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Tant; le voilà. Toi, Paul; vous, Isac et John, votre quote? Et il la leur compte; et ainsi tant qu'il en resta. Cela fait, il retourne à Londres, où prenant possession de son nouvel emploi, d'abord il voulait élargir tous les gens détenus pour délits de paroles, propos contre les grands, ministres, les Suisses, et l'eût fait, car sa place lui en donnait le pouvoir, si on ne l'eût promptement révoqué.

Depuis il s'est mis à voyager et m'écrit de Rome : « Laissez dire , laissez-vous blâmer , condamner, em» prisonner , laissez-vous pendre , mais publiez votre » pensée. Ce n'est pas un droit , c'est un devoir , étroite » obligation de quiconque a une pensée de la produire » et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est » toute à tous. Ce que vous connaissez utile , bon å » savoir pour un chacun , vous ne le pouvez taire en » conscience. Jenner qui trouva la vaccine eût été un » franc scélérat d'en garder une heure le secret , et » comme il n'y a point d'homme qui ne croie ses idées » utiles, il n'y en a point qui ne soit tenu de les com» muniquer et répandre par tous moyens à lui possibles. » Parler est bien , écrire est mieux ; imprimer est excel» lente chose. Une pensée déduite en termes courts et » clairs , avec preuves , documents , exemples, quand » on l'imprime, c'est un pamphlet et la meilleure ac» tion, courageuse souvent, qu'homme puisse faire au >> monde. Car si votre pensée est bonne , on en profite , » mauvaise on la corrige et l'on profite encore. Mais » l'abus...... sottise que ce mot; ceux qui l'ont inventé, » ce sont eux qui vraiment abusent de la presse , en im» primant ce qu'ils veulent, trompant, calomniant et » empêchant de répondre. Quand ils crient contre les >> pamphlets, journaux, brochures, ils ont leurs raisons » admirables. J'ai les miennes et voudrais qu'on en fit » davantage , que chacun publiật tout ce qu'il pense et » sait! Les jésuites aussi criaient contre Pascal et l'eus» sent appelé paraphlétaire , mais le mot n'existait pas » encore; ils l'appelaient tison d'enfer, la même chose » en style cagot. Cela signifie toujours un homme qui » dit vrai et se fait écouter. Ils répondirent à ses pam» phlets par d'autres d'abord, sans succès, puis par des » lettres de cachet qui leur réussirent bien mieux. Aussi » était-ce la réponse que faisaient d'ordinaire aux pam» phlets les gens puissants et les jésuites.

» A les entendre cependant, c'était peu de chose, ils

méprisaient les petites lettres , misérables bouffonne>> ries, capables tout au plus d'amuser un moment par la >> médisance, le scandale, écrits de nulle valeur , sans >> fonds ni consistance, ni substance, comme on dit » maintenant, lus le matin, oubliés le soir , en somme, » indignes de lui, d'un tel homme, d'un savant ! L'au» teur se déshonorait en employant ainsi son temps et » ses talents, écrivant des feuilles, non des livres, et » tournant tout en raillerie , au lieu de raisonner grave» ment; c'était le reproche qu'ils lui faisaient , vieille » et coutumière querelle de qui n'a pas pour soi les » rieurs. Qu'est-il arrivé ? la raillerie , la fine moquerie » de Pascal a fait ce que n'avaient pu les arrêts, les édits, » a chassé de partout les Jésuites. Ces feuilles si légères » ont accablé le grand corps. Un pamphlétaire en se » jouant met à bas ce colosse craint des rois et des peu» ples. La société tombée ne se relèvera pas, quelque » appui qu'on lui prête , et Pascal reste grand dans la » mémoire des hommes , non par ses ouvrages savants, » sa roulette , ses expériences, mais par ses pamphlets, >> ses petites lettres.

» Ce ne sont pas les Tusculanes qui ont fait le nom de » Cicéron, mais ses harangues, vrais pamphlets. Elles » parurent en feuilles volantes, non roulées autour d'une » baguette , à la inanière d'alors, la plupart même et les » plus belles n'ayant pas été prononcées. Son Caton, » qu'était-ce qu'un pamphlet contre César qui répondit » très-bien, ainsi qu'il savait faire et en homme d'esprit, » digne d'être écouté même après Cicéron. Un autre » depuis , féroce et n'ayant de César ni la plume ni » l'épée , maltraité dans quelque autre feuille, pour » réponse fit tuer le pamphlétaire romain. Proscription, » persécution , récompense ordinaire de ceux qui seuls » se hasardent à dire ce que chacun pense. De même » avant lui avait péri le grand pamphlétaire de la Grèce, >> Démosthènes dont les Philippiques sont demeurées » modèle du genre. Mal entendues et de peu de gens dans » une assemblée, s'il les eût prononcées seulement, elles » eussent produit peu d'effet ; mais écrites on les lisait,

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» et ces pamphlets , de l'aveu même du Macédonien , lui » donnaient plus d'affaires que les armes d'Athènes , qui >> enfin succombant perdit Demosthènes et la liberté.

» Heureuse de nos jours l'Amérique et Franklin qui » vit :son pays libre , ayant plus que nul autre aidé à » l'affranchir par son fameux Bon Sens, brochure » de deux feuilles. Jaunais livre ni gros volume ne » fit tant pour le genre humain. Car aux premiers com» mencements de l'insurrection américaine, tous ses

États, villes, bourgades, étaient partagés de senti» ments ; les uns, tenant pour l'Angleterre, fidèles, non » sans cause, au pouvoir légitime; d'autres appréhen» daient qu'on ne s'y pût soustraire et craignaient de tout » perdre en tentant l'impossible; plusieurs parlaient d'ac» commodement, prêts à se contenter d'une sage liberté, » d'une Charte octroyée, dật-elle être bientôt modifiée, » suspendue; peu osaient espérer un résultat heureux de » volontés si discordantes. On vit en cet état de chose ce ». que peut la parole écrile dans un pays où tout le monde » lit, puissance nouvelle et bien autre que celle de la tri» bune. Quelques mots par hasard d'une harangue sont » recueillis de quelques-uns; mais la presse parle à tout >> un peuple, à tous les peuples à la fois, quand ils lisent » comme en Amérique; et de l'imprimé rien ne se perd. » Franklin écrivit; son Bon Sens réunissant tous les es» prits au parti de l'indépendance, décida cette grande » guerre qui, la terminée, continue dans le reste du >> monde.

» Il fut savant; qui le saurait s'il n'eût écrit de sa » science? Parlez aux hommes de leurs affaires, et de » l'affaire du moment, et soyez entendu de tous, si vous » voulez avoir un nom. Faites des pamphlets comme » Pascal, Franklin, Cicéron, Démosthenes, comme » Saint-Paul et Saint-Bazile; car vraiment j'oubliais » ceux-là, grands hommes dont les opuscules, désabu» sant le peuple païen de la religion de ses pères, aboli» rent une partie des antiques superstitions et firent des » nations nouvelles. De tout temps les pamphlets ont » changé la face du monde. Ils semèrent chez les Anglais » ces principes de tolérance que porta Penn en Améri

que, et celle-ci doit à Franklin sa liberté maintenue » par les mêmes moyens qui la lui ont acquise, pamphlets » journaux, publicité. Là tout s'imprime; rien n'est se>> cret de ce qui importe à chacun. La presse y est plus » libre que la parole ailleurs, et l'on en abuse moins. » Pourquoi ? C'est qu'on en use sans nul empêchement, » et qu'une fausseté, de quelque part qu'elle vienne, est >> bientôt démentie par les intéressés que rien n'oblige à >> se taire. On n'a de ménagement pour aucune impos» ture, fût-elle officielle; aucune hâblerie ne saurait sub» sister; le public n'est point trompé, n'y ayant lå per» sonne en pouvoir de mentir et d'imposer silence à tout » contradicteur. La presse n'y fait nul mal et en empê» che... combien ? C'est à vous de le dire quand vous au>> rez compté chez vous tous les abus. Peu de volumes » paraissent, de gros livres pas un, et pourtant tout le

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