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200. La vertu n'irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie.

204. La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent à leur beauté. 5 205. L'honnêteté des femmes est souvent l'amour de leur réputation et de leur repos.

212. La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils ont, ou par leur fortune.

218. L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à 10 la vertu.

219. La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur; mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessaire pour faire

réussir le dessein pour lequel ils s'exposent. 15 226. Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une espèce d'ingratitude.

227. Les gens heureux ne se corrigent guère, et ils croient toujours avoir raison, quand la fortune soutient

leur mauvaise conduite. 20 231. C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul.

235. Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis, lorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux.

237. Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a pas la 25 force d'être méchant; toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté.

245. C'est une grande habileté que de savoir cacher son habileté.

251. Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, 30 et d'autres qui sont disgrâciées avec leurs bonnes qualités.

· 261. L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire.

15

262. Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime, . qu'à perdre le sien.

263. Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent 5 que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.

276. L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu.

10 279. Quand nous exagérons la tendresse que nos amis ont pour nous, c'est souvent moins par reconnaissance que par le désir de faire juger de notre mérite.

284. Il y a des méchants qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aucune bonté.

294. Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.

298. La reconnaissance de la plupart des hommes n'est qu'une secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits.

303. Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.

304. Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient, mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons.

25 316. Les personnes faibles ne peuvent être sincères.

327. Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en avons pas de grands.

329. On croit quelquefois haïr la flatterie, mais on ne hait que la manière de flatter.

30 347. Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis.

20

356. Nous ne louons d'ordinaire de bon cæur que ceux qui nous admirent.

409. Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions, si le monde voyait tous les motifs qui les pro5 duisent.

428. Nous pardonnons aisément à nos amis les défauts qui ne nous regardent pas.

438. Il y a une certaine reconnaissance vive, qui ne nous acquitte pas seulement des bienfaits que nous avons 10 reçus, mais qui fait même que nos amis nous doivent, en leur payant ce que nous leur devons.

462. Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous croyons exempts, nous porte à mépriser

les bonnes qualités que nous n'avons pas. 15 479. Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté

qui puissent avoir une véritable douceur; celles qui paraissent douces n'ont d'ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en aigreur.

483. On est d'ordinaire plus médisant par vanité que 20 par malice.

489. Quelque méchants que soient les hommes, ils n'oseraient paraître ennemis de la vertu, et lorsqu'ils la veulent persécuter ils feignent de croire qu'elle est fausse, ou ils lui supposent des crimes.

CHAPITRE ONZE

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TROIS FEMMES ÉCRIVAINS
I. MADAME DE LA FAYETTE

1634–1693
[Portrait de Mme de la Fayette, d'après Somaize, Dictionnaire
des précieuses: «Féliciane est une précieuse aimable, jeune et spiri-
tuelle, d'un esprit enjoué, d'un abord agréable; elle est civile, obli-
geante et un peu railleuse; mais elle raille de si bonne grâce qu'elle
se fait aimer de ceux qu'elle traite le plus mal, ou du moins qu'elle
ne s'en fait point hair. Elle écrit bien en prose, comme il est aisé
de voir par le portrait qu'elle a fait de Sophronie (Mme de Sévigné)
dont elle est intime amie.»

Mme de Sévigné, lors de la mort de celle qui avait était son amie pendant quarante ans, écrit une longue lettre (3 juin 1693) dont voici un passage; — «Vous saviez tout le mérite de Mme de la Fayette ou par vous, ou par moi, ou par vos amis; sur cela vous n'en pouviez trop croire, elle était digne d'être de vos amis; et je me trouvais trop heureuse d'être aimée d'elle depuis un temps très considérable; jamais nous n'avions eu le moindre nuage dans notre amitié. La longue habitude ne m'avait point accoutumée à son mérite; ce goût était toujours vif et nouveau; je lui rendais beaucoup de soins, par le mouvement de mon coeur sans que la bienséance où l'amitié nous engage y eût aucune part; j'étais assurée aussi que je faisais sa plus tendre consolation, et depuis quarante ans c'était la même chose; cette date est violente, mais elle fonde bien aussi la vérité de notre liaison ... Elle a eu raison pendant sa vie, elle a eu raison après sa mort, et jamais elle n'a été sans cette divine raison, qui était sa qualité principale.»

Pour sa grande et noble amitié avec La Rochefoucauld, voir p. 369.)

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LA PRINCESSE DE CLÈVES, 1678 [Mlle de Chartres a épousé, sur le conseil de sa mère, le prince de Clèves pour lequel elle éprouvait beaucoup d'estime mais pas d'amour.

Quelque temps après le mariage, elle rencontre à la cour (de Henri II, 1519-1559) le duc de Nemours, qui exerce un attrait irrésistible sur toutes les dames, un chevalier du reste parfait. Le duc tombe amoureux de la princesse de Clèves, qui répond à son amour. Mais elle reste inébranlablement attachée à son devoir, et pour se fortifier dans son cœur contre toute tentation, elle avoue sa passion à son époux. Le prince apprécie cette magnifique franchise et n'en estime que davantage la princesse, mais il ne résiste pas à l'amère jalousie qui étreint son coeur et qui le dispose à croire un moment à la culpabilité de son épouse. Il meurt consumé de chagrin. Nemours espère que la princesse va maintenant céder à l'amour et consentir au mariage; mais elle pense que son devoir consiste à rester fidèle à ses premiers væux, et elle cherche refuge contre sa passion dans un couvent.]

1. La princesse confesse à son époux qu'elle porte au

cæur un amour pour un autre M. de Clèves disait à sa femme: «Mais pourquoi ne voulez-vous point revenir à Paris? Qui vous peut retenir à la campagne? Vous avez depuis quelque temps un goût

pour la solitude qui m'étonne et qui m'afflige, parce qu'il 5 nous sépare. Je vous trouve même plus triste que de

coutume, et je crains que vous n'ayez quelque sujet d'affliction. — Je n'ai rien de fâcheux dans l'esprit, répondit-elle avec un air embarrassé; mais le tumulte de la cour est si

grand, et il y a toujours un si grand monde chez vous, 10 qu'il est impossible que le corps et l'esprit ne se lassent

et que l'on ne cherche du repos. — Le repos, répliqua-t-il, n'est guère propre pour une personne de votre âge. Vous êtes chez vous et dans la cour de manière à ne vous pas

donner de lassitude, et je craindrais plutôt que vous ne 15 fussiez bien aise d'être séparée de moi. — Vous me feriez

une grande injustice d'avoir cette pensée, reprit-elle avec un embarras qui augmentait toujours; mais je vous supplie de me laisser ici. Si vous y pouviez demeurer,

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