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même rectangle, ou la ligne produite par une addition ou une soustraction, doit être bientôt conçue comme un autre rectangle désigné au-dessus de la ligne qui duit le diviser.

Il est donc important d'exposer ici comment tout rectangle peut être transformé en une ligne, et réciproquement toute ligne ou même tout rectangle en un autre rectangle dont le côté soit désigné. Cela est très facile aux géomètres, pourvu qu'ils remarquent que par lignes, toutes les fois que nous en composons avec quelque rectangle, comme ici, nous entendons toujours des rectangles dont un côté est la longueur que nous avons prise pour unité. De la sorte, en eslet, tout se réduit à cette proposition : Étant donné un rectangle, en construire un autre égal sur un côté donné.

Quoique cette opération soit familière, même à ceux qui commencent l'étude de la géométric je veux néanmoins l'exposer,) de peur de paroître avoir omis quelque chose. (Le reste munque.

RÈGLE XIX

C'est par cette méthode qu'il faut chercher antant de grandeurs exprimées de deux manières différentes que nous supposons connus de termes inconius pour parcourir directement la difficulté. De la sorte, en effet, nous obtiendrons autant de comparaisons entre deux choses égales.

RÈGLE XX

Les équations trouvées, nous devons achever les opérations que nous avons

laissées de côté, sans jamais nous servir de la multiplication, toutes les fois qu'il y aura lieu à division.,

RÈGLE XXI

S'il y a plusieurs opérations de cette espèce, on doit les réduire toutes å une

seule, c'est-à-dire à celle dont les termes occuperont le plus petit nombre de degrés dans la série des grandeurs en proportiou continue, selon laquelle ces termes doivent être ordonnés

RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

PAR

LA LUMIERE NATURELLE

QUI, A ELLE SEULE
ET SANS LE SECOURS DE LA RELIGION OU DE LA PHILOSOPHIE

DÉTERMINE LES OPINIONS QUE DOIT AVOIR
UN HONNÊTE HOMME SUR TOUTES LES CHOSES

QUI PEUVENT FAIRE L'OBJET
DE SES PENSÉES, ET PÉNÈTRE DANS LES SECRETS

DES SCIENCES LES PLUS CURIEUSES.

AVANT-PROPOS

Il n'est pas nécessaire que l'honnête homme ait tous les livres ni qu'il ait appris avec soin tout ce que l'on enseigne dans les écoles; bien plus, ce serait un vice de son éducation s'il avoit consacré trop de temps aux lettres. Il a bien d'autres choses à faire dans la vie, et il doit la diriger de manière que la plus grande partie lui en reste pour l'employer à de belles actions que sa propre raison devroit lui enseigner, s'il ne recevoit des leçons que d'elle seule. Mais il vient ignorant au monde, et comme les connoissances de son premier âge n'ont d'autre appui que la foiblesse des sens oti l'autorité des inaîtres, il est presque impossible que son imagination ne soit remplie d'une infinité de pensées fausses avant que la raison puisse prendre

l'empire sur elle ; tellement que, par la suite, il a besoin d'un bon naturel ou des fréquentes leçons d'un homme sage, tant pour se délivrer des fausses doctrines qui se sont emparées de son esprit que pour jeter les premiers fondements de quelque science solide, et découvrir toutes les voies par lesquelles il peut élever ses connoissances jusqu'au degré le plus haut qu'elles puissent atteindre.

C'est ce que je me suis proposé d'enseigner dans cet ouvrage; j'ai voulu mettre au jour les véritables richesses de nos âmes, en ouvrant à chacun la voie qui lui fera trouver en lui-même, et sans rien emprunter aux autres, la science qui lui est nécessaire pour régler sa vie et pour acquérir ensuite, en s'exerçant, toutes les connoissances les plus curieuses que l'esprit humain puisse posséder.

Mais, de peur que, dès le commencement, la grandeur de mon dessein ne frappe votre esprit d'un étonnement tel que vous n'ajoutiez pas foi à mes paroles, je vous avertis que ce que j'entreprends n'est pas aussi difficile qu'on pourroit se l'imaginer; car les connoissances qui ne dépassent pas la portée de l'esprit humain sont unies entre eiles par un lien si merveilleux, et peuvent se déduire les unes des autres par des conséquences si nécessaires, qu'il n'est pas besoin de beaucoup d'art et de sagacité pour les trouver, pourvu qu'on sache commencer par les plus simples et s'élever par degrés jusqu'aux plus sublimes. C'est ce que je tâcherai de démontrer ici à l'aide d'une suite de raisonnements si clairs et si vulgaires que chacun pourra juger que, s'il n'a pas découvert les mêmes choses que moi, cela vient uniquement de ce qu'il n'a pas jeté les yeux du meilleur côté ni attaché ses pensées sur les mêmes objets que noi, et que je ne mérite pas plus de gloire pour avoir fait ces découvertes que n'en mériteroit un paysan pour avoir trouvé par hasard à ses pieds un trésor qui depuis longtemps auroit échappé à de nombreuses recherches.

Et certes je m'étonne que parmi tant d'excellents esprits qui eussent réussi en cela beaucoup mieux que moi, aucun ne se

soit trouvé qui ait daigné y porter son attention, et que presque tous aient imité ces voyageurs qui, abandonnant la route royale pour prendre un chemin de traverse, errent parmi les ronces et les précipices.

Mais ce que d'autres ont su ou ignoré, ce n'est pas ce que je veux examiner ici. Il suffira de noter que, toute la science que nous pouvons désirer fût-elle renfermée dans les livres, cependant ce qu'ils ont de bien se trouve mêlé à tant de choses inutiles et dispersé dans une masse de si vastes volumes, qu'il nous faudroit, pour les lire, plus de temps que la vie humaine ne nous en fournit, et de plus grands efforts d'esprit pour en extraire les choses utiles qu'il n'est besoin pour les trouver de nous-mêmes.

J'ai donc lieu d'espérer que le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici une voie plus facile, et que les vérités que je vais émettre ne seront pas rejetées, bien que je ne les emprunte ni à Platon ni à Aristote; mais qu'il en sera d'elles comme des pièces de monnoie qui n'ont pas moins de prix lorsqu'elles sortent de la bourse d'un paysan que lorsqu'elles sortent du trésor public. En outre, j'ai donné mes soins à rendre ces vérités également utiles à tous les hommes; et à cette fin je n'ai pu trouver de style plus convenable que celui de ces conversations où chacun expose familièrement à ses amis la meilleure partie de ses pensées; et sous les noms d'Eudoxe, de Poliandre et d'Épistémon je suppose un homme doué d'un esprit médiocre, mais dont le jugement n'est corrompu par aucune opinion fausse, et dont la raison est encore telle qu'il l'a reçue de la nature; et qui, dans sa maison de campagne, où il habite, est visité par deux des hommes de ce siècle les plus avides de connoissances et dont l'esprit est le plus étendu , l'un n'ayant jamais étudié, l'autre, au contraire, sachant très-bien tout ce qu'on peut apprendre dans les écoles. Et là, entre autres discours que

chacun d'eux pourra imaginer de lui-même, ou que lui fourniront les circonstances du lieu et tous les objets environnants, parmi lesquels je leur ferai souvent prendre des exemples pour rendre

leurs conceptions plus claires, là, dis-je, ils établissent de la sorle le sujet dont ils traiteront jusqu'à la fin de ces deux livres.

POLIANDRE, ÉPISTÉMON, EUDOXE.

POLIANDRE. Je vous trouve tellement heureux d'avoir découvert toutes ces belles choses dans les livres grecs et latins qu'il me semble que si je m'étois livré autant que vous à ces études, je différerois autant de ce que je suis maintenant que les anges de vous. Et je ne peux excuser l'erreur de mes parents, qui, persuadés que les lettres amollissent l'esprit, m'envoyèrent à la cour et à l'armée dans un âge si tendre que toute ma vie j'aurai à gémir d'être ignorant à ce point, si je n'apprends quelque chose de vos entretiens.

Epistémon. Ce que vous pouvez apprendre de meilleur, c'est que le désir de savoir, désir commun à tous les hommes, est un mal incurable; car la curiosité augmente avec la science; et comme les infirmités de notre esprit ne nous affligent qu'autant que nous les connoissons, vous avez sur nous une espèce d'avan. tage, c'est de ne pas voir tout ce qui vous manque aussi clairement que nous voyons tout ce qui nous manque à nousmêmes.

EUDOXE. Est-il possible, épistémon, que vous, si savant, puissiez vous pcrsuader qu'il y a dans la nature un mal assez universel pour qu'on ne puisse y appliquer aucun remède ? Quant à moi, je pense que comme en chaque pays il se trouve assez de fruits et de rivières pour apaiser la faim et la soif de tous les hommes qui l'habitent, de même, il est assez de vérités que l'on peut connoître dans toute matière pour satisfaire pleinement la curiosité des esprits sains; et je regarde le corps d'un hydropique comme n'étant guère plus malade que l'esprit de ceux qui sont continuellement agités par une curiosité insatiable.

Épist. Oui, j'ai entendu dire autrefois que nos désirs ne peu.

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