais qui du moins ont répandu quelque éclat sur les lettres françaises ?

Il y a, je crois, plusieurs causes de la stérilité actuelle : d'abord l'expérience de la révolution a retranché , pour ainsi dire, de la circulation et du commerce, un grand nombre d'idées qui formoient auparavant le fonds de notre littérature : elle a coupé court à toute cette métaphysique, à tous ces rêves de politique, à tous ces systèmes de morale , sources intarissables où puisoient à l'envi nos écrivains philosophes ; sa lumière a dissipé les brouillards de l'esprit systématique, qui étoit le seul génie de la plupart de nos auteurs ;

elle éclairé les esprits, montré les routes du bon sens, et fait rentrer la raison dans ses droits : on n'est plus du tout disposé à faire un accueil favorable aux songes des métaphysiciens et auxchimères des penseurs; on est désabusé du charlatanisme littéraire et de la forfanterie philosophique. Ainsi, tous ceux qui ont appris à déraisonner à l'école de nos philosophes sont, pour ainsi dire , réduits au silence : il leur en coûteroit beaucoup trop pour refaire leur style et leurs idées, qui sont absolument décriés aujourd'hui; on ne veut plus de ces plans abstraits, de ces réformes imaginaires, de ces promesses éblouissantes d'amélioration, de ces romans enchanteurs de félicité publique, de ces déclamations de tout genre qui séduisoient autrefois le public, et qui excitoient tant d'enthousiasme. Il est vrai que le démon de la métaphysique et des systèmes, comme pour se venger deg pertes qu'il a faites, paroît vouloir s'emparer encore des idées les plus saines, et dénaturer les leçons même les plus salutaires de l'expérience : quelques écrivains, plus zélés peut-être qu'éclairés, et dont l'esprit n'est pas

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